Crainte d'une nouvelle escalade dans l'est de l'Ukraine

le , mis à jour à 16:56
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* Kiev accuse les rebelles d'avoir bombardé des civils près de Marioupol * Moscou accuse Kiev de préparer une nouvelle offensive * Poutine en déplacement en Crimée pour promouvoir le tourisme * Le chef de la diplomatie allemande juge la situation "explosive" par Richard Balmforth KIEV, 17 août (Reuters) - De nouveaux affrontements ont opposé les forces gouvernementales aux rebelles prorusses dans l'est de l'Ukraine, provoquant la mort d'au moins deux soldats ukrainiens et de plusieurs civils, a-t-on appris lundi auprès de sources militaires et séparatistes. Un homme et une jeune femme ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi par des tirs des rebelles à Sartana, localité située à 20 km de Marioupol, ville portuaire stratégique sur la mer d'Azov que tiennent les forces gouvernementales. Selon un porte-parole militaire, les combats des 24 dernières heures ont par ailleurs fait deux morts et sept blessés dans les rangs de l'armée. Le site séparatiste DAN fait quant à lui état de trois morts et de quatre blessés à Horlivka, ville tenue par les milices pro-russes au nord de leur fief de Donetsk, la capitale du Donbass. Alors que les combats entre forces gouvernementales et séparatistes pro-russes s'intensifient depuis plusieurs jours, Moscou a accusé lundi les autorités ukrainiennes de préparer une nouvelle offensive majeure. "Nous sommes inquiets de l'évolution de ces derniers jours, qui évoque fortement la préparation de nouvelles initiatives militaires", a déclaré lundi Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse à Moscou. "C'est comme en août de l'année dernière, quand les soldats ukrainiens ont reçu l'ordre d'attaquer (...) On ne doit pas chercher à faire des expériences ni tenter sa chance. On doit juste appliquer ce qui a été convenu à Minsk", a-t-il ajouté. A Kiev, le président Petro Porochenko a accusé pour sa part Vladimir Poutine de provocation calculée. Le président russe s'est rendu lundi en Crimée, annexée en mars 2014 à la Fédération de Russie, pour y promouvoir le tourisme, affirme le Kremlin. "C'est un défi lancé au monde civilisé et la poursuite d'un plan visant à intensifier la situation que mènent les troupes russes et leurs mercenaires dans le Donbass", a-t-il commenté sur Facebook. Rebelles et forces gouvernementales s'accusent mutuellement depuis des semaines de violations répétées du cessez-le-feu conclu en février à Minsk. KIEV CRAINT UNE ATTAQUE CONTRE MARIOUPOL Côté gouvernemental, on redoute particulièrement une offensive des séparatistes contre Marioupol. Cette ville industrielle d'un demi-million d'habitants située sur la mer d'Azov se trouve entre la Crimée, à l'ouest, et les territoires contrôlés par les séparatistes et la Russie, à l'est. Andriy Lissenko, porte-parole de l'armée régulière, a déclaré lundi que les séparatistes avaient utilisé des obus d'une portée de 15 à 16 kilomètres pour bombarder Sartana, au nord de Marioupol. "L'ennemi n'a pas bombardé des positions ukrainiennes, mais une ville et des civils", a-t-il dit lors d'un point de presse. "L'ennemi a adopté la tactique consistant à frapper et à se retirer rapidement. La prochaine fois, il s'exposera à une riposte rapide. Ce qui s'est produit à Sartana est un défi pour nos forces", a-t-il ajouté. Dans le camp séparatiste, le site d'information DAN a fait état de trois tués et de quatre blessés à Horlivka, ville tenue par les milices pro-russes mais qui est le théâtre d'affrontements fréquents. "Ils (les militaires) utilisent des armes lourdes. Trois de nos hommes ont été tués. Quatre autres ont de nombreuses blessures", a déclaré un chef séparatiste cité par DAN. Six mois après la signature des accords de Minsk-2, négociés par François Hollande et Angela Merkel, la dégradation de la situation dans l'est de l'Ukraine est un motif de préoccupation pour les chancelleries occidentales. Après le chef de la diplomatie John Kerry qui a fait part la semaine dernière de sa "grave inquiétude" à son homologue russe Sergueï Lavrov, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a jugé ce week-end que la situation était "explosive". "Les risques sont importants. Si les deux parties ne reviennent pas au processus de paix, une nouvelle escalade militaire peut se déclencher à tout moment", a-t-il ajouté dans un entretien publié par le Bild am Sonntag. (Henri-Pierre André pour le service français)

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