Coupe de la Ligue: Dominique Rocheteau aime ces Verts-là

le
0

par André Assier

SAINT-ETIENNE (Reuters) - Revenu au club en tant que conseiller chargé de la coordination sportive et des relations avec les supporters, Dominique Rocheteau savoure plus que quiconque le retour au premier plan de Saint-Etienne.

Les Verts rêvent de décrocher samedi leur premier trophée depuis 1981, une envie partagée par Dominique Rocheteau, qu'il a confiée ans lors d'un entretien accordé à Reuters.

Reuters : On vous sent plus affirmé dans votre rôle alors que vous étiez arrivé timide et réservé à l'été 2010 ?

Dominique Rocheteau : C'est un peu vrai mais c'est ma nature ! Car même si j'étais resté dans le milieu du football, c'est vrai, je suis arrivé avec une certaine réserve. Comme beaucoup d'anciens, je souhaitais revenir dans ce club qui marque tellement quand on y est passé. Je ne connais pas beaucoup de joueurs qui ont porté les couleurs de l'ASSE et qui en disent du mal. Les Verts marquent à vie ! Depuis trois ans, je m'épanouis. J'apporte mon expérience, mes conseils et au final le résultat est là : une grande confiance s'est instaurée entre Christophe (Galtier, l'entraîneur, NDLR) et moi. Et en plus, il y a une grande connivence entre tous les membres du club. Moi qui ne suis pas un homme de conflit mais plutôt de consensus, cela me plaît.

Reuters : Vous êtes revenus dans "votre" club en juillet 2010. A l'époque, cela a fait naître des remarques acerbes, d'autant que votre rôle n'était pas très lisible ?

Dominique Rocheteau: J'ai toujours accepté cela quand c'était constructif. Ce travail était quelque chose de nouveau pour moi, même si j'avais occupé des fonctions semblables au Red Star pendant un an. J'ai eu aussi plusieurs autres activités mais venir à Saint-Etienne était finalement naturel car je venais de passer mes diplômes de manager, j'avais donc l'idée en tête. Je suis d'abord entré au conseil de surveillance avec de devenir membre du directoire.

Reuters : Quelle est votre spécificité ?

Dominique Rocheteau : Ma connaissance du football, car, sans comparer les époques, j'ai quand même fréquenté le haut niveau avec les Verts et l'équipe de France. Ensuite, je suis resté dans le milieu. J'ai acquis des compétences au fil des années. En plus, je pense avoir un certain recul par rapport aux choses. Et je milite pour la défense des valeurs que j'ai développées à Saint-Etienne en plus de celles venant de mon éducation.

Reuters : Vous n'êtes pas du genre à évoquer le passé...

Dominique Rocheteau : Je ne la ramène pas. Je ne parle pas de mon époque car ce qui m'importe, c'est que l'équipe d'aujourd'hui tourne bien. Cela a instauré une certaine confiance avec les joueurs. Je pense avant tout à l'avenir du club. Et je ne souhaite surtout pas devant eux parler du passé. On m'en parle suffisamment quand je vais à des réunions de supporters. Moi, je n'en parle jamais. C'est ma ligne de conduite.

Reuters : Vous parlez de valeurs. Quelles sont-elles ?

Dominique Rocheteau : La générosité, la solidarité. Les supporters aiment bien cela. Et cette année, ils s'identifient beaucoup à cela. L'équipe donne une bonne image et c'est crucial ici à Saint-Etienne.

Reuters : C'est un parallèle à faire avec votre époque ?

Dominique Rocheteau : Les époques sont différentes. En 2013, il y a un superbe état d'esprit général qui se base sur un beau collectif. C'est la force avec en plus des individualités qui font la différence.

Reuters : Vous n'aimez pas qu'on revienne en arrière sur les années 1970, mais quand même : en quoi, la dynamique actuelle ressemble à celle de votre époque ?

Dominique Rocheteau : La stabilité, sans aucun doute. Christophe Galtier est en place depuis trois ans et demi, ce qui est un record à Saint-Etienne depuis l'affaire de la caisse noire qui a vu se succéder depuis 1983 plus de 20 entraîneurs différents. Il y a le même staff, les mêmes dirigeants et nous avons tous appris à nous connaître et à oeuvrer ensemble. Une grande confiance s'est installée. Il y a aussi une stabilité au niveau des joueurs. Ils se connaissent bien et ils s'apprécient.

Reuters : Parmi les mots de nouveau entendus autour du club, c'est "la gagne". Elle semble être revenue...

Dominique Rocheteau : Oui, on parle du beau jeu, de spectacle, de jeu attrayant. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut gagner. Christophe Galtier l'a vraiment en lui. Il sait la transmettre aux joueurs. Cette envie de gagner, c'est lui et son staff. C'est lui la signature de tout cela.

Reuters : On sent aussi qu'il y a une volonté de s'affranchir du passé...

Dominique Rocheteau : Je ne suis pas d'accord. Pourquoi couper le cordon ? C'est l'histoire du club. On parle de cette histoire aux jeunes joueurs. Quand ils arrivent ici, on leur apprend les données pour qu'ils sachent où ils mettent les pieds. Il y a un héritage notamment au niveau des supporters, un héritage transmis de génération en génération. La passion du maillot transmise au fil des décennies, c'est rare, non ?

Reuters : Cela veut-il dire que le groupe actuel s'est mis dans les rails de cette histoire et que c'est pour ça que cela marche ?

Dominique Rocheteau : Je ne sais pas. Saint-Etienne a une grande et belle image malgré une grande période de disette, il ne faut pas avoir peur des mots. Dans les sondages "image", nous sommes bien placés malgré l'absence de trophée.

Reuters : En plus de cette finale de la Coupe de la Ligue, vous briguez une place sur le podium de la Ligue 1 et donc de la Ligue des Champions ?

Dominique Rocheteau: (sourire). Il ne faut pas brûler les étapes.

Reuters : Etre en Ligue des Champions dès la saison prochaine, ce serait brûler les étapes ?

Dominique Rocheteau : Bien sûr qu'on prendrait cette épreuve, mais franchement, quand on voit ce qui s'est passé pour certains clubs qualifiés en Ligue des Champions une année et la saison d'après. Nous verrons bien ce qui se passera.

Reuters : Vous avez instauré le "salary cap" au niveau des salaires ?

Dominique Rocheteau : Nous n'étions pas en mesure de donner des salaires comme les autres et nous avons eu l'idée de mettre en place une grille de salaire avec une part de fixe et une autre de variable, car il y a une logique à gagner plus quand le club gagne. C'est dans la normalité des choses.

Reuters : Saint-Etienne est donc le bon élève de la classe avec des finances saines et des résultats sportifs dynamiques ?

Dominique Rocheteau : Oui, mais en sport et en football, tout peut aller très vite. Et quelle que soit la Coupe d'Europe en fin d'année, si on y va, dans tous les cas, nous ne ferons pas n'importe quoi. Nous resterons dans la lignée.

Reuters : Vous fermez les yeux et vous rêvez. De quoi est peuplé votre rêve de fin de saison?

Dominique Rocheteau : Vous le savez, vous le devinez...

Reuters : Soulevez la Coupe de la Ligue ?

Dominique Rocheteau : Forcément. C'est un trophée qui permet de jouer l'Europe. Et c'est un trophée qui serait le premier depuis de trop longues années (1981, NDLR).

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant