Coupe Davis: 1991, une épopée hors norme

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par Chrystel Boulet-Euchin

PARIS (Reuters) - Le temps s'est suspendu une seconde, le silence a succédé à la furia d'un public qui a donné tout ce qu'il avait durant trois jours et qui voit tous ses espoirs comblés. C'était le 1er décembre 1991 à Lyon, il y a 20 ans.

Guy Forget délivre l'équipe de France d'un ultime coup droit appliqué et la bande du capitaine Yannick Noah soulève la Coupe Davis, 58 ans après les légendaires Mousquetaires, en terrassant l'ogre américain.

Une seconde de silence seulement, le temps d'y croire vraiment, et le stade explose.

Cette année-là, tous les ingrédients sont réunis pour que l'aventure dépasse l'histoire du tennis français, qu'elle devienne celle du sport français qui réussit.

Yannick Noah, joueur emblématique toujours auréolé de sa victoire à Roland-Garros en 1983 et d'une carrière qui l'a vu appartenir au gotha du tennis mondial durant plus de quinze ans, n'a pas encore totalement rangé ses raquettes mais accepte le capitanat des Bleus.

Echaudé par une finale perdue en tant que joueur aux côtés d'Henri Leconte en 1982 à Grenoble -déjà contre les Etats-Unis alors emmenés par John McEnroe-, "Cap'tain Yann" insuffle un nouvel esprit qu'il tisse au fil des étapes franchies contre Israël, l'Australie et la Yougoslavie.

Esprit commando illustré par l'opération réhabilitation menée pour que Leconte, qui vient de subir sa deuxième opération d'une hernie discale et pointe au 161e rang mondial, soit opérationnel en une poignée de semaines.

"Riton" entame sa préparation par un séjour dans un centre de rééducation en Bretagne, où il est suivi par Patrick Chamagne, aujourd'hui homme de confiance de Gaël Monfils.

Guy Forget est, lui, au sommet de son art. Il vient de battre Pete Sampras en finale du tournoi de Bercy et occupe le septième rang mondial après la saison la plus accomplie de sa carrière.

En face se dressent les ogres américains: Pete Sampras et Andre Agassi, alors respectivement sixième et dixième mondiaux. La montagne semble infranchissable.

Mais Noah et ses hommes vont réussir, contre toute attente, à la renverser.

UN SOUVENIR TOUJOURS VIVACE

Le vendredi, Forget s'incline d'entrée contre Agassi, au terme d'un match où la France espérait glaner son premier point. Quelques heures plus tard, Leconte s'offre contre toute attente la tête de Sampras, remettant les deux équipes à égalité.

Le samedi, le double Leconte-Forget voit la victoire des Français sur les numéros un mondiaux de la spécialité, Ken Flach et Robert Seguso. La paire française restera invaincue en 11 apparitions de Coupe Davis, le meilleur bilan jamais réalisé par un double français.

Remis en selle, Guy Forget termine le travail le dimanche face à Sampras, en forçant son destin. Il prend tous les risques devant un jeune joueur américain qui disputait sa première finale de Coupe Davis mais était déjà aguerri sur le circuit.

Sampras, étouffé sous les attaques répétées de Forget, qui a toutes les audaces, y compris un ace sur une deuxième balle en toute fin de rencontre, rend les armes. Un ultime coup droit du Français et c'est l'explosion.

Forget s'écroule au sol les bras en croix, son capitaine, devenu "le sorcier" vient le relever, Leconte accourt des vestiaires, le staff est en larmes et tout le stade de Gerland explose.

Cinquante-huit ans après les Mousquetaires victorieux des Américains en 1933, l'équipe de Noah soulève le bol à punch et chante et danse sur un rythme effréné "Saga Africa", le premier tube de Noah qui commence alors sa carrière de chanteur.

Vingt ans après, le souvenir est toujours vivace.

Certes, depuis la France a depuis soulevé deux Saladiers d'argent, en 1996 contre la Suède à Malmö, et en 2001 contre l'Australie à Melbourne et disputé trois finales, à Nice en 1999 contre l'Australie, en 2002 contre la Russie à Bercy let l'an passé contre la Serbie à Belgrade.

Mais rien ne peut effacer dans la mémoire collective l'exploit et la folie de Gerland qui a ouvert la voie à tant de succès.

Edité par Pascal Liétout

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