Coup de jeune pour le plus grand herbier du monde à Paris

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Photo prise le 30 mars 2007 d'une vue générale du Muséum national d'histoire naturelle à Paris. AFP PHOTO/STEPHANE DE SAKUTIN
Photo prise le 30 mars 2007 d'une vue générale du Muséum national d'histoire naturelle à Paris. AFP PHOTO/STEPHANE DE SAKUTIN

(AFP) - L'Herbier national, le plus grand et le plus ancien herbier du monde riche de ses 8 millions de spécimens botaniques, s'offre une nouvelle jeunesse avec la rénovation de la Galerie de Botanique du Muséum national d'Histoire naturelle à Paris.

Deux grands chantiers ont été menés en parallèle depuis près de cinq ans: la rénovation du bâtiment construit en 1935 et une remise à plat d'un trésor national.

Le "plus grand herbier du monde", qui ouvre mercredi au public, était en effet plus qu'à l'étroit dans ce bâtiment classé monument historique, mal isolé et mal chauffé.

Le bâtiment a été complètement réorganisé, mais "les éléments d'architecture remarquables" préservés, a expliqué Florent Mbaye, chef du projet de rénovation. Une bibliothèque a été aménagée et une galerie d'exposition permanente de botanique sera ouverte au public.

Le recours à un système de rayonnages mobiles a permis de doubler le volume de stockage de l'Herbier national. De quoi réintégrer proprement sur les étagères environ 1,5 million de spécimens auparavant inaccessibles et souvent "laissés en l'état, dans du simple papier journal", et envisager sereinement les trois prochaines décennies de collecte, a précisé Marc Jeanson, directeur des collections.

Les planches d'herbiers, sous chemises cartonnées, sont soigneusement disposées dans des casiers, bien à plat. Elles bénéficient désormais d'une température et d'une hygrométrie contrôlées. Parmi elles, on compte 500.000 "types", les spécimens de référence qui ont permis la description d'une espèce.

Sapindaceae, anacardiaceae, myrtaceae, onagraceae... Les planches sont désormais classées par familles, leur origine géographique, qui servait autrefois de base au classement, étant identifiée par un code couleur.

Herbiers historiques et herbier virtuel

"Un herbier est vivant", fait valoir Cécile Aupic, chargée de conservation des herbiers anciens.

Les botanistes révisent les classifications au fil du temps, avec depuis les années 90 l'appui de la génétique. La génétique a par exemple montré que les platanes sont plus proches parents des lotus que des érables. Le coton, le tilleul, le baobab, la rose trémière et le cacao, aussi dissemblables soient-ils, appartiennent à la même famille.

Un autre grand chantier, la numérisation, a accompagné cette remise à plat des collections. Près de 6 millions de planches sont désormais numérisées, et autant d'images constituent "le plus gros herbier virtuel à ce jour au monde", selon Marc Jeanson.

Les internautes sont mis à contribution depuis le début de l'année pour compléter les données de cet herbier virtuel, en aidant à saisir les informations détaillées (lieu et date de récolte, description de la couleur ou de l'odeur...) apposées sur la planche et visibles sur les images (lesherbonautes.mnhn.fr).

L'herbier physique continue lui de s'enrichir de quelque 10.000 spécimens chaque année. Aujourd'hui, la plante est accompagnée de sa photo et éventuellement d'un échantillon de feuille mis sous pochette avec du gel de silice pour en préserver l'ADN. Ces échantillons d'ADN sont conservés dans une chambre froide.

Quant aux collections dites "historiques", comme l'herbier de Joseph de Tournefore ou l'herbier de Lamarck, elles sont conservées séparément et n'ont pas fait l'objet de reconditionnement. Les herbiers historiques, "concentrés de références scientifiques" selon Cécile Aupic, représentent quelque 100.000 spécimens. L'herbier le plus ancien conservé au Muséum est celui de Jehan Girault (1558).

"Les herbiers, en tant qu'archives de la flore du monde, sont des outils uniques", a souligné Marc Jeanson. "Des outils de plus en plus pertinents avec les problématiques de changement climatique et de modification des flores", a-t-il ajouté.

Le chantier de rénovation a coûté 26,2 millions d'euros, dont 15 millions pour le bâtiment et 11,2 millions pour les collections.

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