Coup de filet contre le parti pro-kurdes HDP, attentat à Diyarbakir

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    ANKARA, 4 novembre (Reuters) - Une voiture piégée a explosé 
vendredi matin à Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de 
la Turquie, quelques heures après l'arrestation de douze 
parlementaires du Parti démocratique des peuples (HDP, 
pro-kurde), dont ses deux co-présidents, Selahattin Demirtas et 
Figen Yuksekdag. 
    D'après le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, 
l'attentat a fait plusieurs morts, tant civils que policiers, et 
de nombreux blessés. Un précédent bilan, relayé par des médias 
turcs, faisait état d'un mort et d'une trentaine de blessés. Des 
sources proches de la sécurité contactées par Reuters parlent 
d'un mort et plus de 40 blessés. 
    L'attaque a été imputée aux séparatistes du Parti des 
travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation terroriste 
par le gouvernement turc mais aussi par les Etats-Unis et 
l'Union européenne. 
    L'explosion s'est produite dans le quartier de Baglar, près 
d'un commissariat de police où sont gardés à vue plusieurs des 
élus du HDP arrêtés la veille dans le cadre d'une enquête 
antiterroriste, a-t-on appris de sources proches de la sécurité. 
    Au total, douze députés du Parti démocratique des peuples 
(HDP, pro-kurde) ont été arrêtés. Les autorités turques leur 
reprochent d'avoir refusé de témoigner dans des dossiers liés à 
"la propagande terroriste". 
    Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, qui co-président le 
parti, ont été arrêtés à leur domicile, à Diyarbakir, pour le 
premier et à Ankara pour la seconde. 
    Le député Imam Tascier, dont l'arrestation n'avait pas été 
annoncée par le ministère de l'Intérieur, a écrit vendredi sur 
Twitter qu'il avait été interpellé par une unité de la police 
antiterroriste. 
     
    MOGHERINI FAIT PART DE SA "PRÉOCCUPATION EXTRÊME" 
    La police a également mené des perquisitions dans les locaux 
du HDP à Ankara. Des images diffusées par la télévision montrent 
des responsables du parti apostrophant la police et un 
journaliste de Reuters a constaté que des véhicules de police 
bouclaient les alentours du bâtiment. 
    "Le HDP appelle la communauté internationale à réagir contre 
le coup d'Etat que mène le régime d'Erdogan", a déclaré le HDP 
sur son compte Twitter. 
    Sur le même site de microblogging, Federica Mogherini, la 
Haute Représentante de l'UE pour la politique extérieur et de 
sécurité commune, s'est dite "extrêmement préoccupée par 
l'arrestation de Demirtas et des autres élus du HDP" et a ajouté 
être en contact avec les autorités, appelant à une réunion des 
ambassadeurs de l'UE en poste à Ankara. 
    "C'est une très mauvaise nouvelle pour la Turquie. Encore 
une fois", a déploré pour sa part la Néerlandaise Kati Piri, 
rapporteur du Parlement européen sur la Turquie. 
    Selon de nombreux Turcs, l'accès aux réseaux sociaux tels 
que Twitter, Facebook ou au système de messagerie WhatsApp, a 
été perturbé à la suite de ces arrestations. Turkey Blocks, une 
organisation spécialisée dans la surveillance d'internet, a 
confirmé que l'accès à Twitter et à la messagerie WhatsApp avait 
été bloqué dans le pays.  
    Ankara accuse de longue date les membres du HDP d'être liés 
au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ce que réfute la 
formation d'opposition. 
    Avec 59 sièges, le HDP est la troisième force politique au 
Parlement turc. Depuis juin, les députés ne sont plus protégés 
par l'immunité parlementaire     
    La Turquie vit sous le régime de l'état d'urgence depuis la 
tentative de coup d'Etat du 15 juillet dernier. Plus de 110.000 
fonctionnaires, policiers, soldats, juges, journalistes et 
autres ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés de liens avec le 
réseau de Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux Etats-Unis 
qu'Ankara présente comme l'instigateur du putsch avorté. 
    Les pouvoirs élargis liés à l'état d'urgence ont également 
conduit à des arrestations de responsables politiques de 
l'opposition pro-kurde et à la fermeture de nombreux organes de 
presses, dont tous les grands médias kurdes.     
 
 (Ece Toksabay et Ayla Jean Yackley; Nicolas Delame et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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