Corse: le député Paul Giacobbi jugé pour détournement de fonds

le , mis à jour à 14:33
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Paul Giacobbi le 14 avril 2016 à Ajaccio ( AFP/Archives / Pascal POCHARD-CASABIANCA )
Paul Giacobbi le 14 avril 2016 à Ajaccio ( AFP/Archives / Pascal POCHARD-CASABIANCA )

Le député DVG de Haute-Corse Paul Giacobbi est au centre du procès dit des "gîtes ruraux" qui s'est ouvert lundi à Bastia, et porte, selon l'accusation, sur un demi million d'euros détournés, au préjudice du conseil général, qu'il dirigeait, à son profit via un "système clientéliste".

A ses côtés sont jugés jusqu'au 2 décembre 23 autres prévenus, qui comparaissent pour détournement présumé de fonds publics ou complicité dans le cadre d'attribution par le conseil départemental de Haute-Corse de subventions entre 2008 et 2010 pour rénover des gîtes ruraux.

Le député, qui présidait alors cette collectivité territoriale et qui a toujours nié les faits, est soupçonné par les enquêteurs d'avoir été "politiquement" le principal bénéficiaire de ce "système clientéliste" portant au total sur un détournement de 500.000 euros.

Un seul des 24 prévenus ne s'est pas présenté lundi matin à l'ouverture du procès: Jean-Marc Domarchi, 43 ans, un des principaux prévenus, a été retenu à son domicile de Neuilly-sur-Seine par une crise de sciatique, selon son avocate et son épouse, elle aussi poursuivie.

La présidente du tribunal, Michèle Saurel, juge spécialisée dans les affaires économiques et financières, a décortiqué à l'ouverture du procès prévu pour durer jusqu'au 2 décembre le mécanisme d’attribution des subventions par le conseil général (devenu depuis conseil départemental), en matière de construction ou de rénovation de gîtes ruraux.

Elle a ensuite évoqué le rôle des deux grands absents du procès, un ancien directeur général des services, Jean Leccia, assassiné en 2014, et un conseiller de Paul Giacobbi, Dominique Domarchi, le père de Jean-Marc Domarchi, également assassiné, en 2011.

- "Logique purement électoraliste" -

"Il apparait, à la lecture des auditions de M. Leccia, que tout le monde avait fauté sauf lui", a notamment déclaré le procureur Nicolas Bessone. L'une des filles de l'ancien haut-fonctionnaire assassiné, Delphine Leccia, est venu témoigner "pour défendre la mémoire de son père" en accusant "certains élus qui se sont déchargés sur lui de leurs responsabilités".

Mme Leccia a demandé aux prévenus "d'assumer leurs responsabilités et de faire preuve d'honneur et de fierté" après l'assassinat "insoutenable, monstrueux et lâche" de son père.

Dans ce procès, M. Giacobbi sera entendu vendredi. Le député a présidé le conseil général de Haute-Corse de 1998 à 2010, avant de diriger l'exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, jusqu'à la victoire des nationalistes en décembre 2015.

De 2007 et 2010, la création et rénovation de gîtes ruraux "a été totalement détournée de son objet initial", le soutien au tourisme local, selon l'accusation. Elle était accordée en toute discrétion, "dans une logique purement électoraliste, à une caste d'élus, à leurs affidés, voire au premier cercle des soutiens de Paul Giacobbi ainsi qu'à des proches du personnel du conseil général".

Les bénéficiaires de la fraude? Le filleul de Paul Giacobbi, son chauffeur ou encore sa secrétaire de mairie et la sœur de celle-ci... Pour brouiller les pistes, des épouses d'élus ont présenté des dossiers sous leur nom de jeune fille. Tous ont un point commun: ils se trouvaient sur la circonscription électorale de l'homme politique.

Parmi les principaux prévenus figurent un ancien directeur général des services du conseil général Thierry Gamba-Martini, Jacques Costa, vice-président du conseil, et Jean-Hyacinthe Vinciguerra, chargé de mission responsable du contrôle de la bonne utilisation des fonds publics au conseil.

M. Giacobbi a jusqu'à présent toujours affirmé que sa signature aurait été imitée sur les dossiers d'attribution de subventions.

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