Corruption: l'Espagne plonge, la France stable, pour Transparency

le
0
L?ESPAGNE CHUTE DANS LE CLASSEMENT DE TRANSPARENCY INTERNATIONAL SUR LA PERCEPTION DE LA CORRUPTION
L?ESPAGNE CHUTE DANS LE CLASSEMENT DE TRANSPARENCY INTERNATIONAL SUR LA PERCEPTION DE LA CORRUPTION

par Alexandra Hudson

BERLIN (Reuters) - Au classement mondial de la corruption telle qu'elle est perçue, la France est stable à la 22e place alors que l'Espagne, en proie aux affaires, plonge et que les pays de l'Europe du Nord font toujours figure d'élèves modèles, annonce l'organisation Transparency International (TI) dans son rapport annuel.

Selon l'indice de perception de la corruption pour 2013 de cette ONG allemande, la Nouvelle-Zélande et le Danemark, premiers ex-aequo, sont considérés comme les pays les plus honnêtes, suivis par la Finlande, la Suède et la Norvège. Les deux premiers étaient également jugés les moins corrompus l'an dernier, devant la Finlande.

La Somalie, la Corée du Nord et l'Afghanistan restent les pays considérés comme les plus corrompus, comme en 2012.

Pour son classement, qui concerne 177 pays en 2013, Transparency mesure la perception de la corruption plutôt que les niveaux effectifs de la corruption en raison du secret qui entoure les pratiques les moins avouables.

Parmi les grandes puissances économiques, les Etats-Unis, sont 19e et la Chine 80e, comme l'an dernier, tandis que le Japon perd une place et se retrouve 18e. La corruption semble reculer légèrement en Russie, qui passe de la 133e place à la 127e.

Quant à la France, avec une note de 71 sur 100, elle est moins bien notée que plusieurs de ses voisins et notamment l'Allemagne qui se classe 12e.

Dans le classement de TI, plus la note est proche de 100, plus le pays concerné est jugé honnête.

Concernant la France, TI estime que le bilan des lois votées en 2013 en matière de transparence et de lutte contre la corruption, est "globalement positif", notamment en matière de prévention des conflits d'intérêt et de cumul des mandats, mais elle s'interroge sur leur mise en oeuvre effective et sur le report de la réforme sur l'indépendance de la justice.

"Trop de lois de moralisation de la vie publique votées dans le passé sous la pression des affaires sont restées lettre morte", souligne TI.

L'organisation juge "urgent d'engager une véritable réforme mettant la justice, et en particulier le parquet, à l'abri de toute intervention de l'exécutif dans les affaires politico-financières".

DONS EN LIQUIDE

Même si elle gagne 40 points pour remonter du 94e rang au 80e, la Grèce reste le pays de l'Union européenne considéré comme le plus corrompu.

L'Espagne au contraire est l'un des pays qui perd le plus de points avec la Gambie, le Mali, la Guinée-Bissau et la Libye. Le seul pays qui plonge encore davantage est la Syrie, en pleine guerre civile.

A l'inverse, la Birmanie, qui a commencé en 2011 à émerger d'un demi-siècle de régime militaire, est le pays qui s'améliore le plus. Il gagne six points et remonte de la 172e à la 157e place.

Le cas de l'Espagne, tombée en un an de la 30e à la 40e place, traduit la multiplication des révélations sur les relations étroites entre politiques et industriels du bâtiment, qui ont favorisé la bulle spéculative immobilière dont l'éclatement en 2008 a plongé le pays dans le marasme économique.

Ainsi, l'ex-trésorier du Parti populaire (PP, droite) a raconté à la justice comment il avait fait passer les dons en liquide des dirigeants du bâtiment dans les poches des chefs de son parti. La somme de 48 millions d'euros a été retrouvée sur des comptes qu'il détenait en Suisse.

Le gendre du roi d'Espagne, Inaki Urdangarin, a également été inculpé cette année pour détournement de fonds publics à hauteur de six millions d'euros.

"La crise économique a permis de développer le débat public sur la corruption. On en parle et cela a des répercussions sur sa perception. Tous les secteurs espagnols, politique, famille royale et entreprises, ont été impliqués dans la corruption, à un moment où le pays était vraiment en train de souffrir", souligne Anne Koch, responsable Europe et Asie centrale pour TI.

Fernando Jimenez, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Murcie, souligne qu'en Espagne, les démissions sont rares après la découverte d'un scandale.

Il met en parallèle la lenteur de la réaction du gouvernement espagnol face à l'affaire des financements illégaux au sein du PP avec le cas de l'Allemagne, où des ministres ont démissionné après avoir été accusés d'avoir eu recours au plagiat pour leur thèse universitaire, une accusation pourtant moins grave.

Avec Sarah Morris à Madrid; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Marc Angrand

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant