Corruption, désorganisation et carences entravent l'armée afghane

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    par Hamid Shalizi 
    KABOUL, 26 décembre (Reuters) - Les forces étrangères encore 
présentes en Afghanistan ont subi plus de pertes dans le Helmand 
que dans tout autre province du pays, mais un peu plus d'un an 
après le retrait de l'essentiel des forces de l'Otan, cette 
province du Sud afghan risque de passer sous le contrôle des 
taliban. 
    Le désordre mais aussi la corruption qui règnent parmi les 
forces armées afghanes et une mauvaise administration des moyens 
expliquent cette évolution. 
    Le district de Sangin, au nord-est de la capitale 
provinciale, Lashkar Gah, est le dernier en date à glisser 
progressivement sous la coupe de la milice islamiste. 
    Sarwar Jan commande un bataillon de la police afghane qui a 
été en première ligne dans les combats à Sangin et dans le 
district de Marjah, un autre secteur sur lequel les taliban ont 
la haute main. Ses propos sont accablants pour les unités de 
l'armée afghane qu'il accuse d'avoir laissé ses hommes seuls 
pour combattre.  
    "Lorsqu'il y a une attaque, nous les appelons en renfort 
mais ils ne répondent pas. Alors, l'état d'esprit de nos hommes, 
c'est puisqu'ils ne coopèrent pas, pourquoi devrions-nous les 
aider", dit-il. 
    La situation dans le Helmand n'est pas unique. En septembre, 
les taliban ont pris pendant plusieurs jours le contrôle de la 
ville de Kunduz, dans le nord, dont ils avaient chassé des 
forces de sécurité démoralisées et désorganisées. Il a fallu 
l'intervention des forces américaines encore déployées dans le 
pays pour reprendre la ville. 
    Mais dans le Helmand, des unités entières ont dû se battre 
des mois durant sans renfort ni appui logistique adéquat. Du 
fait de la corruption, du matériel a disparu et certaines unités 
sont en sous-effectifs, conséquence d'une pratique connue sous 
le nom de "soldats fantômes" - des déserteurs qui ne sont pas 
signalés pour que leurs supérieurs puissent empocher leurs 
soldes. 
    Ataullah Afghan, membre du conseil provincial du Helmand, 
évoque ainsi un bataillon censé compter 400 hommes mais où il 
n'en reste plus que 150 environ. "Nous sommes confrontés à des 
failles du renseignement, à un manque de coordination et à une 
énorme corruption liée à la vente de carburants, aux 'soldats 
fantômes' et à bien d'autres choses", dit-il. 
     
    ÉPARPILLEMENT DES CENTRES DE DÉCISION 
    Bastion de longue date des taliban, haut lieu de la 
production d'opium qui participe au financement du mouvement 
islamiste insurgé, le Helmand n'a jamais été facile à contrôler. 
Mais un faisceau d'intérêts divergents et d'ingérences 
politiques a rendu la situation impossible, dénonce la députée 
Shekiba Hashemi, qui siège à la commission parlementaire chargée 
de la Sécurité. 
    "Le chef de la police a été nommé par une personnalité 
influente, le gouverneur par une autre et le chef de l'armée par 
une troisième. La coordination, l'administration et le respect 
de la hiérarchie ne sont pas efficaces. On ne sait pas qui est 
responsable et quand les choses dégénèrent, ils commencent à 
s'en rejeter mutuellement la responsabilité", dénonce-t-elle. 
    Formé à la suite des élections de l'an dernier qui n'ont pas 
produit de majorité claire, le gouvernement d'unité nationale du 
président Ashraf Ghani n'a pas pourvu certains postes 
essentielles et a laissé des responsables locaux dicter leurs 
choix. 
    "Si leurs exigences concernant des nominations dans la 
police ou l'armée ne sont pas respectées dans telle ou telle 
province, ils créent des problèmes", témoigne un ministre sous 
couvert de l'anonymat. 
     
    TRANSFERT DE RESPONSABILITÉ ACCÉLÉRÉ 
    Pourtant, lorsque les troupes de l'Otan se sont retirées de 
la province du Helmand, en octobre 2014, les autorités afghanes 
et leurs alliés étrangers avaient exprimé l'espoir que les 
forces afghanes, récupérant les bases laissées par les soldats 
américains et britanniques, seraient en mesure de faire face 
seules aux taliban. Il n'en a rien été. 
    Dans un rapport remis la semaine dernière au Congrès des 
Etats-Unis, le Pentagone a brossé un tableau sombre de la 
sécurité en Afghanistan, relevant que de janvier à mi-novembre 
les attaques à Kaboul avaient augmenté de 27% par rapport à la 
même période de 2014. Les forces de sécurité afghanes ont 
également enregistré 27% de victimes en plus pendant cette 
période. 
    Le département américain de la Défense a aussi mis en 
lumière les problèmes de hiérarchie des forces afghanes de 
sécurité. Le rapport du Pentagone décrit aussi des unités 
passives, sur la défensive, se contentant de tenir leurs 
barrages de sécurité au lieu de prendre l'initiative et de 
traquer les taliban. 
    Ministre en exercice de la Défense, Masoom Stanekzai, 
reconnaît que les combats dans le Helmand ont été "difficiles" 
mais les impute aux effets normaux du transfert de la sécurité 
aux forces afghanes. "En 2014, en toute hâte, tout le monde 
disait que nous devions assumer cette responsabilité. En un an à 
peine, nous l'avons fait", a-t-il dit lors d'une conférence de 
presse à Kaboul. 
    Les militaires évoquent eux un problème de moyens et 
réclament davantage d'hélicoptères, de soutien et de 
renseignement aériens. 
    Porte-parole du 215e corps d'armée basé dans la province, 
Mohammad Rasoul Zazai souligne ainsi que lorsque l'Otan opérait 
dans la province, ses troupes disposaient d'une soixantaine 
d'aérostats de surveillance statique dans le seul district de 
Sangin qui leur permettaient de suivre les mouvements des 
insurgés. Aujourd'hui, dit-il, les forces afghanes n'ont qu'un 
seul ballon de surveillance statique pour l'ensemble de la 
province. "Nos demandes n'ont pas encore été traitées", 
ajoute-t-il. 
 
 (avec Mohammad Stanekzai à Lashkar Gah; Henri-Pierre André pour 
le service français) 
 
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