CORR-MARCHES-Les gestions se mobilisent contre le risque de liquidité

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(Corrige les fonctions de Roger Bonne et Clément Simard) * Les intermédiaires lancent une mise en garde sur la liquidité * Amundi se dote d'une ligne de crédit de 1,7 md d'euros * Amundi finalisera un dispositif global au T1 * La BCE fait du prêt/emprunt de titres par Raoul Sachs PARIS, 5 novembre (Reuters) - Les grandes sociétés de gestion, éprouvées par la tempête qui a frappé les marchés financiers, notamment obligataires, au printemps dernier, mettent en place des dispositifs de défense contre la détérioration de la liquidité de marché, la forte volatilité et les pertes qui peuvent en résulter. Leader de la gestion d'actifs en Europe avec plus de 950 milliards d'euros sous gestion, Amundi s'est, depuis peu, assuré d'une ligne de crédit bancaire de 1,7 milliard d'euros "destinée à faire face à tout aléa de liquidité", a confirmé à Reuters une porte-parole d'Amundi. Cette sécurité supplémentaire s'inscrit dans un dispositif global qui sera finalisé dans le courant du 1er trimestre 2016. Un des points clés vise à "faire payer le coût de la liquidité (décalages violents de prix ou "swing prices") à ceux qui en sont à l'origine", a expliqué Marie-Anne Allier, responsable de la gestion taux euro chez Amundi. "On se met en ordre de bataille pour être capable de mettre en place des "swing factors" (ou droits d'entrée ou de sortie des fonds) au cours du premier trimestre", a-t-elle ajouté en précisant que les équipes d'Amundi s'efforcent d'être préventives. Des marchés sont considérés comme "liquides" lorsqu'un investisseur peut acheter ou vendre un volume important d'actifs financiers assez rapidement à un coût peu élevé et à un prix proche de celui du marché. "Quand la liquidité chute, les prix des actifs sont faussés, moins corrélés aux fondamentaux, et tendent à sur-réagir, ce qui accroît la volatilité. Et dans des conditions extrêmes, le marché se gèle, ce qui peut avoir des conséquences systémiques", écrit le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier Rapport sur la Stabilité Financière Mondiale publié en septembre. MISE EN GARDE L'Amafi (Association françaises des marchés financiers), qui regroupe essentiellement les intermédiaires financiers, a mis en garde mercredi contre "le risque que fait courir à l'économie la dégradation de la liquidité". ID:nL8N12Z4XK Pour y remédier, l'Amafi préconise d'analyser la capacité que pourraient avoir de nouveaux acteurs, comme ceux de la gestion d'actifs, à assumer dans l'avenir la fonction d'apporteurs de liquidité à la place des banques qui s'en retirent en raison des nouvelles règles prudentielles très exigeantes en fonds propres. Crédit suisse a annoncé, le 22 octobre dernier, son retrait de l'activité de spécialistes en valeurs du Trésor (SVT, ou primary dealer) en Europe et donc aussi de l'animation du marché secondaire des emprunts d'Etat. ID:nL8N12M5PS Nombre de banques ont mis fin à leur activité de teneurs de marché afin de préserver leurs fonds propres et de respecter les nouveaux ratios prudentiels destinés à éviter, dans l'esprit des régulateurs, des crises aussi graves que celles de 2007-2008, quand les marchés de taux ont été asséchés. "Je doute que les gestions aillent jusqu'au 'market making'. Pour moi, un gestionnaire gère pour compte de tiers, pas pour compte propre", dit Rachid Medjaoui, directeur adjoint de la gestion à La Banque Postale gestion privée. "Je peux imaginer un Hedge Fund qui dise : 'je vais lever 100 milliards d'euros et utiliser ces fonds propres pour gagner de l'argent en faisant du "market making"", ajoute-t-il. "MONÉTISER LA LIQUIDITÉ" Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management, souligne que "la liquidité est devenue partie prenante du processus de gestion". "On évalue les risques de liquidité des portefeuilles. On se demande en permanence combien de temps il faut pour liquider 5% du portefeuille sans que cela ait un impact sur le marché", dit-il. "Pour certains produits, les gérants utilisent des plateformes électroniques. Mais ce n'est pas la panacée", poursuit-il, résumant le sentiment général. Elles représentent une faible part des transactions sur un marché obligataire qui, contrairement aux Bourses, est un marché de gré à gré. Le programme d'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) qui consiste à acheter essentiellement des titres souverains, crée un effet de rareté. "On est passé d'un monde où les banques centrales asiatiques détenaient beaucoup d'OAT, de Bund et les gardaient sans faire de repo (prêt/emprunt de titres), à un monde où les banques centrales, dans le cas de la zone euro, la BCE et surtout les banques centrales nationales, membres de l'Eurosystème, achètent les "govies" (emprunts d'Etat, NDLR)", explique Marie-Anne Allier. "Contrairement aux banques centrales asiatiques, elles font du repo, ce qui facilite la liquidité du marché", ajoute-t-elle. Roger Bonne, directeur de la gestion de taux chez AG2R La Mondiale, souligne que la compagnie d'assurances qui conserve ses titres sur le long terme pour honorer son passif à long terme, est dans une situation "plus confortable". "On essaie de monétiser cette liquidité, de capter des primes de liquidité par des opérations de 'reverse repo'", a indiqué Clément Simard, gérant de taux chez AG2R La Mondiale, qui n'achète pas d'obligations notées en dessous de "BBB+" "Nous prêtons aux banques des OAT qui leur servent de collatéral (pour les opérations avec la BCE) et elles nous prêtent du crédit", a-t-il dit. "Cela nous assure des marges de 50 point de base sur le montant du collatéral échangé. Ces marges ont atteint plus de 100 pdb au plus fort de la crise en 2009." (Raoul Sachs, édité par Marc Joanny)

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