CORR-France-Taubira met la pression contre la déchéance de nationalité

le , mis à jour à 14:12
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 (Bien lire "battu par Jacques Chirac, § 7) 
    * Taubira publie un essai préparé dans le plus grand secret 
    * Elle reproche à l'exécutif de "céder à la coulée 
d'angoisse" 
    * La déchéance de nationalité sera prononcée par un juge 
 
    PARIS, 1er février (Reuters) - Christiane Taubira met la 
pression sur l'exécutif en publiant lundi un livre-réquisitoire 
préparé dans le plus grand secret contre la déchéance de 
nationalité, notamment pour terrorisme, à quatre jours du début 
du débat à l'Assemblée nationale. 
    Moins d'une semaine après avoir démissionné du gouvernement, 
l'ex-ministre de la Justice affirme dans cet essai, intitulé 
"Murmures à la jeunesse", son désaccord majeur sur cette 
question avec François Hollande et Manuel Valls. 
   Après avoir annoncé la suppression de la référence aux 
binationaux, le gouvernement a fait un nouveau geste en 
précisant dans un avant-projet de loi que la déchéance de 
nationalité sera à l'avenir prononcée par un juge et non prise 
par décret, comme c'est le cas actuellement.   
   Mais dans son livre, Christiane Taubira s'oppose, comme une 
grande partie de la gauche, à une telle mesure, jugeant que 
"céder à la coulée d'angoisse et se laisser entraîner, au lieu 
d'endiguer, signe la fin du Politique et de la politique".  
   Seul François Hollande a pu lire dès le 22 janvier la prose 
de celle qui était alors encore sa ministre, dit Le Monde. 
    Christiane Taubira, qui s'est rendue aux Etats-Unis après sa 
démission, y a affirmé qu'elle resterait "loyale" au chef de 
l'Etat et a exclu de participer à une éventuelle primaire, alors 
qu'elle est courtisée de toutes parts à gauche. 
    En 2002, sa candidature avait contribué à éliminer le 
candidat socialiste Lionel Jospin du second tour au profit de 
Jean-Marie Le Pen, qui sera battu par Jacques Chirac. 
    Fidèle à son franc-parler, l'ex-garde des Sceaux n'en tacle 
pas moins dans son livre "l'inefficacité" de la déchéance en 
raison de ses "effets nuls en matière de dissuasion". 
     
   "FAUDRAIT-IL IMAGINER UNE TERRE DÉCHETTERIE ?"  
    Elle s'oppose plus fondamentalement à l'enjeu symbolique.  
"Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec 
ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses 
nationaux de naissance considérés comme indésirables ? 
Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient 
regroupés." 
    "Qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles 
et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels 
visés, d'être binationaux, rien d'autre", ajoute-t-elle. 
    Christiane Taubira expose également son désaccord avec le 
Premier ministre Manuel Valls, qui a dit qu'"expliquer le 
djihadisme, c'est déjà vouloir un peu excuser". 
    "Oui, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour 
ramener du sens au monde. Que les cris des tyranneaux de la 
pensée cessent de tétaniser nos esprits", écrit l'icône de la 
gauche. 
    La déchéance de nationalité pour terrorisme sera une peine 
complémentaire qui sera prononcée par un juge judiciaire, selon 
le projet du gouvernement. 
    Cette peine pourra être prononcée non seulement pour crimes 
constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation 
ou un acte terroriste mais aussi, comme le voulait l'opposition 
de droite, pour les délits d'atteinte aux intérêts fondamentaux 
ou relevant du terrorisme punis d'au moins 10 ans de prison. 
    Le texte prévoit qu'une telle sanction ne pourra pas être 
prise si elle a pour résultat de rendre apatride la personne 
condamnée, ce qui la limite de facto aux binationaux. 
    Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans 
les principales villes de France pour dénoncer le projet de 
déchéance de nationalité et l'état d'urgence. 
    Annoncé dès le soir des attentats du 13 novembre qui ont 
fait 130 morts, cette mesure avait été prolongé à une écrasante 
majorité pour trois mois le 26 novembre par le Parlement. 
    Mais sa nouvelle prolongation, jusqu'à fin mai, qui sera 
débattue et votée le 9 février au Sénat, puis le 16 février à 
l'Assemblée nationale, est plus vivement contestée.  
 
 (Gérard Bon, avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse) 
 
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