CORR-FEATURE-Les familles déchirées par leur filles parties faire le djihad

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(Au 12e paragraphe, bien lire "dans l'islam radical") * Des recrutements de plus en plus sophistiqués * Certaines filles seraient retenues contre leur gré * Le "romantisme" du djihad peut attirer par Nicholas Vinocur et Pauline Mevel PARIS, 9 octobre (Reuters) - Foad al Bahty, un routier français d'origine marocaine, s'est rendu seul en Syrie pour ramener en France sa soeur de 15 ans qui se disait captive d'un groupe islamiste. Quand il l'a retrouvée, elle lui a dit, éplorée, qu'elle resterait sur place. Foad est persuadé que Nora, qu'il présente comme une adolescente impressionnable qui adorait les dessins animés de Walt Disney avant son départ pour la Syrie un après-midi de janvier 2014, a refusé de repartir parce qu'elle était menacée de mort par l'émir francophone qui commandait son groupe. "On a commencé à pleurer, à se tenir les mains, à se tenir dans les bras, à se réconforter, elle ne voulait plus me lâcher, elle me serrait très fort", raconte-t-il à Reuters. "Alors je lui ai dit : 'Tu reviens avec moi ?' Elle a commencé à se taper la tête contre le mur et elle m'a dit 'non, je peux pas, je peux pas, je peux pas'", ajoute-t-il en précisant avoir entendu une conversation entre sa soeur et l'émir dans laquelle ce dernier la mettait en garde contre un départ. Foad, qui affirme que sa soeur se trouvait d'abord à Alep mais refuse, à la demande de la police française, de dire où il l'a ensuite rencontrée, assure que Nora traitait les membres de son groupe d'"hypocrites" et de "menteurs". Depuis leur rencontre en mai, il n'a plus eu aucun contact avec elle. Cette lycéenne fait partie des dizaines de jeunes filles européennes qui sont parties en Syrie, un aspect du conflit qui commence à inquiéter les autorités jusqu'ici surtout préoccupées par le départ de jeunes hommes désireux de mener le djihad au sein de groupes comme l'Etat islamique. 10% DES DÉPARTS Selon leurs parents et des experts, la plupart de ces adolescentes sont attirées par la promesse de travailler dans le domaine de l'aide humanitaire et c'est une fois en Syrie qu'elles découvrent leur sort : mariage forcé à un combattant, surveillance de tous les instants, vie recluse et peu de chances de pouvoir un jour retourner en Europe. Représentant quelque 10% des départs, elles sont ciblées par des "recruteuses" plus âgées qui utilisent les réseaux sociaux et feignent de se lier d'amitié, mais certaines d'entre elles n'ont guère besoin qu'on les pousse à partir. Si les femmes ne combattent pas, elles résident près des zones de combat et sont exposées à des bombardements de la coalition contre des groupes djihadistes en Irak ou en Syrie. Des médias autrichiens ont évoqué le cas de cette jeune fille d'origine bosniaque qui a quitté son pays pour la Syrie en avril et y a trouvé la mort. "Parmi les jeunes femmes que nous suivons, aucune n'est revenue vivante", dit Dounia Bouzar, une anthropologue auteur du livre "Ils cherchent le paradis, ils ont trouvé l'enfer". Comme pour presque tous les cas, la plongée de ces jeunes filles dans l'islam radical a été une surprise pour leurs familles. Studieuse et parfois très puérile à la maison, Nora avait une double vie, y compris un téléphone portable, un compte Facebook et des vêtements islamiques qui n'ont été découverts qu'après son départ vers la Syrie. "Ses amis m'ont parlé de son autre compte Facebook", dit Foad. "Quand je m'y suis connecté, tout est devenu clair : c'était plein d'appels au djihad, de photos d'enfants syriens mutilés". "PLEIN DE FRANÇAIS" Pour rejoindre sa soeur, il s'est d'abord rendu en Turquie, où des militants islamistes l'ont emmené vers une ville syrienne dont il refuse de donner le nom. Mais elle était selon lui dans un groupe "plein de Français" aux côtés de groupes d'Américains, de Britanniques, d'Afghans, de Chinois, de Japonais, de Coréens, de Tchétchènes, "chacun dans leur katiba". Nora a selon lui identifié la personne qui l'a recrutée comme un ressortissant franco-marocain qui a appartenu au Front al Nosra, une émanation d'Al Qaïda, et qui a été mis en examen après son retour en France en septembre dernier. Séverine Mehault, dont la fille de 17 ans a disparu du domicile familial il y a six mois, croit qu'elle est placée sous surveillance étroite en Syrie. "Quand on parle, c'est toujours la même chose", dit-elle. "Elle me dit qu'elle ne manque de rien, qu'elle est traitée comme un princesse, qu'elle mange bien, qu'elle dort bien, qu'il ne faut pas que je m'inquiète. Que tout ce qui passe à la télé c'est des mensonges, faut pas que je les écoute." Des responsables gouvernementaux et des experts de la radicalisation affirment que nombre de femmes qui sont dans ce cas sont issues de familles musulmanes modérées et de milieux sociaux très différents. "Sur 130 familles que l'on conseille, il y en a environ 80 de familles de classe sociale moyenne et supérieure", dit Dounia Bouzar. "Les classes populaires, quand elles appellent, c'est effectivement trop tard, l'enfant est déjà parti." "Cette année, les recruteurs ont réussi à affiner leurs techniques d'endoctrinement à tel point qu'ils arrivent à faire basculer des jeunes qui vont bien", ajoute-t-elle. "On sait qu'il y a une maison où il y aurait même 17 jeunes filles, on le sait par les parents qui sont en contact avec leur enfant, des parents qui sont devenus de vrais détectives." Hans-Georg Maassen, chef des renseignements intérieurs allemands, a récemment déclaré devant des parlementaires que le romantisme était une arme de recrutement. "Le romantisme du djihad est très prononcé dans la propagande utilisée par des femmes pour recruter d'autres femmes", a-t-il dit. "Elles veulent épouser des martyrs. Il y a presque une obsession avec le paradis après la mort, qui se transforme en culte de la mort." Selon lui, sur les 400 personnes qui ont quitté l'Allemagne pour la Syrie, 10% sont des femmes. Les responsables français estiment que 60 femmes ont fait le voyage, pour 1.000 départs. "Des femmes sont aussi plus vénérées que d'autres. Il y a une hiérarchie interne. Si vous devenez veuve, vous devenez un mentor et vous obtenez un statut", dit Magnus Ranstorp, un expert en terrorisme du Collège national de défense de Suède. (Edité par Yves Clarisse)

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  • mlaure13 le jeudi 9 oct 2014 à 21:48

    C'est malheureux, mais quand on baisse les bras...C la chienlit qui prend le dessus !...