CORR-David Cameron pourra compter sur des appuis à Bruxelles

le , mis à jour à 10:15
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(Au dernier paragraphe, bien lire "à partir de juillet" et non "à partir de juillet 2016") par Alastair Macdonald BRUXELLES, 12 mai (Reuters) - David Cameron n'est pas le dirigeant européen le plus apprécié à Bruxelles mais il ne devrait pas manquer de propositions de soutien dans sa volonté de réformer l'Union européenne. Elles devraient émaner de chefs d'Etat ou de gouvernement des Vingt-Huit soucieux de conserver au sein du bloc le poids économique, géopolitique et militaire de la Grande-Bretagne, quelle que soit l'exaspération que le pays suscite en résistant à une intégration européenne plus poussée. L'ancien Premier ministre polonais Donald Tusk, désormais à la tête du Conseil européen, devrait jouer un rôle primordial pour dégager un consensus sur des réformes. Il dit partager nombre de préoccupations du Premier ministre britannique, lequel promet un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE d'ici 2017. "Bruxelles aura l'esprit ouvert et écoutera Cameron", a dit à Reuters l'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt, lui aussi classé au centre droit. "Il faut un accord substantiel et Tusk est l'homme clé pour cela." Jean-Claude Juncker a des raisons personnelles d'afficher une certaine tiédeur à l'encontre de David Cameron, ce dernier ayant tout fait pour l'empêcher d'accéder l'an dernier à la présidence de la Commission européenne. Il s'est déclaré cependant prêt à travailler à un "accord équitable" avec Londres, sans aller jusqu'à une modification en profondeur des traités européens. DEUX COMMISSAIRES Deux commissaires européens, Frans Timmermans et Jonathan Hill, devraient être appelés à jouer un rôle important dans cette négociation. Timmermans, vice-président de la Commission, ancien ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, a été en partie éduqué en Angleterre et partage les convictions des Britanniques en matière de libre-échange. Il est déjà chargé de rationaliser la production législative dans l'UE et de rendre des prérogatives aux Etats membres. Pour Cameron, qui veut lutter contre l'"eurocratie" et affirmer la souveraineté nationale du Royaume-Uni, "le programme de Timmermans est une véritable aubaine", commente Michael Emerson, ancien responsable de la Commission qui travaille aujourd'hui au CEPS (Centre for European Policy Studies) à Bruxelles. Frans Timmermans réfléchit en outre déjà à un projet de loi qui empêcherait les immigrés de profiter indûment des prestations sociales versées par leur pays d'accueil, une question qui préoccupe certaines franges de l'électorat en Grande-Bretagne, mais aussi en Allemagne et aux Pays-Bas. Quant à Johathan Hill, il a été nommé par Cameron et chargé par Jean-Claude Juncker de lever les derniers obstacles nationaux à un marché unique des services financiers, l'une des initiatives que David Cameron pourrait mentionner pour convaincre ses compatriotes de rester dans l'UE. Ancien lobbyiste, Jonathan Hill se voit comme un intermédiaire entre amis, "traduisant Bruxelles au Royaume-Uni et le Royaume-Uni à Bruxelles". LIBRE CIRCULATION La relation entre David Cameron et Angela Merkel n'est visiblement pas très chaleureuse, depuis la décision du Parti conservateur britannique - qu'il dirigeait - de quitter en 2009 le groupe PPE au Parlement européen pour siéger avec les eurosceptiques de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne). Mais la chancelière allemande est persuadée, comme le président français François Hollande, qu'une union sans la Grande-Bretagne serait fortement diminuée. En tant que socialiste, François Hollande n'est pas un allié naturel de Cameron mais les deux principales puissances militaires de l'UE sont étroitement alignées et la France, comme d'autres pays membres, redoutent qu'en l'absence de Londres, Berlin pèse encore davantage sur le bloc des Vingt-Huit. A l'instar de Jean-Claude Juncker, Angela Merkel et François Hollande soulignent que David Cameron ne peut pas s'attendre à obtenir une limitation du droit à la libre circulation des travailleurs au sein de l'UE, qui exigerait une modification des traités. Autour de la table, le Premier ministre britannique pourra sans doute compter sur une certaine bienveillance des pays nordiques, des Néerlandais et des Irlandais, et sur une certaine loyauté des pays d'Europe orientale, qui se souviennent du soutien de Londres à leur entrée dans l'UE. Aucune figure ne paraît hostile à Londres parmi les dirigeants de l'ancien bloc de l'Est mais ceux-ci, comme Donald Tusk, s'opposeront vraisemblablement à toute mesure restreignant le droit de leurs ressortissants à circuler librement. Pour Jean-Claude Piris, ancien directeur des services juridiques au Conseil européen, beaucoup de choses pourraient être obtenues par de modestes mesures législatives. Etant donné le manque de temps, le mieux que David Cameron pourrait obtenir en matière de grandes réformes serait la promesse d'une modification ultérieure des traités. "Il faut se faire des alliés et travailler avec le calendrier", dit Jean-Claude Piris, qui estime que le Premier ministre britannique a tout intérêt à organiser un référendum avec la présidentielle française du printemps 2017. L'expert relève que la présidence tournante des conseils ministériels sera confiée à partir de juillet au Luxembourg, spécialiste des arcanes de l'UE, puis six mois plus tard aux Néerlandais alliés à Londres. "C'est une heureuse coïncidence", estime Jean-Claude Piris. "Cameron devrait aller vite. L'occasion ne se représentera pas." VOIR AUSSI David Cameron s'estime doté d'un "mandat fort" pour réformer l'UE ID:nL5N0Y223R (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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