Corée du Sud: Park Geun-Hye ou la Nation trahie par son "épouse"

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La présidente coréenne Park Geun-Hye avant son discours à la nation à Séoul le 4 novembre 2016 ( POOL/AFP/Archives / Ed JONES, Ed Jones )
La présidente coréenne Park Geun-Hye avant son discours à la nation à Séoul le 4 novembre 2016 ( POOL/AFP/Archives / Ed JONES, Ed Jones )

Park Geun-Hye avait été élue en 2012 sur un programme de rupture avec le clientélisme qui ronge la politique sud-coréenne. Elle risque maintenant d'être la première présidente entendue comme suspecte dans une affaire de corruption.

Il s'agirait d'une humiliante disgrâce pour celle qui se voulait incorruptible, une femme à l'histoire familiale tragique qui n'était soi-disant redevable envers personne. Et certainement pas une famille car elle avait "épousé la Nation".

Les soupçons de corruption collent comme un sparadrap depuis des décennies à la classe politique sud-coréenne, et la "Maison bleue", siège de la présidence, n'est jamais apparue comme un sanctuaire de probité.

Depuis les premières élections libres en 1987, tous les présidents ont eu à répondre, après leur mandat, d'accusations de corruption touchant souvent le comportement de leurs proches.

Au pouvoir de 2003 à 2008, Roh Moo-Hyun s'est même suicidé en 2009 en se jetant d'une falaise alors que le parquet enquêtait sur des versements suspects à son épouse et sa nièce.

Fille du dictateur Park Chung-Hee, au pouvoir de 1961 à 1979, Mme Park ne devait pas, sur le papier, être rattrapée par ces travers.

Ses deux parents furent assassinés, en 1974 et 1979, elle n'avait ni mari ni enfant, n'entretenait plus de relations avec son frère et sa soeur et se croyait invulnérable au népotisme.

"Je n'ai pas de famille à surveiller, pas d'enfant qui hériteront de mes biens", avait-elle dit lors de sa campagne en 2012. "Je veux me consacrer à la Nation et au peuple."

- "Le charme est brisé" -

Invoquer ainsi le sens du devoir et du dévouement avait déjà été payant au sein du parti Saenuri. Et la frange âgée de l'électorat se plaisait à voir en Mme Park la survivante vertueuse d'une histoire familiale tragique.

L'ex-président coréen Roh Moo-hyun, saluant ici les soldats le 1er octobre 2003, s'était suici
L'ex-président coréen Roh Moo-hyun, saluant ici les soldats le 1er octobre 2003, s'était suicidé en 2009 à la suite d'autres accusations de corruption. ( POOL/AFP / YUN JAI-HYOUNG )

Sous sa présidence (2004-2006) le parti enregistra une série de victoires dans les urnes qui lui valu son surnom de "Reine des élections".

Elle a continué à la "Maison bleue" d'entretenir l'image d'une femme dévouée à la Nation, dînant seule et passant ces rares temps libres en compagnie de ses chiens.

D'où le choc que constitua la révélation de l'influence extraordinaire sur la présidente de sa confidente et vieille amie, Choi Soon-Sil, inculpée depuis pour extorsion et abus de pouvoir.

Le parquet de Séoul a affirmé dimanche que la présidente avait joué un rôle de "collusion" dans les activités criminelles de Mme Choi, qui est notamment accusée d'avoir profité de ses entrées pour soutirer des sommes astronomiques à de grands conglomérats.

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté pour exiger la démission de la présidente, dont la popularité s'est effondrée.

"Il ne s'agit pas seulement de corruption. Les gens pensent sincèrement avoir été trahis par Park Geun-Hye", explique Kim Jong-Yup, professeur de sociologie à l'Université Hanshin.

"Ils croyaient vraiment retrouver chez elle les qualités de ses parents: le sens économique de son père et le caractère bienveillant de sa mère."

"Ils pensaient avoir Park Chung-Hee sans le côté dictatorial. Mais le charme est brisé."

- "Caractère criminel pas évident"-

Dans des excuses télévisées, Mme Park s'est récemment répandue sur sa "solitude" et son manque de discernement vis-à-vis de Mme Choi.

Goi Soon-Sil, amie et confidente de la présidente coréenne, le 19 novembre 2016, après son audition au p
Goi Soon-Sil, amie et confidente de la présidente coréenne, le 19 novembre 2016, après son audition au parquet central de Séoul. ( YONHAP/AFP / YONHAP )

Un président en exercice ne peut être inculpé en Corée du Sud, sauf en cas d'insurrection ou de trahison. Elle peut cependant être entendue, et pourra être poursuivie à la fin de son mandat.

"De mon point de vue, c'est une amitié qui a mal tourné, comme si la solitude lui avait fait perdre ses ses propres repères", analyse Robert Kelly, professeur de sciences politiques à l'Université de Busan.

"L'influence de Mme Choi était probablement inappropriée et contraire à l'éthique, mais son caractère criminel n'est pas évident. A moins de nouvelles révélations, je doute que Mme Park démissionne."

Plus de 50 entreprises, dont Samsung et Hyundai, ont vraisemblablement été contraintes, sous la menace de représailles, de donner 77,4 milliards de wons (61,8 millions d'euros) à deux fondations créées par Mme Choi.

"Rien ne prouve que ces millions aient bénéficié à Mme Park", observe Han Hee-Won, professeur de droit à la Dongguk University. "C'est un scandale politique plus qu'un scandale de corruption."

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