Corbyn veut en finir avec la désunion du Labour britannique

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    par Elizabeth Piper 
    LIVERPOOL, Angleterre, 28 septembre (Reuters) - 
T riomphalement réélu par les adhérents mais toujours critiqué 
par l'aile centriste du Labour, Jeremy Corbyn prend la parole ce 
mercredi au congrès annuel de la principale formation de 
l'opposition britannique à Liverpool où, selon son porte-parole, 
il devrait s'employer à reconstruire l'unité du parti. 
    Mis en minorité cet été par les députés travaillistes, qui 
ont voté par 172 voix contre 40 une motion de défiance, Corbyn a 
remporté trois mois plus tard et pour la deuxième fois en un an 
le vote des militants, réunissant samedi 62% des voix contre 38% 
seulement pour son challenger, Owen Smith.   
    Charge à lui à présent de poser les bases d'une 
réunification du parti au moment où la Grande-Bretagne s'apprête 
à engager les négociations sur les modalités de sa sortie de 
l'Union européenne. 
    Selon son porte-parole, Corbyn devrait saisir l'occasion du 
congrès annuel pour appeler ses troupes à "mettre fin à la 
guerre de tranchées" et à resserrer les rangs face au 
gouvernement conservateur de Theresa May, qui a succédé à David 
Cameron au 10, Downing Street dans la foulée de la victoire du 
camp du Brexit au référendum du 23 juin. 
    Dans son discours, dont des extraits ont été diffusés auprès 
de la presse, le chef du Labour devrait exposer un nouveau 
programme axé autour de dix engagements, parmi lesquels le 
retour au plein emploi, un programme de nationalisations et la 
mise en place d'une société de l'égalité réelle. 
    "La tâche centrale du Parti travailliste dans son ensemble 
est de reconstruire la confiance pour remporter les prochaines 
élections législatives et former le prochain gouvernement", 
devrait-il dire. 
    May a indiqué qu'elle n'avait pas l'intention d'accélérer le 
calendrier électoral, et les prochaines législatives ne sont pas 
attendues avant 2020. Mais Corbyn fait le pari que les électeurs 
britanniques repasseront par les urnes plus tôt que prévu.  
    "Quoi que dise la Première ministre au sujet d'élections 
anticipées, il y a de fortes chances pour que Theresa May 
organise des élections anticipées", ajoute-t-il dans le texte de 
son discours. "Le Labour se prépare pour des élections 
législatives en 2017, nous attendons de chacun de nos membres 
qu'il soutienne cet effort et nous serons prêts le moment venu." 
  
     
    RÉINVESTIR LE DÉBAT SUR LES MODALITÉS DU BREXIT   
    La tâche du patron du Labour s'annonce cependant ardu, tant 
les différences sont fortes au sein de son parti. 
    Nouvelle étoile montante de la gauche britannique, le 
nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, a jugé cet été que Corbyn 
était incapable de conduire le parti à la victoire. 
    L'aile centriste du Parti travailliste redoute notamment 
qu'il entraîne le parti trop loin sur sa gauche, à l'opposé du 
New Labour théorisé par Tony Blair et Gordon Brown, au pouvoir 
sans discontinuer de 1997 à 2010, et le condamne ainsi à une 
longue cure d'opposition.  
    Un récent sondage ComRes indiquait que 16% seulement des 
Britanniques interrogés estiment le Labour à même de remporter 
les prochaines élections. Ils sont 65% à penser que la victoire 
reviendra aux Tories de Theresa May. 
    Les mêmes lui reprochent aussi d'avoir déserté le débat 
national sur les modalités du Brexit, un thème qui ne figure 
même pas au programme officiel du congrès de Liverpool. 
    "Nous devons être les champions d'un Brexit équitable", 
devrait dire Andy Burnham, chargé des questions de politique 
intérieure au sein du "shadow cabinet" (gouvernement fantôme). 
    "Tandis que nous nous refermions sur nous-mêmes, les 
conservateurs ont pris des libertés et intriguent en faveur d'un 
Brexit radical, d'un Brexit de droite qui couperait tous les 
ponts de la Grande-Bretagne", devrait-il poursuivre. 
    Le danger, disent-ils, est de laisser les conservateurs 
diriger la manoeuvre sans opposition. 
    "Nous devons nous insérer dans ce débat, sinon, il risque de 
tourner au débat interne entre conservateurs où les partisans du 
'leave means leave' et d'autres, qui sont des eurosceptiques, 
déporteront Theresa May vers sa droite", a déclaré Seema 
Malhotra, ancienne porte-parole du Labour pour les questions 
financières et budgétaires. 
    Les partisans de Corbyn répliquent qu'il a fallu d'abord 
gérer la crise de leadership. Le vote des militants a apporté 
une réponse incontestable, poursuivent-ils, et le dirigeant 
travailliste a désormais la légitimité nécessaire pour s'engager 
dans le débat sur le Brexit. 
    Ses adversaires, eux, redoutent que cela ne soit pas sa 
priorité et s'en réfèrent à la campagne référendaire du 
printemps dernier. Alors que la position officielle du Labour 
était le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, Corbyn, qui n'a 
jamais caché ses doutes sur la politique européenne, a conduit 
une campagne minimaliste. 
 
 (avec Kylie MacLellan et William James à Londres; Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 
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