COR-La piste des laboratoires dans l'affaire Cahuzac

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Correction: bien lire 19 mars au deuxième paragraphe.

PARIS (Reuters) - Les juges qui instruisent l'affaire Jérôme Cahuzac s'intéressent, au-delà de ses comptes à l'étranger, à ses liens passés avec les laboratoires pharmaceutiques, potentiellement sources de conflit d'intérêt pour un ténor politique.

Le parquet de Paris avait indiqué dès l'ouverture d'une information judiciaire, le 19 mars, que l'enquête chercherait à déterminer si l'ancien ministre du Budget s'était fait rémunérer de façon illicite par des milieux pharmaceutiques.

Mardi, Jérôme Cahuzac a été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale" mais aussi "blanchiment de fonds provenant de la perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la Sécurité sociale".

Les liens de l'ancien ministre avec le milieu pharmaceutique datent d'avant le véritable début de sa carrière politique avec son premier mandat, son élection comme député du Lot-et-Garonne en 1997.

Son entourage expliquait à la mi-mars qu'il avait cessé toute activité de conseil en 1997, bien qu'il n'ait jamais dissous sa société, et qu'il avait par la suite exercé comme spécialiste de la greffe de cheveux, en exercice libéral jusqu'en juin 2012, date de son entrée au gouvernement.

Chirurgien de formation, Jérôme Cahuzac a exercé d'abord comme cardiologue avant de se spécialiser dans la chirurgie esthétique.

En 1993, il dépose les statuts de "Cahuzac Conseil", une SARL qui travaille avec l'industrie pharmaceutique. Il reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent dans son rôle de conseiller technique de la plupart des laboratoires pharmaceutiques.

"CARNET D'ADRESSES"

Définie comme "conseil pour les affaires et autres conseils de gestions", cette société a été immatriculée le 15 octobre 1993. Jérôme Cahuzac en est présenté comme le gérant et le siège de la société est l'immeuble parisien acheté en 1994 par Jérôme Cahuzac avenue de Breteuil, dans le VIIe arrondissement, avec son épouse d'alors, Patricia, spécialiste comme lui de la micro greffe de cheveux.

Les époux Cahuzac installent également leur "clinique" de greffe de cheveux, en fait un cabinet, dans cet immeuble, "une endroit calme, chaleureux et à taille humaine", lit-on sur son site.

"Le respect de la vie privée étant primordial, nous vous garantissons une discrétion absolue", est-il ajouté.

"Ce qu'on appelle la 'clinique Cahuzac' n'avait pas d'existence juridique autre que l'association de deux médecins libéraux", assurait son entourage il y a quelques semaines, précisant que cette association avait été dissoute avant la présidentielle en raison de la procédure de divorce des époux.

Dans son rôle de conseiller pour les laboratoires, Jérôme Cahuzac a pu faire fructifier un carnet d'adresses datant de son emploi de conseiller technique au cabinet de Claude Evin, ministre des Affaires sociales de 1988 à 1991.

Chargé de l'élaboration de la loi Evin encadrant la publicité sur le tabac et l'alcool, il est surtout conseiller technique pour le médicament et gère les relations du ministère avec la Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

Démentant tout conflit d'intérêt, l'entourage de Jérôme Cahuzac assurait, extraits de débats parlementaires à l'appui, que le ministre s'était fait remarquer entre 1997 et 2002 pour sa pugnacité à l'encontre des laboratoires pharmaceutiques.

"S'il est une constance dans l'engagement socialiste de Jérôme Cahuzac, c'est qu'il a toujours plaidé contre son intérêt personnel au nom de l intérêt général: doubler l'ISF, réduire les abattements de succession, taxer le capital comme le travail, lutter contre les avantages indus des laboratoires, des radiologues", assurait-il.

Gérard Bon, avec Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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