COR - L'armateur CMA CGM lance une restructuration de sa dette

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Au 6e paragraphe, lire Malte au lieu de Chypre

par Julien Ponthus et Gus Trompiz

PARIS (Reuters) - Tout juste convalescent de la crise de 2009, l'armateur CMA CGM a lancé une restructuration de sa dette qui pourrait déboucher sur une montée en puissance du conglomérat turc Yildirim à son capital, voire d'une entrée du Fonds stratégique d'investissement (FSI).

Le groupe marseillais a rouvert des négociations avec ses banques et souhaite parvenir à un accord avec elles avant l'été, a déclaré mercredi à Reuters son directeur financier à l'occasion de la publication des résultats annuels de la société.

"L'un des objectifs de nos discussions avec nos banques c'est de retrouver une solidité financière qui rassure tout le monde, y compris les porteurs obligataires, car on a bien l'idée de revenir sur le marché obligataire", a déclaré Michel Sirat.

Après un rebond exceptionnel en 2010, l'année 2011 aura été marquée par des surcapacités sur certaines de ses lignes, une volatilité des taux de fret et une forte hausse des cours du pétrole.

Malgré un chiffre d'affaires 2011 en hausse de 4% à 14,87 milliards de dollars (11,3 milliards d'euros), CMA CGM a affiché un excédent brut d'exploitation (Ebitda) divisé par plus de trois à 711 millions de dollars et une perte nette de 30 millions contre un bénéfice de 1,627 milliard lors de l'exercice précédent.

Ces résultats en berne interviennent alors que le groupe avait déjà lancé en 2011 un important programme de réduction de coûts et organisé des cessions d'actifs, notamment 50% du terminal de conteneurs de Malte.

Après plus d'un an de discussions et de coups de théâtre, CMA CGM avait aussi réussi en 2011 à renforcer sa structure financière avec la souscription par Yildirim de 500 millions de dollars d'obligations convertibles et le placement sur le marché de deux lignes obligataires pour un montant total de 945 millions de dollars.

LA STRUCTURE DE LA DETTE DOIT CHANGER

Signe de la grande nervosité des marchés financiers à son encontre, les obligations émises par CMA CGM se traitent actuellement avec une décote de près de 40%.

"Le marché obligataire intègre la nécessité ou l'intérêt des discussions qu'on a engagées avec nos banques", a expliqué Michel Sirat, qui voudrait idéalement solliciter à nouveau les investisseurs en 2012 ou 2013 après la restructuration du groupe.

"Il y a clairement la perception aujourd'hui qu'on a une structure de dette bancaire qui a besoin d'être changée, les porteurs obligataires en sont pleinement conscients."

CMA CGM, troisième armateur mondial, doit notamment demander le rallongement de la maturité de sa dette bancaire, et en particulier un report pour le remboursement de 560 millions de dollars en février 2013.

D'autre part, CMA CGM veut aussi que ses banques acceptent un changement de ses conventions de crédit bancaire (covenants).

En effet, celles-ci sont basées sur un ratio basé sur l'Ebitda (excédent brut d'exploitation sur dette), ce qui rend l'entreprise très sensible à chaque aléa conjoncturel.

"Nous pensons que cela a plus de sens dans notre business de regarder la valeur des actifs et de la comparer à la valeur de la dette", a dit Michel Sirat.

LE FSI PARMI D'AUTRES OPTIONS

Le groupe doit aussi se protéger de l'impact de la volatilité de la conjoncture sur sa trésorerie, et le directeur financier a indiqué que les cessions d'actifs prévues ne seraient peut-être pas suffisantes et qu'une injection de capital serait peut-être nécessaire.

"La société a bien en tête que dans un business assez volatil, nous devons avoir des coussins qui nous protègent, ces coussins c'est bien sûr le cash qu'on peut tirer des ventes d'actifs, et un autre coussin cela peut être de l'equity (capital)."

"Dans nos accords avec Yildirim il y avait la possibilité de demander à Yildirim de souscrire une part supplémentaire d'obligations remboursables en actions et donc ça, c'est clairement sur la table", a-t-il dit, notant que CMA CGM avait d'autres options.

"Il y a eu des discussions avec le FSI, ça vous le savez ; on a toujours un dialogue informel avec le FSI, cela reste une alternative possible mais parmi d'autres", a-t-il noté, prévenant néanmoins qu'en tout état de cause l'actionnaire historique, la famille Saadé, garderait le contrôle.

Les Saadé conservent 80% du capital de l'entreprise mais reviennent de loin car, au coeur des négociations en 2010, de nombreux observateurs évoquaient l'hypothèse d'un naufrage pur et simple de l'armateur ou l'éviction de la famille du capital.

Edité par Dominique Rodriguez

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