COR- Handball: pourquoi les Experts ont-ils sombré en Serbie ?

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LES EXPERTS COULENT EN SERBIE
LES EXPERTS COULENT EN SERBIE

(Correction: au 2e paragraphe, bien lire que les "Experts" se sont inclinés trois fois en cinq matches, et non en quatre matches)

par Mickaël Chouquet

NOVI SAD, Serbie (Reuters) - Une préparation ratée, un collectif ébréché et des faillites collectives sont autant de raisons qui expliquent pourquoi l'équipe de France de handball a abandonné son trophée dès le tour principal de l'Euro, en Serbie.

Considérés il y a encore quelques semaines comme imbattables, "les Experts" se sont inclinés trois fois en cinq matches et ont été éliminés du tournoi, avant même leur dernier match, ce mercredi, contre l'Islande.

Les Bleus ont eu quatorze jours entre le début de leur préparation à Capbreton (Landes) début janvier et leur premier match contre l'Espagne le 16.

Trop court, disent certains, oubliant que le laps de temps était identique avant les couronnements des quatre dernières années, à l'exception de la préparation pour les Jeux Olympiques 2008.

Dans cette période cruciale, le bulletin de santé des joueurs incertains (William Accambray, Samuel Honrubia, Cédric Sorhaindo, Michaël Guigou) a plus retenu l'attention que le contenu insuffisant des entraînements.

Champions de tout en arrivant en Serbie, d'Europe, du monde et olympiques, les joueurs comme l'encadrement se sont bercés d'illusions.

"On pensait y être mais on n'y était pas. Le discours de la mobilisation est resté un discours. Le mental, l'intensité, la détermination, on fait défaut", admet l'entraîneur Claude Onesta.

Jusqu'au Mondial 2011, le jeu français évoluait toujours d'une compétition à l'autre. En Serbie, il est devenu trop prévisible.

"J'ai senti que les adversaires savaient très bien ce qu'on allait faire. On n'avait pas de nouveautés à proposer", reconnait l'arrière Xavier Barachet.

Le collectif a fonctionné uniquement contre la Russie (28-24) puis en première mi-temps face à la Croatie. Le reste du temps, les Experts ont presque tout raté, donnant même l'impression de jouer leur première compétition ensemble.

"On ne cherche pas des choses compliquées", avait reconnu Claude Onesta la veille de la défaite face à la Croatie, confirmant ainsi jusqu'à la perte des fondamentaux.

Les joueurs n'ont cessé d'évoquer des réglages, de petites choses à corriger. En réalité, le mal est plus profond.

Secteur à l'origine des glorieuses années 2008-2011, la défense française s'est ébréchée. "Nous avons un gros chantier devant nous", reconnaît d'ailleurs sa clé de voûte, Didier Dinart.

KARABATIC EN PLEIN DOUTE

Lorsque le collectif déraille, les individualités doivent prendre le relais. Côté français, aucun joueur majeur n'a assumé ses responsabilités.

"Dès qu'un joueur s'est trouvé en échec personnel, j'ai senti un renoncement progressif. Il n'y avait plus personne pour prendre les décisions", regrette Claude Onesta.

Si le constat n'est évidemment pas définitif, le nombre des faillites individuelles interpelle.

Celle de Nikola Karabatic est la plus spectaculaire. Le meilleur joueur du Mondial 2011 est passé complètement au travers à peine un an plus tard.

Il présente le pire ratio buts/tirs (26%) derrière Guillaume Gille (0/3), qui a à peine joué. En perte de confiance, il a refusé le tir dans des situations qu'il débloquait il n'y a encore pas si longtemps.

A l'issue du premier tour, il ne dominait d'ailleurs qu'un seul classement individuel: celui des balles perdues.

S'il a relevé la tête après une entame catastrophique contre l'Espagne, Thierry Omeyer affiche tout de même des statistiques inférieures aux compétitions précédentes (31% de parades). A titre de comparaison, quatorze gardiens du tournoi ont une moyenne plus élevée.

Les satisfactions individuelles se comptent donc sur les doigts d'une main: les ailiers Luc Abalo et Arnaud Bingo, le pivot Bertrand Gille en attaque et l'arrière Xavier Barachet, meilleur buteur français (20 buts) après un début d'Euro timide.

"Faut-il changer des joueurs d'ici Londres ? Non, les meilleurs sont ici", estime toutefois le capitaine Jérôme Fernandez.

Le forfait précoce de Michaël Guigou, rentré en France avant le match contre la Hongrie, et l'entrée tardive de Cédric Sorhaindo, incisif hier pour son premier match de la compétition, ont pénalisé l'équipe.

Malgré cette faillite collective, Claude Onesta n'envisage pas pour autant de chambouler son groupe d'ici les six prochains mois, partant du principe que son équipe va réagir, à l'orgueil, lors des prochains JO.

"Les joueurs auront sûrement envie de réparer l'erreur de parcours", prévient-il.

Edité par Olivier Guillemain

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