COP21-Les termes d'un accord restent flous

le
0
    * La révision des objectifs est un point de divergence 
    * L'Union européenne voudrait l'engager en 2021 
    * Le montant de l'aide des pays développés contesté 
 
    par Emmanuel Jarry 
    LE BOURGET, Seine-Saint-Denis, 8 décembre (Reuters) - A 
moins de trois jours de l'échéance, les termes d'un accord 
universel sur le réchauffement climatique restent flous malgré 
les déclarations de bonne volonté des principaux groupes de pays 
participant à la conférence sur le climat de Paris.   
    Les organisations non gouvernementales s'inquiètent de la 
portée de l'accord qui sortira de ce processus, alors que les 
consultations se sont poursuivies mardi à un rythme soutenu pour 
tenter de dégager des compromis sur les points de divergence. 
    Le démarrage du processus de révision des engagements 
nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre 
(GES) est un des sujets les plus délicats. 
    La plupart des 195 pays qui participent à la COP21 au 
Bourget sont d'accord sur le principe d'une révision à la hausse 
de ces engagements tous les cinq ans. Mais la question du moment 
du début du processus reste toujours ouverte. 
    Le brouillon d'accord remis samedi par les négociateurs 
avant l'entrée en scène des ministres pour les arbitrages 
politiques, parle d'un premier bilan en 2024. 
    Mais de nombreux pays, en particulier en développement, 
veulent avancer ce processus, notamment pour combler les 
insuffisances des engagements déposés auprès de l'ONU par 185 
Etats totalisant plus de 95% des émissions mondiales de GES.  
    D'autres au contraire souhaitent retarder le plus possible 
un mécanisme qui les conduirait à rehausser leurs efforts. 
    Alors qu'un enjeu du futur accord est de contenir le 
réchauffement moyen à moins de 2°C, voire 1,5°C, en 2100, la 
somme de ces programmes placerait au mieux la planète sur une 
trajectoire à 2,7°C si tous les pays tiennent leurs engagements. 
     
    LE CHEMIN DU CONSENSUS 
    Or, plus d'une quarantaine de pays ont subordonné les leurs 
à l'aide financière et aux transferts de technologie des pays 
développés, autre point clef pour la conclusion d'un accord. 
    "On ne peut pas demander aux pays africains de mettre en 
oeuvre leurs contributions nationales s'ils n'ont pas les moyens 
techniques ou financiers", a dit ainsi à Reuters la ministre 
marocaine délégué à l'Environnement, Hakima El Haite. 
    Tout cela rend plus nécessaire l'accélération des politiques 
de réduction des GES avant l'entrée en vigueur du futur accord, 
en 2020, ce qui est l'objet d'une des instances de consultation 
créées par le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. 
    Or le chemin du consensus paraît encore long, y compris au 
sein de groupes de pays ayant décidé de faire alliance, comme 
l'Union européenne et 79 pays africains, des Caraïbes et du 
Pacifique (ACP), qui ont publié mardi une déclaration commune en 
faveur d'un accord "ambitieux et contraignant". 
    Lors de la présentation de cette déclaration, le ministre 
gabonais du développement durable, Régis Immongault, a estimé 
que le "compteur" devrait tourner à partir de 2016. 
    "Je ne crois pas que ce soit possible", a confié quelques 
instants plus tard à Reuters le commissaire européen au climat 
et à l'énergie, Miguel Arias Canete.  
    "La position de l'Union européenne est très claire", a-t-il 
ajouté. "On doit lancer le processus de mesure, information et 
vérification en 2018-2019, pour qu'en 2021 nous soyons capables, 
le cas échéant, de réviser nos engagements." 
    Du côté américain, un haut responsable du département d'Etat 
a estimé que les parties à la convention des Nations unies pour 
le climat (CCNUCC) devraient commencer à envisager de nouveaux 
plans de réduction de leurs émission en 2020-2021.  
     
    "PEANUTS" 
    Mais "pour les Etats-Unis, ça sera en 2030 parce que nos 
engagements actuels sont pour 2025", a-t-il dit à Reuters. 
    Le ministre indien de l'Environnement, Prakash Javadekar, a 
rappelé, lors d'une conférence de presse commune avec ses 
homologues chinois, brésilien et sud-africain, que son pays 
avait pris des engagements à 10 ans. 
    "Dans dix ans nous soumettrons un autre plan. Si quelqu'un 
veut revoir ses engagements à la hausse en raison des progrès 
techniques ou d'autres choses, il peut le faire à tout moment." 
    Selon la Fondation de Nicolas Hulot, envoyé spécial du 
président français, François Hollande, pour les questions 
climatiques, il conviendrait de moduler ce processus. 
    "Une trentaine de pays, dont une vingtaine africains, se 
sont engagés à réduire leurs émissions de GES à deux tonnes par 
habitant et par an en 2030", explique son porte-parole.  
    "Il n'est pas sûr qu'on puisse leur demander de réviser (par 
anticipation) leurs engagements", ajoute Matthieu Orphelin. 
    La Fondation Hulot et d'autres organisations de défense de 
la nature s'inquiètent par ailleurs de la réalisation par les 
pays développés de leur engagement de consacrer 100 milliards de 
dollars par an à l'aide aux pays vulnérables à partir de 2020. 
    "Au mieux, d'après nos estimations, les nouvelles promesses 
(faites à l'occasion de la COP21) amèneraient à 85 milliards de 
dollars par an", précise Matthieu Orphelin. 
    Le WWF ou Oxfam contestent, comme les représentants chinois, 
indiens et sud-africains, la méthode utilisée pour comptabiliser 
ses promesses de fonds publics et privés. Pour ces organisations 
le total est à ce jour inférieur à 60 milliards de dollars. 
    Si les pays développés n'arrivent pas aux 100 milliards, 
cela montrera qu'ils "ne sont pas sérieux", a dit la secrétaire 
générale de la Confédération internationale des syndicats 
(ITUC), Sharon Burrows, pour qui ce montant est de toute façon 
"peanuts" ("des cacahuètes") comparé aux besoins. 
 
 (Avec Lesley Wroughton and David Stanway, édité par Yves 
Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant