COP21-Douze jours pour enrayer le réchauffement de la planète

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    * 150 chefs d'Etat et de gouvernement attendus lundi 
    * Deux semaines de négociations sur fond de menace 
terroriste 
    * Une étape vers la réduction des gaz à effet de serre 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 26 novembre (Reuters) - Des délégués de la quasi 
totalité des pays du monde afflueront à partir de dimanche aux 
portes de Paris pour tenter de s'accorder sur les moyens 
d'enrayer les dérèglements climatiques provoqués par l'activité 
humaine, sur fond de menace terroriste. 
    Cette 21e conférence des 196 parties signataires de la 
convention de l'Onu sur le climat (COP21) est considérée comme 
une des dernières chances d'engager la planète sur la voie d'une 
économie sobre en énergie fossile et en carbone, avant que son 
réchauffement ne prenne des proportions catastrophiques. 
    La première réunion des négociateurs chargés de préparer un 
projet d'accord a été avancée à dimanche, sans attendre 
l'ouverture officielle de la COP21 lundi, pour gagner du temps. 
    Le parc des expositions du Bourget, où 40.000 à 45.000 
personnes sont attendues pendant 12 jours, est à une station de 
RER de Saint-Denis, où l'organisateur présumé des attentats du 
13 novembre à Paris, Abdelhamid Abaaoud, a été abattu le 18. 
    Ces attentats, qui ont fait 130 morts, ont contraint les 
autorités à renforcer le dispositif de sécurité et à interdire 
les marches prévues en marge de la COP21.  ID:nL8N13K262  
    Ils n'ont en revanche pas dissuadé 150 chefs d'Etat et de 
gouvernement, dont l'Américain Barack Obama, le Chinois Xi 
Jinping, l'Indien Narendra Modi et le Russe Vladimir Poutine, de 
venir lundi ouvrir officiellement la conférence.  
    Pour Nicolas Hulot, conseiller spécial de François Hollande, 
le contexte créé par les attentats de Paris impose "une forme 
d'obligation morale" et de responsabilité aux participants. 
    "Tout cela nous ramène très brutalement et très tragiquement 
à l'essentiel", estime-t-il. "Je pense que ce contexte crée une 
obligation et j'espère que c'est cela qui l'emportera." 
    Nombre d'experts n'hésitent d'ailleurs pas à lier lutte 
contre le réchauffement de la planète et contre le terrorisme en 
invoquant l'aggravation de l'extrême pauvreté, les déplacements 
massifs de population et la déstabilisation des Etats les plus 
vulnérables provoqués par les dérèglements climatiques. 
    Or 2015 s'annonce déjà comme l'année la plus chaude depuis 
la fin du 19e siècle, selon l'Organisation météorologique 
mondiale, qui prédit un nouveau record en 2016.  ID:nL8N13K256   
    Et si rien n'est fait pour réduire les émissions de gaz à 
effet de serre (GES), ce réchauffement pourrait atteindre 4,1 à 
4,8°C en 2100 par rapport à 1850-1900, estime le Groupe 
d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).  
     
    "UN OBJECTIF POLITIQUE" 
    Un des enjeux de la COP21 est de confirmer l'objectif d'un 
réchauffement contenu à 2°C maximum à la fin du siècle, tout en 
conciliant les intérêts contradictoires des pays développés, 
émergents et en voie de développement. 
    Même stabilisé à 2°C, ce réchauffement continuera à avoir un 
impact négatif, estiment les experts. Selon la Banque mondiale, 
100 millions de personnes de plus pourraient ainsi basculer dans 
l'extrême pauvreté d'ici 2030. Et le GIEC estime que le niveau 
des océans pourrait encore monter de près d'un mètre d'ici 2300. 
    "Ce seuil de 2° a été jugé raisonnable par les décideurs 
politiques. C'est un objectif avant tout politique", souligne 
Serge Planton, qui dirige la recherche sur le climat à Météo 
France et participe aux travaux du GIEC.  
    Selon le GIEC, cela revient à laisser dans le sol au moins 
80% des réserves d'énergie fossile (hydrocarbures, charbon) 
aujourd'hui connues et aisément accessibles. 
    Si les pays les plus vulnérables jugent cet objectif encore 
insuffisant et préfèreraient le voir porté à 1,5°, d'autres, 
comme l'Inde, ont traîné les pieds avant de l'adopter. 
    La nouveauté, par rapport aux précédentes COP, outre la 
mobilisation d'un monde des affaires qui sent le vent tourner et 
voit dans le verdissement de l'économie une source de profits, 
est que 177 pays représentant plus de 90% des émissions globales 
ont déposé auprès de l'Onu des plans de réduction des GES.  
    Mais l'addition de leurs engagements nationaux est encore 
loin de placer la planète sur la trajectoire des 2°C. Selon les 
évaluations, elle oscillerait plutôt entre 2,7 et 3°. 
    D'où un autre enjeu de la COP21 : la mise en place d'un 
mécanisme de révision de ces engagements, des objectifs globaux 
et des outils pour les atteindre, couplé à un dispositif fiable 
et transparent de mesure et de vérification des résultats. 
    Lors de la réunion ministérielle préparatoire à la COP21 qui 
s'est tenue du 8 au 10 novembre à Paris, l'idée a été avancée de 
procéder à un premier bilan dès 2018-2019.  
    Deux autres questions sensibles sont au coeur de la COP21 : 
la différenciation des responsabilités des différents pays dans 
le réchauffement climatique, et donc de leurs obligations, et le 
financement de l'adaptation des Etats les plus vulnérables. 
     
    STATUT JURIDIQUE 
    Nombre de pays en développement subordonnent à l'accès à ce 
financement international la pleine exécution de leur programme 
national de réduction des émissions de GES. 
    La conférence de Copenhague, en 2009, a fixé à 100 milliards 
de dollars par an les fonds publics et privés à dégager d'ici 
2020. Mais les pays potentiellement bénéficiaires souhaitent que 
ce montant soit considéré comme un plancher minimum, alors que 
la cible des 100 milliards reste encore à atteindre. 
    L'Inde réclame en outre de vastes transferts de technologie 
pour permettre aux pays en développement d'accéder aux procédés 
industriels innovants et aux énergies renouvelables susceptibles 
d'accélérer leur adaptation au changement climatique. 
    Un point de divergence avec les Etats-Unis : "Les Américains 
ne veulent pas céder sur la remise en cause des droits de 
propriété intellectuelle", explique Pierre Radanne, ex-président 
de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie 
(Ademe) et conseiller officieux de l'exécutif français. 
    Reste aussi à régler le statut d'un éventuel accord. 
    Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a jeté un froid 
en déclarant le 11 novembre au Financial Times que ce ne serait 
"certainement pas un traité" avec des "objectifs juridiquement 
contraignants" comme le protocole de Kyoto, conclu en 1997 mais 
jamais ratifié par les Etats-Unis. 
    François Hollande, qui joue en partie sa crédibilité sur le 
seul grand rendez-vous international de son quinquennat en 
France, a aussitôt répliqué : "Si l'accord n'est pas 
juridiquement contraignant, il n'y a pas d'accord." 
    Quant à la question d'un prix du carbone, jugé nécessaire 
par un nombre croissant d'acteurs économiques pour orienter les 
investissements vers une économie décarbonée, elle sera évoquée 
mais ne fait pas partie du mandat de la COP21. 
    Les négociateurs des 195 pays et de l'Union européenne 
s'efforceront au cours de la première semaine d'éliminer les 
multiples options contradictoires qui criblent le projet de 
texte issu des discussions préparatoires. 
    Ils passeront ensuite la main au niveau ministériel, pour 
une ultime ligne droite très politique, censée s'achever le 11 
décembre par un compromis en bonne et due forme. 
    Les dirigeants français veulent croire que la COP21 marquera 
un point de départ vers un nouveau modèle économique, même s'ils 
restent prudents sur l'ampleur de l'accord à en attendre. 
    "De toute façon, quelle que soit son issue, cette conférence 
est utile", estime Nicolas Hulot. "La question est de savoir si 
on aura fait la moitié ou les trois quarts du chemin." 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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