Contre la désertification, des communes deviennent pompistes

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De plus en plus de communes construisent ou reprennent une station-service pour en conserver une sur leur territoire.

«Pour maintenir les services dont nous avons besoin, les communes doivent innover!», explique André Thomas, élu municipal de Villeneuve-Minervois, dans l'Aude. Située à une demie-heure en voiture de Carcassonne, au pied d'une montagne, cette commune d'un peu plus de 1000 habitants se devait de réagir à la fermeture de la station-service la plus proche, sur le territoire du village voisin. «La première pompe aurait été à près de 25 kilomètres! Nous avons réussi à maintenir un docteur, un pharmacien, des commerce de bouche... Ce n'était pas pour laisser filer la station-service. Alors nous en avons ouvert une en 2011, que nous gérons nous-mêmes», explique l'élu. La station fonctionne 24 heures sur 24, de manière automatique. Elle accueille maintenant une cinquantaine de clients par jour, à qui elle facture un prix supérieur d'environ deux centimes à celui affiché par le supermarché le plus proche. «Nous ne voulons pas faire de profit, il s'agit d'assurer un service. Mais il nous faut rembourser le prêt et assurer la maintenance de la station-service», justifie André Thomas.

Villeneuve-Minervois est loin d'être un cas solitaire. De plus en plus de communes sont confrontées à la fermeture des petites stations qui les environnent, alors même que ce commerce revêt une importance cruciale en milieu rural. Les stations privées indépendantes, souvent situées dans les zones les moins bien équipées, peinent à maintenir leur activité à flot: à leurs marges déjà faibles (de 0,8 à 2 centimes par litre) et à la concurrence féroce des grandes surfaces, s'ajoute l'obligation de mettre aux normes leurs installations d'ici la fin 2013. Selon la Fédération nationale de l'artisanat automobile (FNAA), 1600 stations-services seraient menacées de disparition cette année, alors que la France dispose déjà de la plus faible densité de stations-services en Europe. La tendance n'est d'ailleurs pas nouvelle: en 1980, la France comptait 41.500 stations, contre environ 12.000 en 2012.


Face à cette situation, les communes n'hésitent plus à construire, voire à gérer elle-même une station-service, à l'instar de Villeneuve-Minervois. Selon l'association des maires ruraux de France (AMRF), qui ne dispose cependant pas de chiffres précis, le phénomène se répand. Dans les départements de la Creuse, de la Corrèze, des Alpes-Maritimes ou encore de l'Aude, les exemples abondent. Pionnière en la matière, la commune de Guillaumes, dans les Alpes-Maritimes a été sollicitée par plusieurs mairies des environs, intéressées par son modèle. Enclavée entre deux cols, cette commune d'environ 700 habitants ne pouvait pas se permettre de voir fermer la seule station-service de la vallée du Var. Celle-ci alimentait, outre les habitants, les pompiers et les services municipaux. La mairie a construit sa propre station dès 1994.

Les deux communes corréziennes de Liginiac et Sornac, qui exploitent une station respectivement depuis 2004 et 2010, sont de leur côté persuadées que la disparition de cet équipement est un accélérateur de désertification. «Le centre commercial le plus proche est à 10 kilomètres. A partir du moment où les consommateurs vont y faire le plein, ils vont aussi y faire leurs courses, au détriment des commerces locaux», analyse Jean Valade, le maire de Liginiac. La ville n'en est pas à son premier fait d'arme: elle avait déjà racheté une boucherie sur le point de disparaître dans les années 1990, qu'elle loue depuis à des agriculteurs. «C'est un cercle vicieux: quand on perd un commerce, on risque d'en perdre d'autres», explique-t-il.

Ailleurs, des communes se sont associées pour reprendre le flambeau. C'est le cas de la communauté de communes du Pays d'Axat, dans l'Aude ou de celle de Saint-Pois en Basse-Normandie. Cette dernière ouvrira sa propre station en juillet, faute de repreneur privé pour la dernière qui reste sur son territoire. «Mais le budget des communes n'est pas dimensionné pour de tels investissements, peste Cédric Szabo, le directeur de l'AMRF. L'État devra un jour ou l'autre mettre la main à la poche: on ne peut pas à la fois prôner une moindre utilisation de la voiture, et demander aux habitants des zones rurales de faire 50 kilomètres aller-retour pour aller chercher du carburant».

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