Contrarié par la situation à Mossoul, Erdogan muscle son discours

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    par Orhan Coskun et Nick Tattersall 
    ANKARA/ISTANBUL, 19 octobre (Reuters) - Contrarié par 
l'exclusion des forces turques de l'offensive menée à Mossoul 
contre l'Etat islamique et par les progrès des milices kurdes en 
Syrie, Recep Tayyip Erdogan a prévenu mercredi que la Turquie ne 
resterait pas les bras croisés et qu'elle pourrait agir seule 
pour éradiquer ses ennemis. 
    Dans un discours prononcé au palais présidentiel, Recep 
Tayyip Erdogan a évoqué une Turquie rétrécie par la volonté de 
puissances étrangères "soucieuses de lui faire oublier son passé 
ottoman et seldjoukide" évoquant l'empire immense qui s'étendait 
autrefois jusqu'à l'Asie centrale. 
    Le chef de l'Etat a une fois de plus fustigé les concessions 
territoriales acceptées par les dirigeants turcs en 1923 lors de 
la signature du Traité de Lausanne et ce discours nationaliste 
trouve une résonance dans la presse pro-gouvernementale qui a 
publié cette semaine des cartes rappelant que Mossoul 
appartenait autrefois à l'empire ottoman. 
    Recep Tayyip Erdogan peut en outre compter sur le regain de 
patriotisme qui anime la population turque depuis l'échec du 
coup d'Etat de juillet dont il est sorti renforcé, grâce, 
notamment, à la mobilisation de ses partisans. 
    "Dorénavant, nous n'allons pas attendre que les problèmes 
viennent frapper à notre porte, que les terroristes s'infiltrent 
sur nos terres. Nous irons combattre les terroristes là où ils 
se trouvent", a-t-il déclaré devant des centaines de "muhtars", 
des maires de quartiers et de villages, selon des propos cités 
par l'agence de presse Anatolie. 
     
    "VOUS NE SAVEZ RIEN" 
    "Nous allons combattre jusqu'au bout ceux qui soutiennent 
l'organisation terroriste séparatiste. Je le dis clairement: là 
où ils se trouvent, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos 
frontières, nous les empêcherons de respirer", a-t-il dit, 
évoquant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). 
    Recep Tayyip Erdogan reproche à Washington de soutenir les 
miliciens kurdes qui combattent l'organisation Etat islamique en 
Syrie et qui sont selon lui le prolongement du PKK. Il regrette 
aussi que la coalition menée par Washington mette l'accent sur 
le combat contre l'EI au lieu de cibler le régime de Bachar al 
Assad qu'elle juge responsable du déclenchement de la guerre. 
    "Nous connaissons cette région. Ici, vous êtes des 
étrangers. Vous ne savez rien", a-t-il déclaré, provoquant un 
tonnerre d'applaudissements. 
    "Ils ont cru qu'ils pourraient nous écarter de Mossoul en 
nous contrariant avec le PKK et Daech (...), ils pensent qu'ils 
peuvent façonner notre avenir", a-t-lancé. "Nous savons que les 
armes des terroristes vont très vite leur exploser entre les 
mains." 
    Recep Tayyip Erdogan a mis en garde contre le risques 
d'exactions qui pourraient être commises par les milices chiites 
irakiennes si ces dernières devaient participer à l'assaut sur 
Mossoul au côté de l'armée de Bagdad. 
    La Turquie et l'Irak entretiennent des relations tendues, en 
raison notamment de la présence de soldats turcs sur le sol 
irakien alors que Bagdad s'y oppose. 
    "Je lance un avertissement aux organisations terroristes, au 
gouvernement sectaire de Bagdad et au gouvernement Assad qui tue 
son propre peuple: vous empruntez le mauvais chemin. L'incendie 
que vous tentez d'allumer vous brûlera plus qu'il ne nous 
brûlera", a-t-il prévenu. 
    "Rien ne nous oblige à endosser le rôle que d'autres ont 
voulu nous assigner. Nous avons commencer à suivre notre propre 
plan." 
 
 (Avec Tuvan Gumrukcu à Ankara et Daren Butler à Istanbul, 
Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi Salaün) 
 
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