Contesté, le nouveau chef des taliban tente le pragmatisme

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par Jibran Ahmad et James Mackenzie PESHAWAR, Pakistan/KABOUL, 5 août (Reuters) - Contesté à peine nommé, le nouveau chef des taliban afghans, Akhtar Mohammad Mansour, a eu ses premiers mots pour les durs du mouvement intégriste, faisant montre par là d'un certain pragmatisme, qualité qui devrait lui être nécessaire pour s'imposer au sein d'un mouvement fractionné. Akhtar Mohammad Mansour, qui était l'adjoint de l'ancien chef des taliban, le mollah Omar, dont la mort a été officialisée mercredi dernier, est considéré comme proche des services de renseignements militaires pakistanais, l'ISI, qui ont aidé à la création des taliban dans les années 90. Ce qui donne à penser qu'il est favorable aux négociations de paix avec le gouvernement du président afghan Ashraf Ghani, officiellement entamées à Kaboul le mois dernier et que le Pakistan soutient fortement. Et pourtant sa première prise de parole après sa nomination mercredi dernier a été un appel aux durs de son mouvement, qui sont opposés aux négociations de paix parce qu'ils considèrent le gouvernement de Kaboul comme un vassal de l'Occident qui doit à ce titre être renversé. "C'est de la propagande de l'ennemi", a dit le mollah Mansour sur Facebook. "Le djihad continuera jusqu'à ce que le système islamique de la charia entre en vigueur dans le pays." "Nous devons être patients et tolérants et baisser la tête devant d'autres collègues et alors nous réussirons. Nos souhaits ne doivent pas être imposés aux autres", a-t-il ajouté. Sa nomination est très contestée. Mardi, un haut responsable des taliban a annoncé sa démission pour marquer son désaccord. Mais les liens de Mansour avec le Pakistan voisin signifient que l'ISI a pratiquement endossé sa nomination, estiment les analystes. "Il ne serait pas devenu le nouveau chef des taliban si l'ISI ne voulait pas qu'il soit à la tête des taliban", commente Bruce Riedel, membre de la Brookings Institution et ancien responsable à la CIA. Cette relation avec le Pakistan fait que Mansour est souvent étiqueté comme un instrument de l'ISI par ses adversaires irrités par l'influence d'Islamabad sur la direction talibane. Au delà des désaccords sur le processus de paix, les tensions au sein du mouvement reposent aussi sur des rivalités entre les Pachtounes de Kandahar, la région du mollah Mansour, et ceux de l'Est afghan. En outre, les combattants taliban sont de plus en plus nombreux, même si leur nombre reste faible, à troquer le drapeau blanc de leur mouvement contre l'insigne noir de l'Etat islamique. TRAFIC DE DROGUE Le mollah Mansour, qui n'a jamais donné d'interviews, reste une personnalité mystérieuse. En 2010, la presse avait raconté que les négociateurs à Kaboul, qui pensaient être en sa présence lors de discussions de paix secrètes, parlaient, en fait, à un épicier se faisant passer pour lui. Né il y a environ 50 ans à Kandahar, Mansour a interrompu ses études religieuses, suivies en partie au Pakistan, pour aller combattre les troupes soviétiques après leur intervention en Afghanistan en 1979, explique-t-on au sein du mouvement. Devenu un proche du mollah Omar, le fondateur du mouvement, il a été nommé ministre de l'Aviation après l'arrivée au pouvoir des taliban en 1996 pour finir par devenir numéro deux. Après avoir été capturé et emprisonné au Pakistan après le renversement du régime taliban en 2001 par une coalition emmenée par les Etats-Unis, Mansour est rentré en Afghanistan. Il a repris sa carrière en 2006, montant peu à peu tous les échelons de la hiérarchie talibane alors que d'autres commandants étaient éliminés. Selon le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a mis son nom sur une liste de dirigeants taliban sous le coup de sanctions, il a eu pour fonction de recruter des combattants pour lutter contre le gouvernement et fait du trafic de drogue et d'autres opérations dans les provinces de l'Est. En 2010, il faisait partie des cadres dirigeants. Il est considéré comme ayant dirigé de fait le mouvement après la mort du mollah Omar, que les services de renseignement afghans font remonter à plus de deux ans dans un hôpital du Pakistan. Thomas Ruttig, codirecteur du réseau Afghanistan Analysts Network, a rencontré Mansour en 2000 quand il était ministre de l'Aviation. Il dit avoir gardé l'impression d'un homme intelligent, à l'esprit vif et qui était prêt à s'exprimer de façon plus détaillée que certains de ses collègues. Il a fait partie de ceux qui ont supervisé l'ouverture en 2013, du bureau des taliban à Doha, la capitale qatarie, dans le but de permettre les négociations de paix. Cela a été perçu comme la marque d'un pragmatique, plutôt favorable à des contacts, même limités, avec le monde extérieur. La publication de ses premiers commentaires publics sur Facebook dénotent un dirigeant plus à l'aise avec les méthodes modernes de communication que le très secret mollah Omar. (Avec Jessica Donati à Kaboul et Idrees Ali et Warren Strobel à Washington; Danielle Rouquié pour le service français)

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