Consultation décisive sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

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"CONSULTATION" DÉCISIVE SUR NOTRE-DAME-DES-LANDES
"CONSULTATION" DÉCISIVE SUR NOTRE-DAME-DES-LANDES

par Guillaume Frouin

NOTRE-DAME-DES-LANDES, Loire-Atlantique (Reuters) - Partisans et opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) jettent leurs dernières forces dans la bataille avant une "consultation" inédite en France et cruciale pour l'avenir de cet équipement qui fait débat.

Quelque 967.000 électeurs du département sont appelés à se prononcer dimanche pour ou contre le transfert de l'actuel aéroport de Nantes au nord de l'agglomération, un avis qui demeure "consultatif" selon la loi mais dont François Hollande et Manuel Valls se sont engagés à suivre le résultat.

"Ce gouvernement tiendra compte bien sûr du résultat de la consultation. Si le 'non' l'emporte, le projet sera abandonné. Si le 'oui' l'emporte dimanche, le projet sera engagé", a déclaré mardi dernier le Premier ministre.

La force de cet avis, qui sera positif selon les sondages, dépendra toutefois grandement de la participation des électeurs, qui demeure la principale inconnue du scrutin. "La consultation n'est pas un sujet dont on parle sur la commune", constate ainsi Jean-Paul Naud, maire (sans étiquette) de Notre-Dame-des-Landes.

"Mais on s'attend à une forte participation : les procurations ont été bien plus importantes que pour une élection municipale ou présidentielle", observe celui qui est aussi co-président du Cédpa, le Collectif des élus doutant de la pertinence d'un aéroport. "Certains habitants, qui sont déjà partis en vacances, tenaient à donner leur avis : qu'ils soient pour ou contre, ils sont lassés d'attendre."

Cet engouement, constaté dans d'autres communes rurales du nord de la Loire-Atlantique, ne s'est toutefois pas manifesté sur la ville de Nantes, principale pourvoyeuse d'électeurs.

A dix jours du scrutin, elle avait enregistré un nombre de procurations similaire à celui des dernières élections régionales, et encore très éloigné de celui des municipales de 2014 et de la présidentielle de 2012.

En attendant, sur la zone réservée au futur aéroport, rebaptisée "zone à défendre" (ZAD) et théâtre de nombreux affrontements avec les forces de l'ordre, les 200 occupants n'entendent pas partir, même en cas de victoire du "non".

"L'histoire du bocage de Notre-Dame-des-Landes est avant tout une affaire sensible, faite de rencontres et de solidarités concrètes, de chair, de larmes et de joies innombrables", écrivent-ils dans un communiqué. "Son destin ne peut en aucun cas être soldé froidement par quelques bulletins de vote censés donner la voix d'une majorité abstraite et lointaine."

TENSIONS ENTRE "ZADISTES"

Un texte en six points a été élaboré à l'automne dernier entre "les différentes composantes du mouvement de lutte" (paysans, opposants historiques, zadistes, etc.), pour jeter les bases d'une vie commune sur la zone "une fois que le projet d'aéroport sera définitivement enterré".

Sa rédaction a toutefois nécessité "dix-huit mois" de tractations, rapporte un occupant de la ferme, preuve des tensions et intérêts contraires des zadistes.

D'après une habitante des Planchettes, un lieu-dit, la route départementale D281 ferait ainsi office de "frontière" entre l'est et l'ouest de la zone, deux secteurs marqués par d'importantes différences sociologiques et politiques.

"Tous les nouveaux arrivants ne sont pas prêts à se battre si les gendarmes reviennent", déplore-t-elle.

COMPENSATIONS ?

Pour le gouvernement, toute autre issue qu'une victoire du "oui", qui pourrait d'ailleurs entraîner une révision du projet pour faire passer l'aéroport de deux à une piste, aurait de lourdes implications.

Le groupe Vinci, dont la filiale Aéroports du Grand Ouest (AGO) a obtenu la concession, entend en effet obtenir des compensations en cas d'abandon du projet.

La convention passée entre l'Etat et AGO en décembre 2010 prévoit le versement d'indemnités au concessionnaire en cas de résiliation du contrat.

Ces indemnités, précise la convention, devront notamment comprendre l'intégralité des dépenses engagées par Vinci, les indemnités que le groupe devra verser à ses prestataires et le manque à gagner pour cause d'abandon du projet.

"Tout cumulé, ça peut faire 15 à 20% du coût de l'infrastructure", avait déclaré en février un spécialiste du droit public des affaires, sous le sceau de l'anonymat.

La convention entre l'Etat et AGO évalue le prix de revient de l'aérodrome de Notre-Dames-des-Landes à 408 millions d'euros, toutes dépenses confondues et hors taxe, valeur janvier 2009.

Cela ferait donc, rien que pour Vinci, une indemnité de 60 à 80 millions d'euros. A quoi il faudrait ajouter celles, de moindre importance, à verser aux autres entreprises impliquées.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • M4098497 il y a 5 mois

    Une surprise n'est pas à exclure. Les gens vont se mobiliser pour se venger du 49.3. Le pari est audacieux si les décideurs se sont basés sur les sondages pour décider de passer par le référendum.