Conso: les Français de plus en plus frustrés

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Les indicateurs de confiance, y compris à l'égard des politiques, sont au plus bas. Selon une étude de TNS Sofres, les consommateurs-citoyens récusent les vieilles recettes marketing.

Jamais les Français n'ont été aussi pessimistes. Une nouvelle étude dresse une photographie bien sombre de l'état d'esprit de nos concitoyens. A 88 %, ils sont inquiets pour la situation de leur pays. A 76 %, ils le sont aussi pour leur situation personnelle. «L'opinion décroche sur plusieurs sujets, comme si les Français étaient de plus en plus nombreux à vouloir se tenir à l'écart du système», estime Vincent Leclabart, patron de l'agence Australie et commanditaire d'un sondage réalisé par TNS Sofres sur les rapports entre publicité et société.

«On est toujours plus optimiste pour soi que pour le pays », explique Emmanuel Rivière, directeur du département stratégies d'opinion chez TNS Sofres. Mais là, les courbes de pessimisme convergent dangereusement. Les «plutôt pessimistes» et «pessimistes» pour leur situation personnelle n'ont jamais été aussi nombreux. Il y a déjà eu deux pics dans la décennie écoulée. En 2005, après le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, et en 2008, en raison des désillusions post-électorales. Mais après la chute de Lehman Brothers, à la rentrée 2008, la crise financière a assombri encore le tableau. Ce qui n'a pas empêché les Français de penser en 2009, consciemment ou non, que le plus dur était passé. Ils ont alors commencé à reprendre espoir. Seulement la crise actuelle de la dette, à un moment où le chômage remonte et où la croissance s'évanouit, refait plonger leur moral.

L'étude liste quatre décrochages. Outre le pessimisme, les Français sont gagnés par un malaise qui touche à la fois leur pouvoir d'achat et leur rapport à la politique et au marketing. «L'envie de dépenser progresse, mais les moyens font défaut, ce qui crée une frustration», explique Vincent Leclabart. 56 % des Français déclarent ainsi ne pas gagner assez pour pouvoir vivre comme ils le souhaitent. Plus grave, quatre sur dix déclarent vivre difficilement et 27 % avouent se priver souvent ou en permanence pour des raisons financières.

63 % d'indifférents et de publiphobes

«Ces chiffres sont très importants pour un pays développé, souligne Vincent Leclabart. Une frange de la population décroche sérieusement».Cela, à quelques mois d'échéances démocratiques importantes pour le pays. Mais pour les Français, la vie politique demeure ennuyeuse à 42 %. Et ils ne font pas confiance aux politiques pour redresser la France.

Dans leur univers de consommation aussi, les Français décrochent. Pour la première fois depuis la création de l'étude il y a huit ans, les indifférents et opposants au modèle «consommatoire» sont majoritaires (63 %). Si l'amour pour les marques reste stable, les consommateurs pensent que les entreprises roulent pour elles et pas pour leurs clients. «C'est une question de relation, pas de qualité des produits », précise Vincent Leclabart. Les Français jugent les marques de plus en plus envahissantes et de moins en moins distrayantes ou convaincantes. Les plus hostiles aux techniques marketing sont ceux qui n'ont plus envie de dépenser, même s'ils en ont les moyens. Un quart des Français seraient ainsi désabusés, quand les plus pauvres sont, eux, des «désabonnés», vivant difficilement et n'ayant plus d'envie. L'étude conclut que «les politiques et les marques ne semblent pas avoir changé de mode relationnel. A une époque où théoriquement chacun a les moyens de s'exprimer, c'est le contraire qui est souvent ressenti».

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