Compte pénibilité : la pression monte dans le bâtiment qui s'estime «trahi»

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Dans le secteur du bâtiment, l'un des plus concernés par la mise en place du compte pénibilité, c'est la consternation.

Vent debout contre le projet, le secteur s'était un peu apaisé après avoir obtenu un délai d'un an sur la mise en place de 6 des 10 points de la réforme, afin de négocier au mieux la mise en œuvre des mesures. «Et, sans prévenir, nous voyons les décrets sortir sur les 10 points. Cela agite le chiffon rouge et fait monter la pression dans nos entreprises», s'agace Patrick Liébus, président de la Capeb, le syndicat des artisans du bâtiment.

Avec ces décrets publiés «en catimini», sans nouvelle concertation, «la profession se sent trahie», confirme la Fédération française du bâtiment (FFB). Bref, le message a été mal reçu. Avec deux conséquences, qui pourraient aller à l'encontre du but recherché. D'une part, il risque d'encourager le recours aux travailleurs détachés. «Les plus radicaux risquent d'arrêter d'embaucher des Français pour se retourner vers des travailleurs détachés, des sociétés d'intérim, qu'ils vont faire travailler au maximum, payer au rabais et ainsi contourner le compte pénibilité», alerte Patrick Liébus.

Efforts de prévention

Dans le secteur du bâtiment à forte intensité de main-d'œuvre, «ce nouveau dispositif constitue un incroyable casse-tête pour les entreprises, déjà assaillies par des normes et obligations de toutes parts! Il est coûteux, complexe et destructeur d'emplois», affirme Jacques Chanut, président de la FFB. Lui aussi craint que cette mesure n'amplifie «la tentation du recours à des travailleurs détachés et à la fraude qui l'accompagne!».

D'autre part, la publication précipitée des décrets pénibilité pourrait annihiler les efforts faits en matière de prévention. Et qui portent leurs fruits, comme l'atteste la baisse des accidents du travail et de l'absentéisme dans le secteur. «Si l'on oblige les entreprises à payer des taxes parce qu'elles exercent dans un secteur réputé pénible, elles risquent d'arrêter de financer la prévention», prévient Patrick Liébus. Pour éviter d'en arriver là, il estime urgent de rassurer les artisans, en leur indiquant que la négociation engagée sur la mise en œuvre des différents points sera prise en compte dans les textes.

Ce nouvel épisode intervient alors que le secteur, malmené par la crise, est sous tension. D'une part, les artisans se sont agacés de voir Bercy rogner leurs moyens de formation. Le fonds formation des chefs d'entreprise de l'artisanat (FAFCEA), qui collecte 57 millions afin de financer la formation professionnelle continue des chefs d'entreprise et de leur conjoint, devrait voir ses moyens plafonnés à 54 millions, le gouvernement prélevant au passage 3 millions.

D'autre part, les artisans s'inquiètent de voir leurs cotisations retraites augmenter, alors que la Cour des comptes a dénoncé le déséquilibre de leur régime. L'entourage de Marisol Touraine a eu beau indiqué que ce n'était pas à l'ordre du jour, ils restent sur leur garde et surveillent le sujet «comme le lait sur le feu».

Quant aux entreprises de travaux publics, secteur connexe, elles traversent «une crise sans précédent» qui pourrait coûter 60.000 emplois. Résultat, leur fédération, la FNTP, appelle à manifester mardi. Et l'abandon par Ségolène Royal de l'écotaxe, dont ils attendaient des retombées pour leur secteur, n'a fait qu'accentuer leur colère.

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