Comment Sadiq Khan veut résoudre la crise du logement à Londres

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Construction de logements « abordables », indexation des loyers, lutte contre les abus des propriétaires… Le nouveau maire travailliste fait du logement sa priorité, mais dispose de leviers d’action limités.

De notre correspondant à Londres,

Vivre à Londres est devenu un luxe réservé aux patrimoines les plus élevés, excluant de plus en plus les classes moyennes. Le nouveau maire travailliste, Sadiq Khan, élu la semaine dernière, a fait du logement sa priorité numéro un. Il a promis d’inverser la tendance pour que chacun puisse se loger selon ses moyens. Vaste programme! D’autant que le maire de Londres a des pouvoirs très limités en la matière. L’essentiel de la politique du logement est entre les mains du gouvernement et des 33 arrondissements londoniens, qui détiennent les compétences sur l’urbanisme et le logement social. Il peut toutefois donner une impulsion.

Après huit ans de règne du conservateurBoris Johnson, la situation s’est aggravée. Le maire sortant a privilégié les constructions de tours - plus de 250 projets supplémentaires sont dans les cartons - avec leurs appartements de luxe inaccessibles, acquis pour l’essentiel par des investisseurs étrangers. Une pétition demande à son successeur un moratoire sur ces immeubles de grande hauteur qui ne répondent pas aux besoins des Londoniens. Environ 25 000 logements par an ont été construits à Londres sous Boris Johnson, alors qu’il en faudrait le double. De plus en plus exclus de l’accession à la propriété, les Londoniens se retrouvent contraints de louer dans le secteur privé, où la moyenne des loyers atteint 62% des revenus moyens. Du moins, pour les trois quarts des habitants qui ne bénéficient pas d’un logement social.

Seuil de 30% de revenu consacré au logement

Sadiq Khan promet d’augmenter la construction de logements neufs, et que la moitié d’entre eux seront «abordables». Boris Johnson s’était éloigné de cet objectif imposé aux promoteurs. La définition de logement abordable a également dérivé: elle correspond aujourd’hui à 80% du prix du marché. Sadiq Khan entend réinstaurer un seuil défini comme 30% du revenu disponible consacré au logement.

«Boris Johnson n’a pas utilisé ses pouvoirs pour faire en sorte que les logements construits le soient pour les habitants qui en ont besoin. Le secteur privé ne va jamais spontanément bâtir suffisamment pour répondre aux besoins, de manière à maintenir les prix élevés», témoigne Stephen Knight, conseiller municipal libéral-démocrate dans l’assemblée sortante. Selon Adam Challis, directeur de la recherche résidentielle chez Jones Lang Lasalle, le maire jouit pourtant d’un pouvoir discrétionnaire pour retoquer les projets. «Boris Johnson a laissé les arrondissements se déterminer, Sadiq Khan sera-t-il plus interventionniste?» s’interroge-t-il. Selon lui, le nouveau maire va entrer en négociation avec les promoteurs sur les conditions de vente de foncier du domaine public, en échange d’une proportion supérieure de logements accessibles, au lieu de vendre au plus offrant.

Le nouvel édile travailliste évoque aussi des mesures pour freiner l’inflation vertigineuse des loyers. Plutôt qu’un encadrement à la française, il s’agirait d’une indexation. Il veut aussi promouvoir des baux plus longs (la norme est de six mois ou un an) et promet de lutter contre les abus des propriétaires et des agents immobiliers. Propriétaires et promoteurs s’inquiètent. Mais, estime Adam Challis, les nouveaux mécanismes en vigueur ne bénéficieront qu’à une minorité de ménages et risquent de n’avoir «aucun impact sur le marché, tant qu’il restera un tel décalage entre l’offre et la demande».

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