Comment Paris courtise les futurs exilés du Brexit

le , mis à jour à 10:44
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Dublin, Francfort, Luxembourg ou encore Amsterdam. Après le Brexit, la capitale française a fort à faire pour attirer et accompagner les entreprises souhaitant transférer leurs activités en dehors du Royaume-Uni.

Depuis le vote britannique en faveur d'une sortie de l'Union européenne fin juin, un lobby français s'est constitué pour promouvoir la place de Paris. ( AFP / THOMAS COEX )
Depuis le vote britannique en faveur d'une sortie de l'Union européenne fin juin, un lobby français s'est constitué pour promouvoir la place de Paris. ( AFP / THOMAS COEX )

Même si le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne n'est pas encore acté, Paris se met en ordre de marche pour tenter d'attirer un maximum d'entreprises souhaitant quitter Londres et le Royaume-Uni. Et la compétition avec les autres grandes métropoles européennes s'annonce intense. Sous le slogan "Tired of the fogs ? Try the frogs !" ("Marre du brouillard ? Essayez les grenouilles !"), le quartier d'affaires de La Défense a lancé une campagne de communication dans la City et les gares et aéroports londoniens pour courtiser les entreprises britanniques.

De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a inauguré il y a une dizaine de jours, dans le XIXe arrondissement, un guichet unique intitulé "Choose Paris Region - Welcome to Greater Paris", initiative réunissant plusieurs acteurs dont la région Île-de-France, la Mairie de Paris et l'agence publique Business France. Que ce soit sur la règlementation de tel ou tel secteur, la fiscalité, l'immobilier ou encore l'offre culturelle et éducative dans la capitale, les six conseillers de cette toute nouvelle structure se doivent de pouvoir répondre à toutes les questions que leur posent leurs interlocuteurs.

FACILITER LES DÉMARCHES

"Une fois qu'un investisseur a décidé de venir s'installer en Île-de-France, on fait en sorte de faciliter cette démarche, en faisant des simulations fiscales, en aidant à trouver des locaux, des ressources humaines, à ouvrir les compteurs d'électricité, ou encore à accompagner les salariés dans leurs démarches au rectorat pour inscrire leurs enfants à l'école", explique Robin Rivaton, directeur général de Paris Région Entreprises, l'agence de développement économique de la région Île-de-France.

"Vous pouvez aussi avoir des gens qui appellent le guichet et qui sont encore dans une phase de réflexion, demandent des informations sans qu'ils aient totalement arrêté leurs décisions d'implantation", ajoute-t-il. Pour l'heure, une quinzaine de dossiers est gérée par l'équipe, mise en place il y a environ un mois, essentiellement dans les secteurs de la finance et de la logistique, et émanant plutôt de petites ou moyennes structures.

Parmi eux, un petit nombre en est à un stade très avancé, avec une installation imminente. D'autres hésitent encore entre Paris, Francfort, Dublin ou encore Amsterdam. La capitale financière de l'Allemagne - où siège de la Banque centrale européenne (BCE) - aimerait notamment accueillir l'Autorité bancaire européenne (ABE), qui a annoncé son départ à terme de Londres.

Sur le terrain, Francfort a mis en place un dispositif pour répondre à toutes les questions pratiques. Une agence reçoit également les sollicitations des milieux économiques : "Nous les aidons à trouver des bureaux à louer, des écoles de qualité pour leurs enfants. Francfort et sa région comptent déjà 13 écoles internationales et d'autres pourraient encore être construites. Cela compte", expliquait le directeur de l'agence allemande, qui a ouvert un bureau de représentation à Londres.

Selon la banque d'affaires allemande, Helaba, le Brexit pourrait entraîner le départ de 16.000 personnes de la City. La ville du Main - qui comme Dublin peut s'appuyer sur le dynamisme économique de son pays - espère en attirer la moitié. Selon plusieurs médias, Goldman Sachs devrait ainsi transférer une partie de ses actifs et de ses opérations de Londres à Francfort.

DURÉE D'INCERTITUDES

Les responsables du guichet unique s'attendent à une montée en puissance au fur et à mesure des évolutions des négociations entre Londres et Bruxelles. Mais Ross McInnes, président du conseil d'administration de équipementier aéronautique Safran, adoubé ambassadeur du guichet unique par Manuel Valls, prévient : "on ne va pas tout d'un coup éteindre les lumières à Londres et les rallumer à Paris".

"Potentiellement, Paris a une carte à jouer", a lui plaidé lundi le directeur général de la banque française Société Générale, Frédéric Oudéa, lors d'une table ronde organisée par l'Autorité des marchés financiers (AMF) sur l'impact du Brexit sur les services financiers en Europe. Mais "il ne faut pas négliger les enjeux" tels que "le coût du travail et la fiscalité", a-t-il défendu, précisant que les activités financières sont des "activités fondamentalement volatiles que les anglo-saxons ont toujours géré en adaptant leurs effectifs". "Donc ces enjeux-là vont l'emporter à mon avis sur le reste et je suis assez d'accord pour penser qu'au fond il n'y aura pas forcément un endroit qui va concentrer tous les emplois", a-t-il anticipé.

En revanche, "durant cette période d'incertitudes, il est du devoir des employeurs, surtout dans le secteur financier, de regarder toutes les options qui s'offrent à eux", indique-t-il. Et de celui de Paris de leur apporter des réponses concrètes, en brisant certains clichés. "Oui les charges sociales sont plus élevées en France, indubitablement", reconnaît-il.

"Mais en face de ça, les coûts opérationnels vont être moindres", l'immobilier étant moins cher à Paris qu'à Londres, de même que les mutuelles, observe Ross McInnes, dont le rôle sera de "donner un coup de pouce et un élément de crédibilité" dans certains dossiers avancés, du fait de son expérience de dirigeant d'une entreprise française reconnue sur la scène internationale.

D'autres entités sont à la manœuvre, à l'image de l'association Paris Europlace, qui a vanté lundi les mérites de la place financière parisienne auprès d'une délégation de banques et d'entreprises chinoises reçues à Bercy, ou de l'ancien gouverneur de la Banque de France Christian Noyer. Des acteurs qui espèrent que leurs efforts ne seront pas ruinés par le vote de mesures emblématiques, actuellement en débat à l'Assemblée nationale, revenant sur les allègements fiscaux pour les impatriés ou la fiscalité avantageuse pour la distribution d'actions gratuites.

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  • j.davin il y a 3 semaines

    A. Jupé a récupéré un drôle soutient avec Mme. V.P. allais " miss girouette..! " un coup avec N.S. un coup avec F.F. puis enfin à fond avec A. Jupé, outre que le meilleurs est sans conteste F.Fillon, si j'étais A.Jupé je me méfierai quand même ..!!

  • pierry5 il y a 3 semaines

    N'est-ce pas le chanteur préféré des français voir la personnalité préférée des français qui s'est tiré à Londres ???

  • immodest il y a 3 semaines

    Dommage d'avoir commencé par augmenter la taxe sur les transactions financières qui ne rapporte rien pour des raisons idéologiques.

  • paspil il y a 3 semaines

    on sait deja que les grosses fortunes qui vivent en France echappent en partie à l'impot grace aux holdings ... mais bon tous les francais n'ont pas les moyens d'avoir une holding ...

  • paspil il y a 3 semaines

    qd on voit le peu d'impots payés par Google ou apple en France , on se dit surtout qu'il faudrait que les regles soit les memes pour tous ...

  • floalain il y a 3 semaines

    Si l'on veut que des entreprises viennent en France, il faudrait commencer par réformer le droit du travail et diminuer les impôts sur les sociétés. Ce n'est pas la peine de mettre en route toute cette machine tant que les conditions préalables: droit du travail et imposition ne sont pas remplies.

  • brinon1 il y a 3 semaines

    quand un chef d'entreprise ou une société financière s'exile, que ce soit en sortant ou en entrant, que regarde t il? : "le moins-disant FISCAL". L'affaire à plus de 50% est donc pliée.

  • M2874417 il y a 3 semaines

    Ce n'est pas en aboutissant la fiscalité que Paris peut attirer les entreprises qui vont quitter Londres..Des services entiers de banques françaises ont quitté Paris pour Londres en 1981.Pour des raisons fiscales.

  • erem il y a 3 semaines

    Le pire, c'est qu'ils sont sincères : Ils croient qu'ils "sont à la manœuvre" !

  • surfer1 il y a 3 semaines

    Une carte à jouer ? Ils ont tout fait pour faire fuir tout ce qui ressemble à un investisseur ou à un financier et ils prétendent avoir une "carte à jouer" ... quelle schizophrénie ! J'oubliais l'argument qui tue, la mutuelle est moins chère !! Et la cantine ? Elle est moins chère la cantine ? On atteint vraiment des sommets ici ...