Comment l'architecture contemporaine réinvente Versailles

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Année après année, cette ville, qui est «le plus grand secteur sauvegardé XVIIIe siècle de France» laisse de la place à l’architecture moderne. Le défi : conserver un équilibre.

À Versailles, l’architecture contemporaine fait de timides percées, sous l’oeil omniprésent de Louis XIV, un exercice à haut risque pour cette ville corsetée par son imposant patrimoine. Par endroits, acier mat et béton sculpté côtoient la pierre dorée tricentenaire... un mariage compliqué il y a encore quelques années dans la ville créée de toutes pièces par André Le Nôtre pour Louis XIV. «Nous sommes dans le plus grand secteur sauvegardé XVIIIe siècle de France. La ville est marquée par une histoire très forte, les règles urbaines sont strictes. Le moindre faux-pas et c’est la catastrophe», résume François de Mazières, un maire qui visite les nombreux chantiers de sa commune en costume-baskets.

Dans la cité royale, précurseur de la «ville nouvelle» et berceau du permis de construire en 1779, toute incursion contemporaine dans le centre historique est scrutée à la loupe par les gardiens du temple, les architectes des bâtiments de France. L’exercice d’intégration n’est cependant pas impossible en secteur sensible, en témoignent ces bandes de béton sculpté à la machine qui ondulent sur la façade de l’école des Beaux-Arts, à quelques encablures de la demeure du roi.

Dans la Cour des Senteurs, à deux pas de la place d’Armes, le parfumeur Guerlain tient boutique dans un pavillon en structure de verre et acier mat noir, conçu par Philippe Pumain, architecte du renouveau du cinéma du Louxor à Paris.

Modernité sans rupture

Après l’Hôtel-Dieu transformé en ensemble immobilier (comme vous le racontait Le Figaro Immobilier il y a quelques semaines) caserne Vauban reconvertie en résidence étudiante, jardin minimaliste planté dans les réservoirs des fontaines royales: depuis son élection en 2008, le maire DVD, qui a présidé la cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, a entrepris une vaste politique urbaine mêlant sauvegarde du patrimoine et réalisations contemporaines à dose homéopathique, avec le concours de jeunes talents et grandes signatures de l’architecture.

Au tapageur et futuriste, «nous privilégions l’élégance et la discrétion», explique l’édile à propos de l’annexe de la maison de quartier Saint-Louis inaugurée lundi. La ville a confié à Clément Vergely et à l’agence Alep Architectes la construction d’un bâtiment épuré avec verrières et menuiseries métalliques, revisitant le style «orangerie», dans la cour intime de la caserne de Croÿ, ancien hôtel des gardes du roi.

Quelques semaines plus tôt, l’hôpital royal Richaud - l’hôtel-Dieu versaillais - retrouvait toute sa splendeur grâce à une réhabilitation fidèle à ses origines opérée dans des contraintes fortes par le célèbre architecte Jean-Michel Wilmotte. Dans cet ensemble comprenant lieu culturel, jardin public à la française et des logements aux lignes très sages, l’architecte souhaitait administrer une «greffe» contemporaine. Au final, «la ville de Versailles a choisi du caméléon. C’est de l’architecture de compromis, mais il y a un rythme, c’est propre», déclarait-il en septembre 2014 au Monde.

Éviter de «tourner en rond»

Si le maire avance à pas feutrés, c’est qu’il veut à tout prix éviter de reproduire «la verrue» des «Manèges», centre commercial d’esprit néoclassique construit dans les années 70 près du château. Hostile au béton lourd, le maire a par ailleurs bataillé pour enterrer l’idée d’une dalle commerciale sur le projet d’aménagement de la gare des Chantiers en dehors du secteur protégé. A la place, le couple d’architectes en vogue Portzamparc réalisera un ensemble immobilier de 45.000 m2 avec jardins, «avec une plus grande liberté», promet l’élu.

Longtemps, la ville a «tourné en rond», «corsetée dans une image traditionnelle», reconnaît Frédéric Didier, architecte en chef des monuments historiques en charge du château et de la ville. Architectes, promoteurs, peu se sont risqués à rivaliser avec leurs prédécesseurs qui ont fait d’un village de 400 habitants en 1650 une capitale royale. Résultat: à quelques exceptions près, la modernité s’est résumée à «une architecture commerciale ennuyeuse» au XXe siècle.

Après cette errance architecturale, Versailles, modèle d’urbanisme qui a inspiré Washington, «entend montrer qu’elle continue à être porteuse de créativité, sans rupture brutale», selon le maire. Louis XIV est encore maître chez lui...

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