Comment Grenoble épaule les familles en situation de précarité énergétique

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Plus de 6 millions de Français peinent à payer leur facture d'électricité. Contre la précarité énergétique, la ville de Grenoble a mis en place une plateforme qui propose des solutions simples et rapides.

Geneviève, 68 ans, vit seule à Grenoble dans un appartement de 69m2 construit à la fin des années 50. Avec une petite retraite, son appartement n'avait pas connu de réparations depuis plus de trente ans. «Les fenêtres prenaient l'air, de vraies passoires, et le chauffage électrique de 1974 était complètement dépassé». L'hiver, dans son logement mal isolé, la température ne dépassait pas les 15 degrés. «Mes amis fuyaient l'appartement», se souvient Geneviève.

Son cas n'est pas isolé. D'après l'Insee, 3, 8 millions de ménages sont concernés en France par la précarité énergétique, le fait de consacrer plus de 10% de ses revenus à sa facture d'énergie. «La précarité énergétique fait partie d'une nouvelle forme de pauvreté», constate Olivier Noblecourt, vice-président du Centre communal d'action sociale (CCAS) de Grenoble. Les plus exposés sont les femmes, les familles monoparentales, les personnes sans activités et locataires.

Diagnostic énergétique

Avec une augmentation de 20% du tarif de l'électricité en cinq ans, «la dépense énergétique est devenue une des factures qui pose problème», estime l'élu grenoblois. Pour venir en aide aux familles, de nombreuses structures existent déjà. Associations de locataires, bailleurs sociaux, fournisseurs d'énergie, Caisse d'Allocations Familiale (CAF). Un «maquis» dans lequel il est parfois difficile se repérer.»Quand les familles ont l'impression qu'elles vont faire la balle de ping-pong entre plusieurs institutions, on ne les revoit plus», constate Olivier Noblecourt. La solution: une plateforme unique qui rassemble les acteurs de la filière énergétique.

Grâce à ce dispositif, les familles en difficulté sont orientées vers des structures capables de réaliser un diagnostic énergétique (Pact, Agence locale de l'énergie et du climat, Ulisse, dispositif Soleni). Porté par l'association d'insertion Ulisse, à Grenoble, le dispositif Soleni réalise ainsi des diagnostics thermiques et des petits travaux à domicile. Les professionnels commencent par évaluer la consommation des cinq postes de dépenses: le chauffage, l'eau chaude et les sanitaires, l'eau froide, la cuisson et les appareils électriques.

Les travaux peuvent commencer dès la deuxième visite. Ampoules basse consommation, réducteurs de débit sur les robinets, multiprises avec interrupteurs, réflecteurs de chaleur derrière les radiateurs: ces installations peu coûteuses permettent à un foyer d'économiser entre 250 et 350 euros par an, calcule Jean-Jérôme Calvier, directeur général adjoint d'Ulisse.

L'association donne également des conseils pour changer ses habitudes. «On peut installer un sablier dans la salle de bain pour aider les parents à dire aux enfants que la douche dure cinq minutes et pas une demi-heure». Des astuces prodiguées «sans jugement» pour encourager les familles sans les stigmatiser.

Coup de pouce

Le CCAS dispose également d'un fonds pour aider les ménages à payer leurs factures ou entreprendre de petits travaux. Geneviève a ainsi touché 1500 euros. Une somme qui lui a permis de «faire de la plomberie et deux trois petits aménagements». Son double vitrage lui change la vie: la température ambiante avoisine désormais les 19 degrés, «une chaleur très confortable quand on est habitué à 15 degrés».

La ville de Grenoble n'est pas la seule à faire des efforts en matière de précarité énergétique. Le programme national «Habiter mieux», lancé en 2010 par l'Agence nationale de l'habitat (Anah), donne un coup de pouce aux propriétaires occupants, sous conditions de ressources, pour mener leurs travaux de rénovation thermique.

Depuis le mois d'avril, des «modalités plus incitatives» ont été mises en place, note Isabelle Loubens, juriste de l'association Familles rurales. La prime forfaitaire de l'Anah est passée de 1600 à 3000 euros et l'aide aux travaux s'élève à 50% du montant des réalisations au lieu de 25%. «Le dispositif est en route mais il faudrait qu'il prenne plus d'ampleur», préconise la juriste. L'objectif affiché est de rénover 300.000 logements entre 2010 et 2017. En deux ans, seulement 22.000 logements ont reçu des aides.

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