Comment expliquer le ralentissement du réchauffement climatique?

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LE GIEC TENTE DE COMPRENDRE LE RALENTISSEMENT DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
LE GIEC TENTE DE COMPRENDRE LE RALENTISSEMENT DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

par Alister Doyle

OSLO (Reuters) - Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) s'emploie à trouver des explications au ralentissement constaté dans la hausse des températures mondiales, un phénomène qui alimente les arguments des "climatosceptiques".

Souvent focalisés sur les tendances de fond, la plupart des modèles climatiques n'ont pas prévu cette évolution observée depuis l'an 2000.

Certes, la décennie 2000-2010 a été la plus chaude depuis la création des relevés météo en 1880, et 2012 la neuvième année la plus chaude depuis cette date (à l'exception de 1998, toutes les autres se sont produites depuis 2000), d'après une étude rendue publique par la Nasa en janvier.

Mais la hausse du "thermomètre mondial" a aussi été moins rapide que prévu. Et les climatologues tentent à présent de comprendre les causes de ce ralentissement et de déterminer si ce répit est exceptionnel ou appelé au contraire à s'installer durablement.

La réponse aura des répercussions essentielles sur les programmes à court et à long termes engagés par les gouvernements et des entreprises, de l'énergie à la construction, de l'agriculture au secteur de l'assurance, pour s'adapter aux effets du réchauffement.

"Le système climatique n'est pas aussi simple qu'on le pense", note Bjorn Lomborg, statisticien danois auteur de "L'Ecologiste sceptique" (2004 pour sa version française), un essai souvent brandi par les "climatosceptiques".

MASSES OCÉANIQUES

Parmi les pistes avancées pour expliquer cette pause, on évoque la pollution industrielle en Asie qui filtrerait les rayons du soleil ou bien encore une erreur dans le calcul de la chaleur qui serait piégée par les gaz à effet de serre.

Est également citée une absorption plus importante de la chaleur par les masses d'eau océaniques qui aurait pour conséquence une température en surface moins élevée que prévu.

C'est la thèse avancée dans une étude publiée début avril dans la revue scientifique Nature Climate Change par une équipe dirigée par la Française Virginie Guemas, de l'Institut catalan des sciences climatiques de Barcelone.

"La plupart de l'énergie en excès a été absorbée par l'océan sur une profondeur de 700 mètres, dont 65% dans l'océan tropical Pacifique et l'océan Atlantique", écrivent-ils en s'appuyant sur des observations et des modèles informatiques.

Mais Virginie Guemas prévient que cette chaleur pourrait être "restituée" dans l'atmosphère au cours de la décennie à venir, accélérant de nouveau le réchauffement climatique.

"Si cela est uniquement lié à une variable naturelle, le rythme du réchauffement accélérera bientôt", a-t-elle dit à l'agence Reuters.

Une autre étude publiée le mois dernier par le Geophysical Research Letters va dans la même direction. "Le réchauffement climatique se poursuit mais se manifeste de manières différentes (...) Le réchauffement récent des eaux sous 700 mètres semble sans précédent", notent l'Américain Kevin Trenberth et ses collègues du National Center for Atmospheric Research.

Kevin Trenberth estime que la "pause" du réchauffement en surface pourrait durer entre quinze et vingt ans.

FIABILITÉ DES PROJECTIONS

Le Giec devrait faire le point sur les explications avancées dans son prochain rapport, attendu à partir de la fin de l'année.

Depuis leur création, note son président, Rajendra Pachauri, les relevés de températures "montrent qu'il existe des fluctuations, sur des périodes de dix ou quinze ans".

"Mais la tendance est indubitable", insiste-t-il.

L'enjeu est d'importance à un moment où, confrontés à la crise financière et économique, des gouvernements estiment que le ralentissement de la hausse des températures enlève un peu de son caractère d'urgence à la nécessité d'agir, et notamment d'engager une transition énergétique des énergies fossiles vers les énergies renouvelables.

Certains experts "climatosceptiques" voient pour leur part dans ce ralentissement le signe que la fiabilité des modèles climatologiques a décliné -le Giec avait déjà dû corriger un rapport de 2007 qui exagérait le rythme de la fonte des glaciers himalayens et concluait à leur possible disparition d'ici 2035.

Pour la majorité des climatologues, dont les travaux sont regroupés par le Giec, le réchauffement climatique découle d'une responsabilité humaine, avant tout lié au rejet de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

On sait depuis les travaux menés par le chimiste suédois Svante Arrhenius dans les années 1890 que le dioxyde de carbone émanant des activités humaines (la combustion de charbon par exemple) a pour effet de retenir la chaleur dans l'atmosphère.

Avec l'industrialisation des économies chinoise et indienne, les rejets de gaz à effet de serre ont explosé. En 2010, ils étaient 75% supérieurs à leurs niveaux de 1970 et sur la première décennie du XXIe siècle, ils ont progressé à un rythme annuel de l'ordre de 3%.

Dans une version de travail de son rapport à venir, le Giec estime que sur la période 2016-2035, les températures seront probablement supérieures de 0,4 à 1°C à ce qu'elles étaient en 1986-2005.

Il met aussi en garde contre des effets secondaires du réchauffement qui pourraient a priori paraître paradoxaux, comme des chutes de neige plus abondantes l'hiver ou la répétition à plus haute fréquence d'épisodes extrêmes comme l'ouragan Sandy qui a balayé l'an dernier une partie de la côte Est des Etats-Unis.

Avec Gerard Wynn à Londres; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • manx750 le mardi 16 avr 2013 à 18:06

    @M2801849 : Et c'est la faute des automobiles humaines ?

  • frk987 le mardi 16 avr 2013 à 17:58

    Et oui, tout simplement que l'activité solaire n'est pas stable, mais probablement trop simple à comprendre pour les écolos.

  • M2801849 le mardi 16 avr 2013 à 17:54

    La seule chose certaine,c'est que toutes les planétes du systeme solaire ce réchauffent . Le reste n'est que des affirmations de charlatants.

  • frk987 le mardi 16 avr 2013 à 17:34

    Il fait chaud ou froid, personne ne comprend rien mais les écolos, eux ils savent...............c'est l'essentiel pour appartenir à la majorité gouvernementale.Des millions d'années que le climat fluctue, mais les écolos dans leur logique ubuesque ont LA REPONSE : c'est l'homme ou bien.... les épaves à la mère Duflot.

  • manx750 le mardi 16 avr 2013 à 17:33

    Le refroidisememnt dans le réchauffement c'est presque de la politique socialiste ça ? Plus les Français paient d'impôts moins ils consomment et plus le gvt s'inquiète de la perte de compétitivité des entreprises ! On redresse en abaissant ! On relance en diminuant ! On refroidit en réchauffant ! Vive le sapeur Camembert !

  • LeRaleur le mardi 16 avr 2013 à 17:09

    Ils ne savent rien, mais ne font que constater et supputer.