Comment entrer dans le club des 1% les plus riches de France

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Il suffit de gagner 88.200 euros annuels en France pour figurer parmi les plus riches. C'est trois fois moins qu'aux États-Unis. Explication.

Les Français ont coupé la tête de leurs rois. Veulent-ils décapiter les plus riches d'entre eux? On pourrait croire que c'est dans l'ordre des choses et des mots. «Roi», rex en latin, et «riche», qui vient de rix en gaulois (comme Vercingétorix), participent de la même famille étymologique. Tous deux ont le sens de «puissant». À abattre?

François Hollande prévoit ainsi d'imposer à 75 % les revenus qui dépassent le million d'euros, au risque d'apparaître confiscatoire et anticonstitutionnel. Nicolas Sarkozy entend taxer les exilés fiscaux, les menaçant implicitement de déchéance de nationalité, et c'est également limite vis-à-vis de la Constitution. L'un et l'autre s'en prennent à une minorité qui suscite l'envie. Paradoxalement, les riches préoccupent bien plus l'opinion publique que les pauvres dans l'Hexagone. Pauvre petite fille riche, chantait Claude François.

De qui parle-t-on? Aux États-Unis, le débat sur le «1 %» est devenu l'un des thèmes dominants de la campagne présidentielle 2012. Il a été lancé par le mouvement Occupy Wall Street («occuper Wall Street»), avec pour slogan «We are the 99 %» («nous sommes les 99 %»). Il s'agit de stigmatiser les inégalités grandissantes. Aujourd'hui, 1 % de la population accapare 17 % du revenu national, selon les statistiques de l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain. Cette proportion a plus que doublé depuis le début des années 1980 dans l'ensemble du pays. Elle atteint même 44 % dans la seule ville de New York, selon le Fiscal Policy Institute, un organisme indépendant chargé d'observer les conditions de vie de la cité.

Pour faire partie du «1 % supérieur» outre-Atlantique, il fallait déclarer au fisc 343 .927 dollars de revenu en 2009 (avant exonérations diverses, autrement dit «les niches fiscales»), soit environ 265 .000 euros. En France, le ticket d'entrée du club est beaucoup plus modeste. Selon l'Insee, il suffisait pour un célibataire d'avoir un «revenu déclaré» de 88 200 euros en 2008 (derniers chiffres connus) pour être parmi les 602 .500 Français les plus prospères (1 % des 60,250 millions de la population de la France métropolitaine qui déclare des revenus). Paradoxalement, le seuil est proportionnellement bien plus faible pour un couple (132 .300 euros exactement), car l'Insee raisonne en ce qu'il appelle «unités de consommation». Exemple, un ménage de deux personnes ne compte que pour 1,5 unité de consommation: les statisticiens considèrent qu'ils ont moins à dépenser, ne serait-ce que parce qu'ils partagent le même toit...

Les riches doivent prouver qu'ils sont efficaces et utiles

Les «riches Français», les «très hauts revenus» dans le langage de l'Insee (au moins 7 .350 euros par mois pour un célibataire), le sont trois fois moins que les Américains. La raison essentielle est qu'en France le club «des 1 %» concentre 7 % du revenu national annuel, au lieu de 17 % outre-Atlantique, où la richesse globale du pays est par ailleurs plus élevée (d'environ un quart par habitant). Autre différence majeure de part et d'autre de l'Atlantique, les neuf dixièmes des Français qui font partie du «1 % supérieur», soit 540 .000, affichent des revenus annuels inférieurs à 239 .000 euros, selon l'Insee. Ce qui ne leur permettrait donc pas de figurer dans le club américain!

De plus en plus d'observateurs estiment le critère du 1 % insuffisamment sélectif et que le groupe est trop hétérogène. Il serait bien plus pertinent de s'intéresser à la crème de la crème, «au millième» des revenus les plus élevés, estime-on de plus en plus aux États-Unis. « Nous sommes les 99,9 %», titrait l'automne dernier Paul Krugman, l'éditorialiste vedette du New York Times, par ailleurs Prix Nobel d'économie 2008.

Ce faisant, il entend développer deux arguments. Tout d'abord cette «super-élite» - dont les revenus annuels sont en moyenne de 5,3 à 7,5 millions de dollars - a vu ses ressources après impôt grimper de 400 % depuis 1979 (augmentation en valeur réelle, déduction de l'inflation et après impôts). Or, pour l'Américain moyen, celui qui se trouve au milieu exact de la distribution des revenus, le pouvoir d'achat a progressé d'à peine 21 %.

Paul Krugman dénonce surtout la prétention de la «super-élite» à justifier ses gains par des créations d'emplois. «Très peu d'entre eux sont des innovateurs du type de Steve Jobs», selon lui. Il constate que 18 % sont issus de la finance, 12 % sont des juristes ou du secteur de l'immobilier, «professions où il n'est pas établi de lien clair entre les revenus et la contribution à l'économie». Les riches doivent prouver qu'ils sont efficaces et utiles. Aujourd'hui plus que jamais alors que la croissance peine à repartir.

Le débat est vieux comme le monde. «Qu'est-ce que les riches ont-ils de plus que les autres?», demandait dans les années 1920 Francis Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le Magnifique. «De l'argent», lui répondit son ami Ernest Hemingway. Comme si les fortunés n'avaient ni mérite ni talent. L'attitude inverse est celle de la fameuse parabole des talents: «Le maître a donné cinq talents à l'un de ses serviteurs, qui a su les faire fructifier et en est récompensé, alors que celui qui n'en a reçu qu'un s'empresse de l'enfouir dans la terre...» C'est l'origine même du mot «talent». Il désignait des pièces de monnaie, il est devenu «le don que l'on fait fructifier». Le talent de créer des emplois par exemple.

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  • papymujo le lundi 19 mar 2012 à 15:15

    Gagner à l'Euromillion!

  • pgerval1 le lundi 19 mar 2012 à 14:26

    ben ils ont cas me dechoir de la nationalité francaise .... au fond pour ce qu'elle vaux aujourd'hui je perdrais pas grand chose .... et tant cas faire je vais même ne pas aller voter ( de toute facon y en a pas un pour relever l'autre )

  • m.young le lundi 19 mar 2012 à 13:22

    D'accord avec ces posts. Certes il faut ré-équilibrer le partage du gâteau national en faveur des démunis (délaissés par l'UMPS car non votants en général), mais la chasse à mort ou à l'exil des riches est contre-productive, l'URSS en a déjà apporté la preuve au 20e siècle.

  • fredoche le lundi 19 mar 2012 à 13:08

    Cela veut bien dire que la richesse est déjà largement redistribuée. Continuons à vouloir augmenter les impôts et confisquer la fortune des "riches" (parce que franchement si gagner 88'000 € c'est être riche...) comme ça quand ils seront tous en Suisse ou en Belgique, il n'y aura plus personne pour payer les impôts des pauvres qui n'en paient de toute façon pas.

  • muck12 le lundi 19 mar 2012 à 12:40

    88200e alors il y a plus de 1% de riche

  • tib33 le lundi 19 mar 2012 à 12:34

    Parle t-on de salaire brut ou net? Un tel amateurisme dans les termes est infligeant.

  • jflobert le lundi 19 mar 2012 à 12:20

    Il y a un un GROS pb dans ce calcul: il n'y a PAS 60 millions de contribuables (foyers fiscaux) en France, mais plutôt 30 ou 40 millions... Donc le 1% concernerait environ les 300-400 mille les plus riches, et non les 600 mille, ce qui relèverait un peu le plafond. Ensuite, il faut prendre en compte les professions libérales, qui "parfois" sous-déclarent un peu.Avec 88000 euros par an, à Paris on n'a pas de quoi emprunter pour acheter un deux-pièces.

  • fiduce le lundi 19 mar 2012 à 11:35

    Profitons de la discussion aux US pour harmoniser des contributions dissuasives (à l'intention des salaires indécents, perçus grâce au détournement marginal du système). Une échelle de mérite garde tout son sens, mais casser la logique des "niches sociales" est vital si on ne veut pas devenir des aristocraties du fric déballant les frasques de leurs pseudo-élites (cf. certaines progénitures qui pourrissent profondément la société et le climat culturel).