Combats entre armée syrienne et rebelles au nord de Koussaïr

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L'ARMÉE SYRIENNE S'ATTAQUE AUX ALENTOURS DE KOUSSAÏR
L'ARMÉE SYRIENNE S'ATTAQUE AUX ALENTOURS DE KOUSSAÏR

par Crispian Balmer

BEYROUTH (Reuters) - Les forces fidèles au président Bachar al Assad ont mis en échec jeudi une attaque des rebelles syriens contre le seul point de passage entre la Syrie et Israël, tout en poursuivant leur opération de reconquête au nord de la ville de Koussaïr.

Cette évolution du rapport de force sur le terrain et les informations sur l'utilisation de gaz chimiques ces derniers mois ont incité la Russie, principale alliée du régime de Damas, à mettre en garde les pays occidentaux contre toute tentation d'intervention militaire.

Au lendemain de la chute de la ville stratégique de Koussaïr après plus de deux semaines de siège, les insurgés ont essayé de reprendre l'initiative en prenant d'assaut le point de passage frontalier géré par l'Onu sur le plateau du Golan, dans la zone démilitarisée entre Israël et la Syrie.

Pour la première fois depuis le début du conflit syrien, les rebelles ont brièvement occupé le poste frontalier, avant d'en être délogés par l'armée régulière après de violents combats, dit-on de sources israéliennes.

Ces combats n'ont pas fait de victime dans les rangs des casques bleus, réfugiés dans leurs bunkers, mais ils ont convaincu l'Autriche d'annoncer le retrait des 380 soldats qu'elle fournissait jusqu'alors à la Force des Nations unies chargées d'observer le désengagement (Fnuod).

Cette décision pourrait remettre en cause l'existence même de cette mission qui compte au total un millier d'hommes.

L'attaque contre le poste frontière n'a en revanche pas enrayé l'élan des troupes gouvernementales, qui ont multiplié les succès militaires ces dernières semaines, avec le soutien des combattants du Hezbollah libanais.

MOSCOU MET EN GARDE

Chassés de Koussaïr, pourchassés dans les villages voisins, les opposants ont lancé un nouvel appel à l'aide en se disant pris en tenailles entre les soldats loyalistes et les miliciens libanais.

"Dieu nous a donné la force de résister, mais Dieu seul sait jusqu'à quand. Nous vous supplions d'agir le plus vite possible pour nous secourir", dit un message sur les réseaux sociaux.

François Hollande a estimé mercredi que la communauté internationale était "dans l'obligation d'agir" après avoir reçu de la France des preuves par que le régime de Damas avait utilisé des armes chimiques contre les rebelles, en l'occurrence du gaz sarin.

Ces preuves ont été accueillies avec prudence aux Nations unies et la Russie a estimé qu'elles ne devraient pas servir à justifier une intervention militaire étrangère.

"La question des armes chimiques est devenue un sujet de spéculation et de provocation", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse avec ses homologues allemand et finlandais.

"Je n'exclus pas que quelqu'un cherche à l'utiliser pour affirmer qu'une ligne rouge a été franchie et qu'une intervention étrangère est nécessaire."

Les pays occidentaux se sont jusqu'à présent montrés très réticents à l'idée d'une intervention, craignant de se faire aspirer dans un conflit dont personne ne voit l'issue. Mais ils rechignent tout autant à assister sans réagir à une victoire de Bachar al Assad avec le soutien de l'Iran et du Hezbollah.

Le régime de Damas, revigoré par son succès à Koussaïr qui lui a permis de rétablir une liaison directe entre Damas et ses bastions de la côte méditerranéenne, tout en coupant les lignes d'approvisionnement des rebelles depuis le Liban, entend pousser son avantage.

OFFENSIVE PRÈS DE KOUSSAÏR

Jeudi, les forces gouvernementales se sont lancées à l'assaut des villages de Debaa et Bouwaïda, où les rebelles se sont repliés, à respectivement cinq et 12 km au nord-est de Koussaïr. Un photographe de Reuters a fait état de violents combats dans les deux villages.

"Il y a beaucoup de civils et de blessés à Bouwaïda", a affirmé un militant de l'opposition, Mohamed al Koussaïr.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dit négocier avec Damas un accès à la région de Koussaïr pour aider les civils qui s'y trouvent encore. Les organisations humanitaires estiment leur nombre à 1.500.

"Nous avons du matériel et des médicaments prêts à être distribués dans les dispensaires et les hôpitaux", a déclaré Alexis Heeb, porte-parole du CICR à Genève, précisant que Koussaïr, qui comptait avant le conflit quelque 30.000 habitants, semble totalement déserte.

L'Union européenne a de son côté annoncé jeudi le déblocage de 400 millions d'euros supplémentaires pour aider les réfugiés en Syrie et dans les pays voisins.

Alors que le conflit a pris un tour confessionnel accru avec l'implication ouverte du Hezbollah chiite au côté des alaouites - une secte dissidente du chiisme - au pouvoir à Damas, face à des rebelles en majorité sunnites, le chef d'Al Qaïda a appelé les Syriens à s'unir contre Bachar al Assad et un présumé complot américain.

"L'Amérique et ses alliés veulent que vous versiez votre sang et le sang de vos enfants et de vos femmes pour renverser le régime baasiste criminel (d'Assad), puis pour mettre en place un gouvernement à leur solde qui défendra la sécurité d'Israël", dit Ayman Al Zaouahri dans un enregistrement diffusé sur des sites islamistes.

Avec Erika Solomon à Beyrouth, Stéphanie Nebehay à Genève et Alissa de Carbonnel à Moscou, Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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