Combats à Alep, les insurgés réclament des armes

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COMBATS À ALEP EN SYRIE
COMBATS À ALEP EN SYRIE

par Erika Solomon

ALEP, Syrie (Reuters) - Les hélicoptères et l'artillerie de l'armée syrienne poursuivaient dimanche le bombardement des positions rebelles à Alep dont les forces de Bachar al Assad veulent reprendre le contrôle, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale qui redoute un massacre dans la grande ville du nord de la Syrie.

Le Conseil national syrien (CNS), principale instance politique de l'opposition, a réclamé des armes lourdes à la communauté internationale afin de "se défendre contre la machine à tuer" lancée par le régime de Damas contre les insurgés.

Le CNS a par ailleurs annoncé des discussions dans les prochaines semaines sur la constitution d'un gouvernement de transition qui pourrait compter des membres de l'équipe actuelle d'Assad, "ceux qui n'ont pas de sang sur les mains et qui ne sont pas corrompus".

L'Iran, principal allié régional de Damas, a estimé qu'une transition politique planifiée en Syrie n'était qu'"une illusion".

"Penser naïvement et faussement qu'en cas de vide du pouvoir en Syrie (...) un autre gouvernement pourrait arriver au pouvoir, je crois que ce n'est qu'un rêve", a déclaré Ali Akbar Salehi, le ministre iranien des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse à Téhéran avec son homologue syrien, Walid al Moualem.

Ce dernier, pour sa part, a salué les récents succès des forces gouvernementales, notamment à Damas. "Aujourd'hui, la Syrie est plus forte (...) En moins d'une semaine, ils (les rebelles) ont été vaincus à Damas. Ils se sont alors rendus à Alep mais je peux vous assurer que, là aussi, ils vont échouer", a dit Moualem.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG favorable à l'opposition et basée à Londres, des affrontements avaient lieu dimanche dans plusieurs zones contrôlées par les rebelles à Alep, principalement dans le centre-ville et dans les quartiers ouest.

LES INQUIÉTUDES DE KOFI ANNAN

Un militant de l'opposition a déclaré avoir vu des chars et des véhicules de transport de troupes se diriger vers le quartier rebelle de Salaheddine. Un chasseur de l'armée de l'air a également survolé la ville à l'aube.

Un journaliste de Reuters a constaté que des quartiers tenus par les insurgés avaient été désertés par leurs habitants.

"Nous quittons une zone de guerre", a dit un homme, la quarantaine, en quittant la ville avec sa famille. "Nous fuyons les combats. Nous avons quitté Alep quand nous avons vu des colonnes de fumée et les hélicoptères tirer."

D'après l'OSDH, il y a eu samedi 26 morts à Alep et 190 en tout dans le pays. Des affrontements ont aussi été signalés samedi à Deraa, le berceau de la révolte dans le sud du pays, à Homs, dans le centre, et à Hama, ville où un soulèvement islamiste au début des années 1980 avait été écrasé dans le sang par le président Hafez al Assad, le père de Bachar.

L'émissaire international pour la Syrie, Kofi Annan, a dit ses inquiétudes au sujet de la situation dans la capitale économique de la Syrie.

"Je suis inquiet des informations sur la concentration de troupes et d'armes lourdes autour d'Alep, qui annonce une bataille imminente dans la plus grande ville du pays", a-t-il déclaré samedi soir dans un communiqué. Il a de nouveau plaidé pour une solution politique au conflit.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elarabi, a dénoncé les "crimes de guerre" commis en Syrie, "notamment à Alep", et affirmé que les responsables auraient à rendre des comptes devant la justice internationale , rapporte l'agence de presse égyptienne Mena.

Dans une conférence de presse à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le président du Conseil national syrien, Abdelbasset Sida, a exhorté la communauté internationale à livrer des armes lourdes aux insurgés.

"MACHINE À TUER"

"Les rebelles se battent avec des armes rudimentaires. Nous voulons des armes capables d'arrêter les chars et les avions. C'est tout ce que nous voulons", a-t-il dit. "Il faut que les Syriens puissent se défendre contre la machine à tuer."

Il a ajouté que des discussions auraient lieu ces prochaines semaines sur la formation d'un gouvernement de transition, destiné à se substituer à celui d'Assad et à préparer des élections libres.

La plupart des membres de ce futur gouvernement viendront de l'opposition mais il pourra compter également des membres de l'actuel pouvoir.

"Il y a des personnes du régime actuel qui n'ont pas de sang sur les mains et qui n'ont pas été impliqués dans les grandes affaires de corruption. Nous allons discuter avec d'autres partis (sur la possibilité de les inclure au sein du gouvernement de transition), mais on devrait aboutir à un consensus", a dit Abdelbasset Sida.

Il a par ailleurs rejeté l'idée de confier le poste de chef du gouvernement intérimaire à Manaf Tlass, un général autrefois proche de Bachar al Assad, qui a fait défection au début du mois.

"Il faut que ce soit une personne qui puisse diriger un gouvernement national et qui soit impliqué dans la révolution depuis le début", a-t-il souligné.

Le CNS soutient désormais ouvertement l'Armée syrienne libre (ASL), principale composante de l'opposition armée, ce qui n'a pas toujours été le cas depuis le début de la rébellion contre le régime baassiste à la mi-mars 2011.

Le CNS est apparu à plusieurs reprises divisé et ses détracteurs jugent qu'il est à la solde de la Turquie - son siège est à Istanbul - et qu'il ne représente pas l'ensemble de l'opposition.

Benjamin Massot et Guy Kerivel pour le service français

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