Colony Capital assume son pari sur la France

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par Christian Plumb et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Le fond d'investissement américain Colony Capital voit des opportunités dans l'actuelle défiance des investisseurs envers l'économie française, a déclaré à Reuters son directeur général Thomas Barrack, lors d'une interview par téléphone.

Il compare l'inquiétude des entrepreneurs vis-à-vis du socialiste François Hollande à la panique qui avait accompagné les nationalisations du début de l'ère Mitterrand.

"Les craintes sur l'action de M. Hollande me rappellent exactement les craintes sur Mitterrand en 1981", dit-il. "Nous pensons que Hollande sera contraint de revenir plus au centre et que lorsque ce virage aura lieu, le bénéfice pour les entreprises qui sont prêtes à recapitaliser des sociétés saines et ayant besoin de fonds propres via une intervention financière sera significatif."

Colony va allouer en France, en Italie et en Espagne entre un et 1,5 milliard d'euros à des financements destinés à prendre le relais des banques qui ont déserté certains créneaux avec le durcissement des règles prévues par Bâle III. Environ 20% de son portefeuille de 27 milliards de dollars est domicilié en Europe, et 60% aux Etats-Unis.

"Le mur de centaines de milliards de dollars de financements, de besoins de recapitalisation, de prêts mezzanine (...) à un moment où tout le monde observe une croissance négative, des réductions de coûts, une consommation en berne, ce qui est actuellement l'environnement français, ce mur sera une formidable opportunité", fait valoir Thomas Barrack, qui a commencé à investir dans l'immobilier français il y a 30 ans.

"Ce sera le grand pari à contre-courant."

Colony n'est pas seul à tenir ce raisonnement. Beaucoup d'autres, comme CVC ou Rothschild, cherchent des opportunités d'investissement sur le terrain abandonné par les grands établissements bancaires.

"ACCEPTER LA RESPONSABILITÉ"

L'activisme du fond d'investissement chez Accor et Carrefour a récemment suscité la controverse en France.

Thomas Barrack, qui siège lui-même au conseil d'Accor, justifie l'éviction du PDG Denis Hennequin le mois dernier et assure que Colony est un investisseur de long terme aussi bien dans le groupe hôtelier que dans le groupe de distribution.

Le départ de Denis Hennequin, explique-t-il, est "lié aux résultats très décevants comparé aux concurrents d'Accor sur la même période de temps, et à l'incapacité d'atteindre les objectifs sur la période correspondant au mandat fixé par le conseil d'administration".

"En tant que PDG, c'est vous qu'on applaudit quand les choses vont bien, alors il faut aussi accepter la responsabilité quand ça ne marche pas."

Colony, entré en 2005 au capital d'Accor, a piloté la scission de l'activité de chèques restaurant, devenue Edenred. Pour Thomas Barrack, l'un des grands défis d'Accor aujourd'hui est de répondre à la concurrence des agences de réservation en ligne, à commencer par Expedia.

Colony, qui estime à dix ans la durée moyenne de ses investissements en France, est aussi un actionnaire clé de Carrefour où il est entré en 2007. Le fonds, associé à Bernard Arnault au sein du véhicule d'investissement Blue Capital, a poussé vers la sortie plusieurs dirigeants du distributeur et défendu un projet de scission du portefeuille immobilier qui a finalement fait long feu.

Blue Capital a choisi l'an dernier Georges Plassat, un vétéran de la grande distribution, pour redresser le numéro deux mondial de la distribution. La stratégie engagée a fait grimper l'action Carrefour de 54% depuis la mi-juillet mais le cours reste encore inférieur de moitié à la mise initiale de Colony.

"Carrefour est un investissement de long terme", souligne Thomas Barrack. "Nous sommes ici pour la durée. Nous avons un PDG de stature mondiale. Nous pensons que le groupe est vraiment sous-évalué et sommes très heureux d'y demeurer."

Gilles Guillaume pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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