Colombie-Les ex-rebelles discrets sur leurs projets économiques

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    * Chaque ex-rebelle va recevoir l'équivalent de 2.500 euros 
    * Ils pourraient se lancer dans l'agriculture et le tourisme 
    * Des projets fonctionneraient déjà dans le sud du pays 
 
    par Julia Symmes Cobb et Nelson Bocanegra 
    EL DIAMANTE, Colombie, 27 septembre (Reuters) - La paix 
signée, les anciens guérilleros des Forces armées 
révolutionnaires de Colombie (Farc) pourraient se reconvertir 
dans l'écotourisme, la fabrication de fromages ou la vente de 
viande bovine, mais sont peu diserts sur leurs projets. 
    L'accord mettant fin à un demi-siècle de guerre civile a été 
signé lundi par le président colombien Juan Manuel Santos et 
Timochenko, le chef des rebelles. Il doit être soumis à 
référendum dimanche. Les sondages donnent le "oui" largement 
gagnant. 
    Les anciens des Farc sont environ 7.000 à qui il va falloir 
devoir trouver un gagne-pain. 
    D'autant que de nombreux combattants sont peu éduqués et 
sont issus de familles pauvres et qu'il faudra leur proposer des 
emplois bien réels pour leur permettre de résister à l'appel des 
anciennes pratiques lucratives : trafic de drogue, enlèvements 
contre rançon, extorsions de fonds. 
    "Il faut que nous participions à l'économie", déclare le 
commandant des Farc Mauricio Jaramillo, rencontré dans un 
avant-poste de la jungle à El Diamante, dans le département de 
Caquetá, dans le sud de la Colombie. 
    "El Medico", comme Mauricio Jaramillo se fait aussi appeler, 
affirme que certains dirigeants d'entreprises ont pris contact 
avec les chefs rebelles pour les interroger sur leurs projets. 
    "Ils ont exprimé certaines idées; il y a des chefs 
d'entreprise qui veulent en être", dit-il sans plus de 
précisions. 
    Ce sont de profondes inégalités sociales et l'absence de 
perspectives d'avenir pour les Colombiens habitant les zones 
rurales qui sont à l'origine de la création des Farc, en 1964. 
Certains craignent que les rebelles déçus ne rejoignent des 
cartels de la drogue, faute d'alternative économique. 
    Le secrétariat des Farc, c'est-à-dire l'équipe de direction 
qui comprend sept personnes, n'est pas très encline à 
reconnaître l'existence de projets qui fonctionnent déjà, de 
crainte qu'ils ne soient saisis par le gouvernement pour 
indemniser les victimes, dit-on chez les rebelles. 
    Toujours est-il que dans les zones rurales, de vastes terres 
abandonnées pendant des décennies en raison de la guerre vont 
pouvoir être développées, y compris par les ex-Farc.  
     
    "COMME PERSONNE" 
    Les projets autorisés dans le cadre de l'accord de paix 
doivent en principe être financés grâce à une allocation de huit 
millions de pesos (2.500 euros environ) qui sera versée à chaque 
combattant démobilisé pour l'aider à démarrer. Ce pourra être 
une activité collective ou une affaire individuelle, ont précisé 
les Farc, la semaine dernière. 
    Reuters n'a pas eu l'autorisation de se rendre sur les lieux 
où se trouvent les projets démarrés dans le Caquetá ou dans les 
départements alentours. Les Farc disent pourtant qu'une laiterie 
et une plantation de haricots sont en fonctionnement. 
    Certains anciens combattants pensent à se reconvertir dans 
le tourisme, notamment dans les régions difficiles d'accès de la 
montagne et de la jungle, que les rebelles ont contrôlé pendant 
plusieurs décennies. 
    "On pourrait faire voir aux touristes où se trouvait le 
secrétariat pendant le processus de paix", suggère Sebastian 
Gomez, qui dirige une organisation communautaire qui veut 
s'allier avec les Farc dans l'écotourisme. "Les rebelles 
connaissent ces zones comme personne." 
    Selon les autorités colombiennes, les rebelles possèdent 
d'immenses étendues de terres qui ont de la valeur, ainsi que 
des élevages bovins, des magasins et des sociétés dans le 
secteur du bâtiment qui seraient un moyen pour les Farc de 
blanchir l'argent de la drogue et des enlèvements. Il n'y a 
toutefois eu que peu de confiscations de propriétés appartenant 
aux rebelles.     
    Certains estiment que les produits du trafic de drogue et de 
l'extorsion de fonds ont rapporté des milliards de dollars aux 
Farc. Les rebelles affirment, eux, que leur revenu est faible et 
qu'il sert surtout à assurer l'ordinaire des combattants. 
    Le président colombien a déclaré qu'il poursuivrait les Farc 
pour les fonds et les biens illicites dans le but de financer 
les dommages versés aux victimes de guerre. 
    Timochenko, qui est le nom de guerre de Rodrigo Londono, a 
déclaré la semaine dernière que les Farc et ses anciens 
combattants contribueraient à la croissance économique. 
    "Nous ne prendrons d'emplois à personne. Au contraire, nous 
allons développer des projets qui créeront des opportunités et 
donneront un coup de fouet à l'économie dans des zones où nous 
avons une présence", a déclaré Rodrigo Londono. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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