Colombie-Accord de paix final entre le gouvernement et les Farc

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 (Actualisé avec citations de Santos, des Farc, précisions, 
couleur) 
    par Nelson Acosta et Helen Murphy 
    BOGOTA/LA HAVANE, 25 août (Reuters) - Le gouvernement 
colombien et les rebelles marxistes des Farc ont signé mercredi 
un accord de paix définitif qui devrait permettre à la Colombie 
d'accélérer sa croissance économique après une guérilla 
meurtrière de plus d'un demi-siècle. 
    Selon cet accord historique conclu dans la capitale cubaine, 
où se tiennent les négociations de paix depuis quatre ans, les 
Forces armées révolutionnaires de Colombie déposeront les armes 
et retourneront à la vie civile. 
    La guerre civile en Colombie a fait au moins 220.000 morts, 
40.000 disparus et des millions de déplacés fuyant les 
violences.  
    Après l'annonce de l'accord, l'on a fait la fête dans les 
parcs et les bars de la capitale Bogota.  
    Le président américain Barack Obama s'est entretenu par 
téléphone avec son homologue colombien pour le 
féliciter. .  
    L'accord conclu à La Havane doit maintenant être avalisé par 
référendum. Le plébiscite, selon le terme employé en Colombie, 
aura lieu le 2 octobre prochain. 
    "Aujourd'hui, je peux dire, du fond de mon coeur, que j'ai 
rempli le mandat que vous m'avez confié", a déclaré le président 
Juan Manuel Santos, qui a été réélu en 2014 sur la promesse de 
conclure la paix avec les Farc. 
    "Colombiens, la décision est entre vos mains. Jamais 
auparavant, les citoyens ont eu la clé de leur futur à portée de 
main", a assuré le président qui s'exprimait lors d'un discours 
retransmis à la télévision peu après la signature de l'accord. 
    Les Colombiens voteront sans doute "oui", à en croire la 
plupart des sondages d'opinion, mais le président devra 
convaincre. Certaines parties de la société colombienne estiment 
que la seule solution est d'écraser les Farc militairement. Les 
deux prédécesseurs de Juan Manuel Santos, Andrés Pastrana et 
Alvaro Uribe, sont opposés à l'accord.  
     
    DEVANT UN ÉCRAN GÉANT 
    De précédentes négociations, menées au moment où le 
président Pastrana était au pouvoir, entre 1999 et 2002, ont 
capoté après le détournement d'un avion par la guérilla. 
    A Bogota, plusieurs centaines de personnes se sont 
rassemblées devant un écran géant malgré la pluie pour écouter 
l'annonce en agitant des banderoles et le drapeau colombien. 
    "Je suis si heureuse. Il était temps de mettre fin à la 
guerre", déclare Margarita Nieto, une comptable âgé de 28 ans. 
"Je sais que ce qui va venir sera difficile, mais ensemble, nous 
pouvons y arriver." 
    Certains s'interrogent sur les termes de l'accord et 
notamment sur la participation des rebelles à la vie politique 
et sur le fait qu'ils n'iront pas en prison pour les crimes 
commis pendant la guerre. 
    Les Farc seront représentés au Congrès sans droit de vote 
jusqu'en 2018, date à laquelle ils pourront participer aux 
élections. 
    Le texte définitif de l'accord sera envoyé au Congrès jeudi 
et sera aussi disponible sur internet et les réseaux sociaux, a 
dit le président Santos. 
    "Nous avons gagné la plus belle des batailles, a déclaré le 
négociateur en chef des Farc, Ivan Marquez, après l'annonce 
faite à La Havane. "La guerre avec les armes est terminée, 
maintenant commence le débat d'idées." 
    Les deux parties avait signé un cessez-le-feu fin juin. 
     
    DÉVELOPPER LES INVESTISSEMENTS 
    Les Farc ont pris les armes en 1964 pour lutter contre de 
profondes inégalités sociales et économiques et, financées par 
le trafic de cocaïne et les enlèvements, se sont développées 
pour atteindre 17.000 combattants et contrôler des parties 
importantes du pays à la fin des années 90. 
    Mais, les Farc ont été durement touchées sous le 
gouvernement Uribe à partir de 2002. Le lancement d'une 
contre-offensive avec le soutien des Etats-Unis a tué de 
nombreux dirigeants de la guérilla et éclairci ses rangs.  
    La paix avec les Farc ne garantit pas forcément la fin de la 
violence politique en Colombie. Les discussions avec les 
rebelles de l'autre groupe de guérilla marxiste, l'Armée de 
libération nationale (ELN), sont dans l'impasse. 
    En outre, les organisations criminelles issues des groupes 
paramilitaires d'extrême-droite, très actifs pendant les phases 
les plus noires du conflit, auraient repris une partie du trafic 
de drogue qui finançait les Farc. 
    Malgré tout, la violence reste à son niveau le plus bas 
depuis des décennies. 
    La paix retrouvée devrait permettre à la Colombie de 
développer ses investissements, notamment dans les zones rurales 
- c'est crucial pour que la paix soit durable - et dans son 
secteur touristique à fort potentiel. 
    Selon le président Santos, la paix apportera un point de 
pourcentage par an à l'économie du pays. Certains économistes 
estiment toutefois qu'une grande partie des dividendes de la 
paix ont déjà été récoltés. 
 
 (Nelson Acosta avec Marc Frank à La Havane et Julia Symmes-Cobb 
à Bogota; Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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