Collision entre passé et avenir au salon automobile de Detroit

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COLLISION ENTRE PASSÉ ET AVENIR AU SALON DE DETROIT
COLLISION ENTRE PASSÉ ET AVENIR AU SALON DE DETROIT

par Paul Ingrassia

DETROIT (Reuters) - Le salon de l'automobile de Detroit, qui ouvre ses portes à la presse lundi, reflétera les trois révolutions technologiques que traverse actuellement le secteur : motorisations, connectivité et conduite autonome, mais sans qu'aucune d'elles ne s'impose encore à une industrie plus que centenaire.

Première mutation, les motorisations hybrides électriques et les moteurs électriques purs - rechargeables via une prise de courant ou alimentés par une pile à combustible - concurrencent de plus en plus ouvertement les moteurs thermiques classiques.

Même si les moteurs classiques consomment de moins en moins et si les prix à la pompe rebaissent, cette offensive est appelée à durer car plusieurs pays, Chine en tête, veulent encourager les voitures pouvant rouler quelques dizaines de kilomètres en mode purement électrique, notamment en ville.

La deuxième révolution consiste à transposer l'univers du téléphone portable, et tous les services et usages associés, à bord des véhicules, tandis que la troisième révolution ira de pair. Si les automobilistes veulent vraiment communiquer, jouer ou travailler de leur voiture, celle-ci devra devenir plus - voire complètement - autonome.

Les technologies actuelles (radars, GPS, caméras et calculateurs puissants) préfigurent un monde où le conducteur ne sera même plus propriétaire de son véhicule. La voiture le conduira à destination, avant de repartir chercher un autre client dans une version automatisée de l'autopartage.

A Detroit cette année, les trois tendances seront largement représentées, mais sans qu'aucune ne domine encore. A tel point que si le gourou de la voiture autonome de Google, Chris Urmson, est attendu au salon, c'est sans le prototype de la 'Google car' pour l'accompagner.

Et à côté des voiture de sport électriques Tesla, le salon fera à nouveau la part belle à des modèles moins futuristes, comme les imposants pick-ups américains ou japonais qui constituent toujours le gros du marché. Sans oublier la démonstration de force des constructeurs allemands sur le segment des 4X4 haut de gamme, ou celle des voitures de rêve comme les surpuissantes Cadillac CTS-V, Ford GT, Raptor ou Shelby Mustang.

UNE ANNÉE DE STABILISATION

Le marché américain, dont le salon de Detroit est la vitrine géante, a depuis plusieurs années retrouvé des couleurs après la terrible crise de 2008-2009, mais il semble parti pour se stabiliser en 2015 après un rebond quasi interrompu.

La directrice générale de General Motors, Mary Barra, attend cette année un marché compris entre 16,5 et 17 millions d'immatriculations, soit au pire une stagnation, et au mieux une croissance de 3%.

Mary Barra, qui fête ce mois-ci sa première année à la tête de GM, a précisé viser "le milieu de cette fourchette". En 2014, les ventes automobiles aux Etats-Unis ont bondi de 6,5% à 16,5 millions de véhicules, mais elles n'ont pas repassé la barre des 17 millions depuis 2001.

Parmi les vedettes de l'édition 2015 du salon, les visiteurs pourront voir la deuxième génération de la Chevrolet Volt, un hybride rechargeable dont l'autonomie en mode purement électrique a été portée de 60 à 80 kilomètres.

Malgré une progression constante, les motorisations électriques et hybrides rechargeables s'installent très lentement dans le parc, et ne représentent aujourd'hui pas même 1% du marché automobile mondial.

L'an dernier, Chevrolet a vendu deux fois plus de Corvette, sa "muscle car" dont une version moteur V8 de 6,2 litres sortira en 2015 avec une consommation ramenée à moins de 11 litres aux 100 sur autoroute, mais qui dépasse 15 litres en ville.

Les salons ont souvent vu cohabiter plusieurs mondes et périodes de l'automobile, sans qu'on puisse toujours prédire qui l'emportera.

Ce fut le cas en 2007, l'année du centenaire du salon, lorsque la première Volt tentait déjà de faire de l'ombre à une Corvette ZR1 de 638 chevaux. Ou en 1986, quand la Corvette ne pouvait alors compter "que" sur 230 chevaux, moins qu'une familiale Honda Accord d'aujourd'hui, pour la version six cylindres.

Cette année-là, Buick avait aussi introduit des écrans à commandes tactiles, avec caractères verts sur fond noir. Une innovation très poussée à l'époque, mais aujourd'hui délicieusement anachronique.

Le salon ouvre ses portes à la presse lundi et mardi et aux autres professionnels mercredi. Après la célèbre journée caritative, jeudi, l'évènement sera réservé au public jusqu'au 25 janvier.

(Avec Ben Klayman et Bernie Woodall, Gilles Guillaume pour le service français, édité par Marc Angrand)

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