Colère en Turquie après la mort d'au moins 274 mineurs

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LA COLÈRE MONTE EN TURQUIE APRÈS L?ACCIDENT MEURTRIER DANS LA MINE DE SOMA
LA COLÈRE MONTE EN TURQUIE APRÈS L?ACCIDENT MEURTRIER DANS LA MINE DE SOMA

par Ece Toksabay

SOMA Turquie (Reuters) - Des Turcs, en colère après l'accident qui a fait au moins 274 morts dans une mine de charbon du sud-ouest du pays, ont fait part mercredi de leur mécontentement au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et ont bousculé certains de ses proches qui l'accompagnaient sur les lieux.

Alors que les espoirs de retrouver des survivants s'amenuisent, une partie du pays s'agace de voir que la croissance économique des dernières années n'a pas forcément permis d'améliorer les conditions de travail.

Une centaine de mineurs sont toujours pris au piège dans le sous-sol de Soma, à près de 500 km au sud-ouest d'Istanbul, où s'est déclenché mardi un incendie, à l'origine de ce qui s'annonce comme la plus grave catastrophe industrielle de l'histoire turque.

"En tant que nation de 77 millions de personnes, nous éprouvons une douleur très profonde", a dit Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse organisée à l'issue d'une visite du site.

Interrogé sur les conditions de sécurité dans cette mine, le chef du gouvernement a répliqué en énumérant une liste d'accidents similaires survenus à travers le monde depuis 1862. "Des explosions comme celle-là dans des mines se produisent tout le temps. Ce n'est pas comme si ça n'arrivait pas ailleurs dans le monde", a-t-il dit.

Des habitants de la région ont brisé les vitres de bureaux officiels à Soma. Dans la foule, certains ont appelé à la démission de Recep Tayyip Erdogan et l'ont sifflé sur son passage. Et lorsque le Premier ministre a quitté les lieux, des protestataires ont encerclé sa voiture.

Le Premier ministre, qui s'est rendu sur place après avoir annulé un déplacement en Albanie, est accusé par l'opposition d'avoir ignoré des avertissements répétés au sujet de l'insécurité dans les mines.

A Istanbul, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le centre-ville pour demander, elles aussi, la démission du gouvernement.

La police turque a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les protestataires qui s'étaient réunis sur l'avenue Istiqlal.

FORT TAUX DE MORTALITÉ AU TRAVAIL

Deux jours déclenchement d'un incendie dans cette houillère de Soma, les espoirs, déjà faibles, de retrouver des survivants diminuent en raison des émanations mortelles de monoxyde de carbone, responsables des décès déjà constatés.

L'incendie, qui s'est déclaré peu après 15h00 (12h00 GMT) mardi, a provoqué une coupure de courant et mis à l'arrêt les colonnes de ventilation et les ascenseurs. Après s'être activés durant toute la nuit, les secours continuaient mercredi d'injecter de l'oxygène dans les galeries de la mine pour tenter de maintenir en vie les mineurs coincés sous terre.

L'explosion s'est produite au moment du changement d'équipes, ce qui laisse planer une incertitude quant au nombre exact de mineurs sous terre à l'heure du drame.

Il s'agit d'ores et déjà de l'accident minier le plus meurtrier en Turquie depuis le coup de grisou qui avait coûté la vie à 263 mineurs en 1992 dans la province de Zonguldak, au bord de la mer Noire.

Le ministère du Travail a déclaré mardi soir que ses inspecteurs avaient effectué régulièrement des visites dans la mine de Soma, la dernière remontant au mois de mars, et qu'aucune irrégularité n'avait alors été notée.

Mais le Parti républicain du peuple (CHP, opposition laïque) a vu il y a trois semaines sa demande d'enquête parlementaire sur les conditions de travail et de sécurité dans la région des houillères de Soma rejetée par le parti AKP au pouvoir, a déclaré Hursit Günes, un député CHP.

En 2012, l'Organisation internationale du travail (OIT) déclarait que la Turquie avait le taux de mortalité sur les lieux de travail le plus élevé d'Europe et qu'elle figurait au le troisième rang mondial. Entre 2002 et 2012, plus de 1.000 mineurs turcs ont perdu la vie sur leur lieu de travail, selon les statistiques de l'OIT.

(Avec Yesim Dikmen à Soma, Humeyra Pamuk, Ayla Jean Yackley, Daren Butler, Dasha Afanasieva, Asli Kandemir et Evrim Ergin à Istanbul, Gulsen Solaker et Jonny Hogg à Ankara; Simon Carraud pour le service français)

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