Colère en Iran après l'exécution d'un dignitaire chiite saoudien

le , mis à jour à 15:38
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    * L'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran prise d'assaut 
    * Khamenei promet une vengeance divine 
    * Les Etats-Unis expriment leur inquiétude 
    * L'exécution balaye l'espoir d'un front commun contre Daech 
 
 (Arrestations à Téhéran, inhumation du cheikh Nimr, Emirats) 
    par Sam Wilkin et Angus McDowall  
    DUBAI/RYAD, 3 janvier (Reuters) - Des manifestants iraniens 
ont envahi l'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran dans la nuit 
de samedi à dimanche, après l'exécution dans le royaume 
wahhabite de 47 condamnés, dont un haut dignitaire chiite. 
    Des manifestants s'étaient massés devant les portes de 
l'ambassade pour protester contre l'exécution du cheikh Nimr al 
Nimr, virulent critique du régime saoudien. Ils ont réussi à 
pénétrer dans l'enceinte et ont commencé à y mettre le feu avant 
d'être chassés par la police, rapporte l'agence de presse 
iranienne Isna.  
    Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une 
salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi 
Salman d'Arabie saoudite.  
    Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a 
publié un communiqué appelant au calme et demandant aux 
manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le 
site internet Entekhab. 
    Hossein Sajedinia, chef de la police de Téhéran cité par 
l'agence Isna, a annoncé l'arrestation d'un nombre indéterminé 
"d'éléments incontrôlés". Le parquet iranien a fait état de 
l'interpellation de 40 personnes. 
    L'affaire semble avoir balayé les espoirs de constitution 
d'un front commun contre les djihadistes de l'Etat islamique, 
susceptible d'ouvrir la voie à un rapprochement entre deux 
puissances du Golfe qui s'affrontent indirectement en Syrie et 
au Yémen. 
    La quasi-totalité des 47 hommes exécutés samedi en Arabie 
saoudite étaient des sunnites condamnés pour des attentats 
commis par Al Qaïda il y a une dizaine  d'années mais c'est le 
sort du cheikh Al Nimr et de trois autres chiites, accusés 
d'avoir participé à l'agression de policiers en 2011-2013, qui a 
retenu l'attention. 
     
    "VENGEANCE DIVINE" 
    Les proches du cheikh Nimr ont annoncé dimanche avoir été 
informés par les autorités saoudiennes que sa dépouille avait 
été inhumée "dans un cimetière musulman" et ne serait pas remise 
à la famille. 
    "Le sang injustement versé du martyr opprimé va, à n'en pas 
douter, faire son effet et la vengeance divine va s'abattre sur 
la classe politique saoudienne", a promis dimanche l'ayatollah 
Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, cité par 
la télévision publique.  
    La veille, sur son site internet, il avait diffusé un 
montage photo montrant deux bourreaux, l'un saoudien et l'autre 
de l'Etat islamique, sous le sous-titre "Quelle différence ?".  
    Condamnant lui aussi l'exécution du cheikh, qu'il juge 
"inhumaine", le président iranien Hassan Rohani a réclamé des 
poursuites à l'encontre des "extrémistes" qui s'en sont pris à 
l'ambassade saoudienne ainsi qu'au consulat saoudien de Mashhad, 
dans le nord du pays, et a promis que la sécurité des missions 
diplomatiques serait assurée.  
    Les Gardiens de la révolution (Pasdaran), organisation 
paramilitaire qui dépend directement de l'ayatollah Khamenei, 
ont quant à eux brandi la menace d'"une terrible vengeance" 
contre la famille royale saoudienne, qui "provoquera la chute de 
ce régime pro-terroriste et anti-islamique".   
    L'ambassadeur d'Iran à Ryad a été convoqué au ministère des 
Affaires étrangères. Dimanche, les Emirats arabes unis, alliés 
de Ryad, ont également convoqué l'ambassadeur d'Iran et lui ont 
remis une note de protestation.      
    En Irak, où le gouvernement majoritairement chiite est 
proche de l'Iran, plusieurs personnalités politiques et 
religieuses ont demandé la rupture des relations diplomatiques 
avec l'Arabie saoudite, s'interrogeant sur la volonté de Ryad de 
mettre sur pied une alliance régionale contre l'Etat islamique. 
     
    INQUIÉTUDE À TRAVERS LE MONDE 
    Le grand ayatollah Ali Sistani, le plus haut dignitaire 
chiite d'Irak, a quant à lui condamné "une agression injuste".  
    Du point de vue saoudien, les 47 exécutions de samedi visent 
à décourager le djihadisme en Arabie saoudite, victime elle 
aussi d'attentats sunnites qui ont fait des dizaines de morts 
l'an dernier.  
    Certains observateurs estiment que l'exécution des quatre 
chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu'il ne fait 
pas de distinction entre chiites et sunnites quand il s'agit de 
punir les responsables de violences politiques. 
    La famille Al Saoud craint d'être renversée face à la montée 
en puissance des djihadistes sunnites en Syrie et en Irak. En 
outre, l'accord sur le programme nucléaire iranien, soutenu par 
les Etats-Unis, principal allié de l'Arabie saoudite, n'a rien 
fait pour apaiser les inquiétudes de Ryad.   
    Les alliés occidentaux de la monarchie wahhabite, qui sont 
nombreux à lui vendre des armes, s'inquiètent de leur côté de la 
nouvelle assurance dont elle fait montre à l'intérieur et à 
l'extérieur de ses frontières. 
    Le département d'Etat américain a estimé que l'exécution de 
Nimr al Nimr risquait "d'exacerber les tensions interreligieuses 
au moment où il y a un besoin urgent de les réduire" et appelé 
les dirigeants des pays de la région à "redoubler d'efforts" 
pour apaiser les tensions dans la région.   
    La représentante de la diplomatie européenne, Federica 
Mogherini, s'est exprimée en des termes similaires.   
    
    Les partisans de l'Etat islamique ont pour leur part appelé 
à des représailles contre des soldats et des policiers saoudiens 
dans un message sur Telegram, rapporte SITE, un service de 
surveillance des sites internet islamistes. 
    L'exécution simultanée des 47 hommes - 45 Saoudiens, un 
Egyptien et un Tchadien - est la plus importante pour des 
infractions liée à la sécurité en Arabie saoudite depuis celle, 
en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour l'attaque de la grande 
mosquée de La Mecque, l'année précédente. 
 
 (Avec Sami Aboudi, Sam Wilkin, Noah Browning, Omar Fahmy et 
Katie Paul; Pierre Sérisier, Jean-Philippe Lefief, Danielle 
Rouquié et Guy Kerivel pour le service français) 
 
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