Colère en Iran après l'exécution d'un dignitaire chiite par Ryad

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    * Nimr al Nimr avait critiqué les Al Saoud, au pouvoir à 
Ryad 
    * L'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran prise d'assaut 
    * Les Etats-Unis expriment leur inquiétude 
    * Cette exécution réduit l'espoir d'un front uni contre 
Daech 
 
    par Sam Wilkin et Angus McDowall  
    DUBAI/RYAD, 3 janvier (Reuters) - Des manifestants iraniens 
ont envahi l'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran dimanche 
avant l'aube, exprimant la colère de l'Iran chiite au lendemain 
de l'exécution par l'Arabie saoudite du cheikh Nimr al Nimr, un 
dignitaire religieux chiite. 
    Des manifestants s'étaient massés devant les portes de 
l'ambassade saoudienne à Téhéran pour protester contre 
l'exécution du cheikh al Nimr, virulent critique du régime 
saoudien. Ils ont ensuite réussi à pénétrer dans l'enceinte et 
ont commencé à y allumer des feux avant d'être chassés par la 
police, rapporte l'agence de presse iranienne Isna.  
    Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une 
salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi 
Salman d'Arabie saoudite.  
    Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a 
publié un communiqué appelant au calme et demandant aux 
manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le 
site internet Entekhab. 
    Cette affaire semble mettre fin aux espoirs d'assister à un 
certain rapprochement entre les deux puissances du Golfe, l'Iran 
chiite et l'Arabie saoudite sunnite, face à un ennemi commun 
l'Etat islamique. Les deux pays s'affrontent de façon indirecte 
dans les guerres qui ont lieu en Syrie et au Yémen via leurs 
partisans respectifs sur le terrain. 
    La quasi-totalité des 47 hommes exécutés samedi en Arabie 
saoudite étaient des sunnites condamnés pour des attentats 
réalisés par Al Qaïda en Arabie saoudite il y a une dizaine  
d'années, mais c'est le sort du cheikh al Nimr et de trois 
autres chiites, accusés d'avoir participé à des tirs sur des 
policiers en 2011-2013, qui a retenu l'attention dans le monde. 
     
    "TERRIBLE VENGEANCE" 
    Le site internet du guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali 
Khamenei, a diffusé une photo d'un bourreau Saoudien aux côtés 
du célèbre bourreau "John le djihadiste", avec le sous-titre 
"quelle différence ?".  
    Les Gardiens de la révolution (Pasdaran), organisation 
paramilitaire qui dépend directement de l'ayatollah Khamenei ont 
promis "une terrible vengeance" contre la famille royale 
saoudienne, la dynastie sunnite des Al Saoud, qui "provoquera la 
chute de ce régime pro-terroriste et anti-islamique". 
  
    L'Arabie saoudite a convoqué l'ambassadeur d'Iran à Ryad. 
Peu après, son ambassade à Téhéran était envahie. 
    En Irak, où le gouvernement à majorité chiite est proche de 
l'Iran, plusieurs personnalités politiques et religieuses ont 
demandé la rupture des relations diplomatiques avec l'Arabie 
saoudite, s'interrogeant sur la volonté de Ryad de mettre sur 
pied une alliance régionale contre l'Etat islamique. 
    Du point de vue saoudien, les 47 exécutions de samedi visent 
à décourager le djihadisme en Arabie saoudite, victime elle 
aussi d'attentats sunnites qui ont fait des dizaines de morts 
l'an dernier.  
    Certains observateurs estiment que l'exécution des quatre 
chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu'il ne fait 
pas de distinction entre chiites et sunnites quand il s'agit de 
punir les responsables de violences politiques. 
    La famille Al Saoud craint d'être renversée face à la montée 
en puissance des djihadistes sunnites en Syrie et en Irak. En 
outre, l'accord sur le programme nucléaire iranien, soutenu par 
les Etats-Unis, principal allié de l'Arabie saoudite, n'a rien 
fait pour apaiser les inquiétudes de Ryad.   
     
    "REDOUBLER D'EFFORTS" 
    Les alliés occidentaux de la monarchie wahhabite, qui sont 
nombreux à lui vendre des armes, s'inquiètent de leur côté de la 
nouvelle assurance dont elle fait montre à l'intérieur et à 
l'extérieur de ses frontières. 
    Le département d'Etat américain a estimé que l'exécution de 
Nimr al Nimr risquait "d'exacerber les tensions interreligieuses 
au moment où il y a un besoin urgent de les réduire" et appelé 
les dirigeants des pays de la région à "redoubler d'efforts" 
pour apaiser les tensions dans la région.   
    La représentante de la diplomatie européenne, Federica 
Mogherini, s'est exprimée en des termes similaires.   
    
    Les partisans de l'Etat islamique ont pour leur part appelé 
à des représailles contre des soldats et des policiers saoudiens 
dans un message sur Telegram, rapporte SITE, un service de 
surveillance des sites internet islamistes. 
    L'exécution simultanée des 47 hommes - 45 Saoudiens, un 
Egyptien et un Tchadien - est la plus importante pour des 
infractions liée à la sécurité en Arabie saoudite depuis celle, 
en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour l'attaque de la grande 
mosquée de La Mecque, l'année précédente. 
    Les quatre chiites exécutés ont été condamnés pour 
participation à des attaques à l'arme à feu et au cocktail 
Molotov qui ont tué plusieurs policiers lors des manifestations 
contre le gouvernement de 2011-2013. Lors de ces événements, pas 
moins de 20 chiites ont également été abattus par les autorités. 
    Les membres des familles des chiites exécutés ont 
vigoureusement démenti avoir participé à ces faits et ont 
expliqué que les quatre ne faisaient que protester pacifiquement 
contre les discriminations religieuses 
    Les mouvements de défense des droits de l'homme dénoncent 
régulièrement le fonctionnement arbitraire du système judiciaire 
saoudien, notamment le recours à la torture pour obtenir des 
aveux et l'absence d'accès aux avocats pour les accusés. 
 
 (Avec Sami Aboudi, Sam Wilkin, Noah Browning, Omar Fahmy et 
Katie Paul; Pierre Sérisier, Jean-Philippe Lefief, Guy Kerivel 
et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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