Colère de la Turquie, prudence de l'Otan dans l'affaire du F4

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Colère de la Turquie, prudence de l'Otan dans l'affaire du F4
Colère de la Turquie, prudence de l'Otan dans l'affaire du F4

par Oliver Holmes et Jon Hemming

BEYROUTH/ANKARA (Reuters) - Forte de la solidarité de l'Otan, la Turquie a exprimé sa colère mardi après la destruction d'un avion militaire turc par la Syrie et prévenu sa voisine avec laquelle elle a des relations tendues qu'elle répondra à toute menace à sa frontière.

Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a expliqué que son pays n'était pas animé d'intentions belliqueuses et ne souhaitait pas s'engager dans un conflit armé, mais a précisé que des consignes avaient été données à l'armée pour faire face à toute nouvelle menace militaire.

"Notre réponse qui est rationnelle ne doit pas être perçue comme de la faiblesse, notre position mesurée ne signifie pas que nous sommes des victimes expiatoires", a déclaré le chef du gouvernement lors d'une intervention devant le groupe parlementaire de l'AKP, le parti au pouvoir.

"Chacun doit comprendre que la colère de la Turquie est aussi juste que forte et destructrice et que son amitié est précieuse", a-t-il ajouté.

La réunion d'urgence des Etats membres de l'Otan convoquée à sa demande à Bruxelles a permis à la Turquie de vérifier la solidarité de l'Alliance atlantique à son égard dans cet incident qui a coûté la vie à deux pilotes.

Dans un communiqué, les Alliés ont condamné le comportement de la Syrie mais l'ont fait en des termes mesurés et prudents qui traduisent leur mécontentement autant que leur crainte d'assister à une intervention armée qui aurait un effet contagieux dans la région.

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, a appelé la Syrie à tout mettre en oeuvre pour éviter qu'un nouvel incident de ce genre se reproduise.

"La sécurité de l'Alliance est indivisible. Nous soutenons la Turquie dans un esprit de solidarité forte", a-t-il dit. "Nous jugeons cet acte inacceptable et le condamnons dans les termes les plus fermes".

"ACTE HOSTILE" CONTRE "VIOLATION MANIFESTE"

Il a précisé que l'article 5 du traité de l'Atlantique-Nord, qui organise la solidarité entre Etats membres et autorise le recours à la force en cas d'agression, n'avait pas été invoqué.

"Je ne pense pas que la situation continuera à s'envenimer", a estimé Anders Fogh Rasmussen. "Je pense que la Syrie va prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter qu'un tel événement se reproduise à l'avenir au regard de l'évolution de la situation dans la région".

Un responsable a précisé que les 28 Etats membres avaient prévu de nouvelles consultations et qu'ils continuaient de suivre l'affaire de très près.

Pour l'instant, la Turquie a simplement annoncé une modification des consignes données à l'armée pour traiter une éventuelle menace sur les 900 km de frontières qu'elle partage avec la Syrie.

"Chaque élément militaire approchant la Turquie à partir de la frontière syrienne et représentant un risque pour la sécurité et un danger sera considéré comme une menace militaire et traité comme une cible militaire", a averti Erdogan.

BASE ARRIÈRE

Les relations entre Ankara et Damas, jadis amicales, se sont détériorées depuis le début de la rébellion contre le président Bachar al Assad, il y a seize mois.

La répression menée par l'armée syrienne a provoqué l'afflux de quelque 30.000 réfugiés en Turquie et les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) utilisent la zone comme base arrière et franchissent régulièrement la frontière pour mener des actions.

Autre signe de cette détérioration, le gouvernement turc a appelé à plusieurs reprises Assad à entreprendre des réformes démocratiques, des demandes restées sans réponse.

L'incident, qui a conduit à la destruction d'un Phantom F4 vendredi, est évalué de manière opposée par Ankara et par Damas.

Erdogan estime que l'avion, un appareil de reconnaissance non armé, a été délibérément visé et abattu alors qu'il se trouvait dans l'espace aérien international et qu'il ne s'agit donc pas d'un accident.

Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l'Onu, la Turquie parle d'"acte hostile des autorités syriennes contre la sécurité nationale" turque qui représente une "grave menace pour la paix et la sécurité dans la région".

La Syrie a, elle, invoqué une "violation manifeste" de sa souveraineté et a mis en garde Ankara et l'Otan contre d'éventuelles représailles.

Avec les rédactions de Bruxelles et d'Amman, Jean-Stéphane Brosse et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • 66michel le mardi 26 juin 2012 à 13:36

    ça sent la ''poudre"