Colère au Bangladesh après l'effondrement d'un immeuble

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LES RECHERCHES CONTINUENT DANS LES DÉCOMBRES DE L'IMMEUBLE EFFONDRÉ À DACCA
LES RECHERCHES CONTINUENT DANS LES DÉCOMBRES DE L'IMMEUBLE EFFONDRÉ À DACCA

par Ruma Paul et Serajul Quadir

DACCA (Reuters) - La colère grondait vendredi au Bangladesh après l'effondrement mercredi à Dacca, la capitale, d'un immeuble consacré à la confection à bas coût pour des sociétés occidentales, qui a dépassé à cette heure la barre des 300 morts.

Les conditions de travail des quelque 3.000 personnes, pour la plupart des femmes, travaillant dans ces ateliers et le non-respect des normes de sécurité ont provoqué des manifestations et un appel à la grève dimanche de la part des syndicats de ce secteur industriel dans tout le pays.

Les sauveteurs ont retiré dans la nuit des décombres 72 personnes encore miraculeusement vivantes, mais on craint qu'entre 300 et 400 victimes ne soient encore à l'intérieur. Le bilan donné par l'armée est pour l'heure de 304 morts.

Un conseiller du Premier ministre, H.T. Imam, a fait savoir que ce chiffre pourrait dépasser 350.

Plusieurs usines sont restées fermées vendredi pour la seconde journée consécutive, tandis que des manifestants ont incendié plusieurs véhicules et endommagé certains ateliers.

Le chef de la police de Dacca, Habibur Rahman, a indiqué que l'immeuble effondré appartenait à Mohammed Sohel Rana, dirigeant de la branche jeunesse de la Ligue Awami au pouvoir.

"Il a disparu dans la nature", a indiqué H. T. Imam, le principal conseiller de la chef du gouvernement Sheikh Hasina. "Le peuple réclame sa tête, ce qui est tout naturel. Cette fois, nous n'allons épargner personne", a-t-il ajouté.

le président de l'Association des fabricants et des exportateurs de vêtements (BGMEA), Mohammad Atiqul Islam, a indiqué que 3.122 ouvriers se trouvaient à l'intérieur du bâtiment mercredi.

Des fissures avaient été repérées mardi, a-t-il dit citant des responsables locaux, mais les propriétaires de cinq usines implantées dans le bâtiment ont délibérément ignoré la mise en garde de l'Association et ouvert mercredi.

TRAGÉDIES

"Nous leur avions demandé de ne pas ouvrir les ateliers, nous leur avons dit que nous allions envoyer un ingénieur et que tant qu'ils n'auraient pas le feu vert, tout devait rester fermé", a dit Mohammad Atiqul Islam.

"Malheureusement, ils ont enfreint nos instructions", a-t-il ajouté. Une banque installée dans le bâtiment a quant à elle fermé après l'avertissement.

De nombreuses marques de vêtements européennes et nord-américaines font fabriquer leurs produits au Bangladesh, où près de 3,6 millions d'ouvriers travaillent dans l'industrie de la confection, ce qui en fait le deuxième pays exportateur de vêtements au monde derrière la Chine.

En novembre dernier, un incendie dans une usine textile d'Ashulia, banlieue industrielle de la capitale bangladaise, avait fait 112 morts et 150 blessés.

Face à de telles tragédies, plusieurs ONG mettent en cause les conditions de travail et l'exploitation des salariés du tiers-monde par l'industrie textile.

Primark, une filiale du Britannique Associated British Foods a confirmé qu'un de ses fournisseurs occupait le 2e étage du bâtiment. Le groupe de grande distribution danois PWT, qui détient la marque Texman, a indiqué qu'elle avait recours à un de ces ateliers depuis sept ans.

La compagnie canadienne Loblaw, filiale de George Weston fait fabriquer également un petit nombre de ses produits dans ce lieu.

Ces trois groupes ont adhéré à un code de conduite garantissant la fabrication de leurs produits dans des conditions de travail correctes.

Selon des documents obtenus par Reuters, d'autres marques connues, comme Benetton, ont eu recours dans l'année passée à des fournisseurs basés dans l'immeuble.

Un porte-parole de Benetton a déclaré qu'aucun des ateliers de l'immeuble effondré n'était à ce jour fournisseur de la firme italienne.

Tangi Salaün, Pascal Liétout et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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