Cocaïne volée au "36": vers le procès de cinq policiers

le , mis à jour à 22:28
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Le parquet de Paris demande un procès pour onze protagonistes, dont cinq policiers, dans l'enquête sur le vol inédit de 52 kilos de cocaïne au siège de la PJ parisienne ( AFP/Archives / PATRICK KOVARIK )
Le parquet de Paris demande un procès pour onze protagonistes, dont cinq policiers, dans l'enquête sur le vol inédit de 52 kilos de cocaïne au siège de la PJ parisienne ( AFP/Archives / PATRICK KOVARIK )

Un vol inédit de cocaïne au 36 Quai des Orfèvres, un brigadier des "stups" suspect numéro un, quatre autres collègues poursuivis et une marchandise jamais retrouvée mais peut être revendue: le parquet a pris ses réquisitions pour le renvoi en procès de onze personnes dans l'affaire qui avait ébranlé la police judiciaire parisienne à l'été 2014.

Après plus de deux ans d'enquête, Jonathan Guyot, 35 ans, tient toujours le premier rôle: arrêté quelques jours après la découverte du vol de 51,6 kilos de cocaïne dans une salle ultra sécurisée, le parquet de Paris demande son procès devant le tribunal correctionnel pour détournement de scellés par personne dépositaire de l'autorité publique, trafic de stupéfiants, blanchiment et tentative de blanchiment de ce trafic, ont indiqué à l'AFP des sources proches de l'enquête.

Ce brigadier bien noté a toujours nié les faits, malgré un faisceau d'indices fourni. Reconnu sur les images de vidéosurveillance, son téléphone délibérément coupé au moment du vol, il avait "tenté d'effacer les indices permettant sa reconnaissance", selon le réquisitoire, dont l'AFP a eu connaissance.

Alors que "l'accès au local à scellés obéissait à un processus" que sa hiérarchie pensait "sécurisé, contrôlé et bien identifié au sein de la brigade", le policier disposait du code du coffre renfermant la clé du local à scellés, quatre chiffres retrouvés dans une note rédigée dans son portable, ainsi que d'importantes sommes en liquide - plus de 31.000 euros -, sur lui ou à son domicile, lorsqu'il a été arrêté, poursuit le parquet. Des billets pour la plupart comportant des traces de stupéfiants, ont constaté les enquêteurs.

Jonathan Guyot est soupçonné d'être impliqué dans un trafic de drogue plus vaste, avec plusieurs autres policiers, alimenté par de la marchandise volée lors de perquisitions ou dans des scellés. Les juges d'instruction l'avaient aussi mis en examen pour le vol de 1.200 euros, un kilo de cannabis et 129 grammes de cocaïne saisis en mars 2014.

- un indic -

Si les juges d'instruction suivent le ministère public, ils enverront en procès deux autres figures clés de ce dossier. Le premier, Farid K., dit "Robert", avait été interpellé début 2016 après un an et demi de cavale. Connu comme un indicateur de Jonathan Guyot, il est soupçonné de l'avoir aidé à transporter et à écouler la drogue. C'est aussi le cas d'un autre suspect, Moussa B., un homme d'une trentaine d'années déjà condamné dans des affaires de stupéfiants. En fuite, il est visé par un mandat d'arrêt.

"Robert" a nié avoir reçu la cocaïne, d'une valeur estimée à 2 millions d'euros à la revente et qui est restée introuvable. Mais il a reconnu avoir reçu d'importantes quantités de cannabis de Guyot.

Quatre autre policiers sont visés par le parquet, qui requiert un non-lieu pour un cinquième fonctionnaire de police. Parmi eux figure un frère de Jonathan Guyot.

Ce dernier a reconnu s'être débarrassé de 150.000 euros dans le lac de Créteil et en avoir remis 50.000 à un autre homme, Yossef I.

L'affaire avait alors pris un tour rocambolesque. Grâce aux témoignages des protagonistes eux-mêmes, les enquêteurs ont conclu que Yossef I. avait été missionné par Christophe Rocancourt, connu comme "l'escroc des stars" et voisin de cellule de Jonathan Guyot. Pourquoi les deux hommes ont-ils fait affaire depuis leur prison ? Christophe Rocancourt a nié avoir voulu blanchir les sommes. Le parquet a requis son renvoi en procès pour recel d'argent provenant du détournement, tout comme pour Yossef I.

L'épouse de Jonathan Guyot est également visée par le parquet, qui demande qu'elle soit jugée pour recel, complicité de destruction de preuve et complicité de blanchiment de trafic de stupéfiants.

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