Climat-Les outre-mer européens adoptent une feuille de route

le
0

par Cécile Everard FORT-DE-FRANCE, Martinique, 26 octobre (Reuters) - Les régions ultrapériphériques (RUP) et pays et territoire d'outre-mer (PTOM) de l'Union européenne ont adopté samedi une nouvelle feuille de route pour mieux résister au changement climatique qui menace leur économie et préserver la biodiversité sur la période 2015-2020. Neuf RUP et 25 PTOM participaient en Guadeloupe cette semaine à une conférence internationale pour les outre-mer européens, présents dans trois océans et majoritairement constitués de petites îles très exposées. Ces territoires sont affectés par les changements climatiques "bien avant qu'ils ne soient visibles sur les masses continentales plus grandes, et sans y avoir contribué de manière significative", a-t-il été dit en introduction. Le "message de Guadeloupe", la feuille de route adoptée après quatre jours, repose sur cinq piliers : encourager l'adaptation et modifier les modèles énergétiques, répondre au recul de la biodiversité, développer les économies vertes et bleues, miser sur des solutions innovantes et enfin améliorer la gouvernance et les mécanismes financiers. La Commission européenne, qui a commandé un rapport qui analyse l'impact économique, humain et environnemental des changements climatiques dans les RUP, de consacrer 20% de son budget 2014-2020 à l'adaptation au changement climatique. Elle précise dans ce cadre que toute future infrastructure ne pourra être co-financée que si elle est "résiliente au climat". Sur la période 2007-2013, la Commission estime à 4,5 milliards d'euros les mesures d'adaptation prises dans les RUP dans le cadre du Fonds de développement régional (Feder), que soit directement (141 millions) ou indirectement. "Parmi les impacts économiques, l'augmentation des événements climatiques extrêmes génère de gros dégâts", a dit Carole Martinez, coordinatrice du programme outre-mer européen de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), lors de la conférence. Dans un rapport publié en 2008, l'UICN citait une étude réalisée dans l'île de Bonaire montrant que 80% des touristes ne souhaiteraient pas revenir dans les Antilles néerlandaises si le coraux et les plages y étaient dégradés. "Et l'autre incidence concerne les écosystèmes côtiers ainsi que la pêcherie avec des impacts sur la quantité de poisson disponible", a ajouté Carole Martinez. L'UICN préconise notamment d'investir dans la préservation d'écosystèmes comme les récifs coralliens ou les mangroves "qui pourvoient les territoires de services gratuits de préservation des côtes", plutôt que dans "de grands murs", dont le but est de limiter l'érosion côtière mais qui "se révèlent plus que contre-productifs et même accélèrent l'effet d'érosion", a-t-elle dit. "EXEMPLE" Certains territoires, comme la Polynésie française, ont adopté un plan d'adaptation au changement climatique mais les responsables politiques, explique Carole Martinez, ont "ont du mal à se projeter sur une échelle aussi longue" que les chercheurs, à savoir des décennies, voire des siècles. Or, "ces espaces doivent capitaliser leurs atouts pour suivre un modèle de développement différent, basé sur une meilleure intégration régionale, sur la recherche de l'autonomie énergétique et sur le développement d'une économie circulaire pour limiter les dépendances." C'est aussi le souhait de Ségolène Royal qui, lors de la conférence, a appelé les outre-mer à montrer la voie. "Les Outre-mer peuvent donner à la planète l'exemple du possible pour relever le grand défi de ce XXIe siècle : l'engagement dans une croissance verte et bleue, réponse indispensable à l'urgence écologique, mais aussi principal espoir d'un nouveau progrès humain", a dit la ministre de l'Ecologie. "Mais les Outre-mer sont les plus immédiatement vulnérables aux effets du recul de la biodiversité et du dérèglement climatique. Jamais les enjeux relatifs à la biodiversité, d'un côté, et au climat, de l'autre, n'ont été aussi interdépendants." Sur les 724 espèces animales éteintes au cours des 400 dernières années, plus de la moitié étaient des espèces insulaires, et 90% des espèces d'oiseau éteintes sur cette période nichaient dans les îles, a-t-il été rappelé durant la conférence. "C'est maintenant notre devoir de s'assurer que les actions recommandées prennent vie, dans l'intérêt de notre patrimoine naturel", a conclu Kedrick Pickering, ministre de l'Environnement des Îles vierges britanniques, qui assurent la présidence actuelle du forum des PTOM. La conférence, organisée lors de "l'Année internationale des petits États insulaires en développement" des Nations unies, précède ausi d'un an la Conférence internationale sur le climat de Paris qui est, selon de nombreux observateurs, la dernière chance d'obtenir un accord mondial. (Edité par Gregory Blachier)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant