Claude Guéant au coeur d'une nouvelle polémique

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CLAUDE GUÉANT AUTOUR D'UNE NOUVELLE POLÉMIQUE
CLAUDE GUÉANT AUTOUR D'UNE NOUVELLE POLÉMIQUE

PARIS (Reuters) - Cible d'une nouvelle attaque de la gauche pour des propos sur les civilisations jugés polémiques, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a déclaré dimanche ne pas regretter son discours et a accusé l'opposition de nourrir artificiellement la controverse dans le contexte de la campagne présidentielle.

Les ministres UMP François Baroin, Gérard Longuet et Xavier Bertrand ont pris sa défense, tandis qu'Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, appelait à cesser "l'hystérie" à moins de 80 jours du premier tour de l'élection présidentielle pour laquelle le candidat socialiste François Hollande est donné favori.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a en revanche nuancé son soutien, en soulignant que si "sur le fond" Claude Guéant était "un républicain", l'usage du mot "civilisation" pouvait "prêter à confusion". "Tous les systèmes politiques ne se valent pas", a-t-il corrigé sur BFM TV.

Harlem Désir, numéro deux du Parti socialiste, accuse Claude Guéant de s'ériger en "rabatteur de voix FN" au service d'"une majorité en perdition électorale et morale".

Les propos en question, prononcés samedi à huis clos à l'Assemblée nationale, lors d'une réunion du syndicat étudiant UNI, proche de la droite, ont été confirmés dimanche par le ministre de l'Intérieur et des Cultes sur RTL.

Lors d'un discours sur le "relativisme de gauche", il a estimé : "Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas".

"Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation", a-t-il ajouté.

"PROPOS OBSCURANTISTES ET DANGEREUX"

Aussitôt relayés par des participants sur Twitter, ces propos ont essaimé sur internet et suscité de vives réactions.

SOS Racisme a notamment dénoncé "une nouvelle étape dans une dérive vers des extrêmes inacceptables, structurés notamment par des logiques d'infériorisation de l'Autre". Sur Twitter, Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe-Ecologie les Verts (EELV), a qualifié d'"abject" un "retour en arrière de trois siècles".

Les critiques se sont poursuivies dimanche, la socialiste Ségolène Royal fustigeant sur France 3 "des propos obscurantistes et dangereux", Najat Vallaud-Belkacem, l'une des porte-parole de François Hollande, une résurgence des "thèses du différentialisme ethnique et culturel".

"M. Guéant, qui a pratiqué une xénophobie d'Etat, vient maintenant donner des leçons à la gauche. C'est insupportable", a commenté pour sa part Jean-Luc Mélenchon au "Grand Jury" LCI-RTL-Le Figaro. Le candidat du Front de Gauche à la présidentielle a estimé que le ministre mélangeait civilisation et politique. "Le principe des droits de l'Homme, c'est une déclaration politique, ce n'est pas un fait de civilisation."

Dans une interview à paraître lundi dans La Dépêche du Midi, le candidat centriste François Bayrou déplore "un dangereux détournement de pensée" visant l'islam avec "une volonté de dresser les sociétés les unes contre les autres".

Ces propos, "je ne regrette pas", a dit Claude Guéant sur RTL, déplorant que "certains à gauche continuent à extraire des petites phrases de leur contexte". "Pour nous, tout ne se vaut pas. Pour la gauche, apparemment, si j'en juge par les réactions (...) tout se vaut", a-t-il ajouté.

Interrogé également sur France Inter, le ministre a dit ne viser "aucune culture en particulier" mais a choisi à l'appui de son raisonnement deux exemples liés à l'islam : le port du voile intégral et les prières de rue.

Le ministre de l'Intérieur a déjà été au coeur de controverses dans un passé récent, pour avoir notamment déclaré que le nombre de fidèles musulmans en France posait "problème".

JUPPÉ CONTRE "LE CHOC DES CIVILISATIONS"

Le ministre de l'Economie et des Finances, François Baroin, a déploré "l'exploitation" systématique des déclarations de Claude Guéant, qu'il a présenté comme "un profond républicain" au "Grand Rendez-Vous" Europe 1-Le Parisien-i-télé.

Pour Gérard Longuet, ministre de la Défense, la phrase de Claude Guéant ("toutes les civilisations ne se valent pas") est "intéressante dans son contexte" et "d'une banalité totale".

"Si on ne peut même pas dire cela, c'est la censure à tous les étages et à tous les moments de la réflexion, a-t-il déclaré sur RTL. Je crois qu'il faut condamner le relativisme qui consiste à dire 'tout s'équivaut'. Tout ne s'équivaut pas",

Alain Juppé, sur BFM TV, a mis en garde contre "le choc des civilisations". "Je reconnais que le mot de civilisation peut prêter à confusion", a-t-il commenté.

"Je pense que sur le fond, il n'y a absolument aucun doute, Claude Guéant est un républicain", a-t-il ajouté, relevant toutefois des "sensibilités différentes" à droite.

Henri Guaino a comparé l'incident au procès fait en 1971 à Claude Levi-Strauss pour sa conférence sur "Race et Culture". L'ethnologue soulignait alors le danger pour les cultures de renoncer à faire valoir leurs différences au nom de l'égalité des hommes.

"Si on pouvait en débattre sans hystérie, sans anathème, sans hurlements inutiles, on s'en porterait mieux. M. Guéant est tout sauf un raciste", a dit Henri Guaino sur Canal+.

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, candidat à l'élection présidentielle, a invité à ne pas "blesser" les amis de la France.

"Situer dans une hiérarchie les civilisations les unes par rapport aux autres, c'est courir le risque d'alimenter un certain nombre d'idées reçues, de haines, de méconnaissance de l'autre qui me paraissent dangereuses", a-t-il dit au Forum de Radio J.

Sophie Louet

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