Claude Bartolone assume ses critiques et ne vise pas Matignon

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CLAUDE BARTOLONE DIT NE PAS VISER MATIGNON
CLAUDE BARTOLONE DIT NE PAS VISER MATIGNON

par Emile Picy

PARIS (Reuters) - Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, assume ses critiques à l'encontre de l'exécutif, qu'il exhorte à lancer un "deuxième temps" du quinquennat pour passer "des slogans à la réalité", et dément toute ambition de diriger le gouvernement.

Dans un entretien à Reuters, Claude Bartolone, qui occupe le "perchoir" depuis le 26 juin, assure être "bien où il est".

"Je suis le quatrième personnage de l'Etat, je n'ai pas envie d'être président du Sénat, j'ai encore moins envie d'être président de la République et, malgré tout ce qui est écrit, franchement, je n'ai pas du tout le fantasme de Matignon", déclare ce socialiste fier de ses racines modestes.

Claude Bartolone estime qu'avec le quinquennat "on est aujourd'hui dans une situation qui est certainement difficile pour le Premier ministre. On a tous les inconvénients de la présidentialisation du régime sans en avoir les avantages".

"Franchement, je ne suis pas sûr que ce soit un objectif qui, lorsque vous êtes président de l'Assemblée, vous fait rêver tous les soirs en vous couchant", poursuit l'élu socialiste.

A 61 ans, ce fils d'ouvriers agricoles né à Tunis n'entend pas mettre sa langue dans sa poche en se contentant, comme ses prédécesseurs de droite selon lui, de dire oui à tout.

"La liberté de ton qui est la mienne aujourd'hui est considérée comme provocante parce qu'il y a eu dix ans d'anesthésie (du Parlement) et notamment cinq ans de sarkozysme qui a soumis à son bon vouloir le Parlement", estime-t-il.

Il reconnaît "qu'il y a des moments où c'est compliqué".

"Vous devez être solidaire avec la majorité puisque vous en êtes issu et vous devez être le protecteur de l'opposition. Et puis quelquefois vous êtes aussi obligé de faire entendre la voix de l'institution que vous représentez", souligne-t-il.

"SITUATION UN PEU BANCALE"

Claude Bartolone souligne qu'il s'est retrouvé "sans plaisir" dans une "situation un peu bancale sur la publication du patrimoine des élus" voulue par l'exécutif dans la foulée de l'affaire Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du Budget qui a admis avoir des comptes à l'étranger, mais qu'il a refusée.

"Il faut être capable de faire entendre une voix quand la décision n'est pas prise et après laisser la place à la démocratie parlementaire", dit-il en regrettant l'absence de consultation préalable. "C'est une force incroyable d'être le président de l'Assemblée parce que vous avez vos convictions mais c'est une conviction bien souvent étayée par ce qui vous remonte des parlementaires", souligne-t-il.

Député de la Seine-Saint-Denis depuis 1981, parlementaire respecté par ses pairs, Claude Bartolone revient également sur les qualificatifs - "intenable" ou "absurde" - qu'il a employés dès fin 2012 sur l'objectif d'un déficit limité à 3% en 2013.

"C'était évident que ce n'était pas possible et aujourd'hui heureusement que quelqu'un l'a dit. Je pense que ça a préparé les esprits", estime-t-il en faisant allusion au report de deux ans, jusqu'en 2015, accordé par la Commission européenne.

Il ne s'apesantit en revanche pas sur son appel à la "confrontation" avec l'Allemagne d'Angela Merkel, qui a été désavoué par de nombreux ministres du gouvernement.

Pour le président de l'Assemblée, le fait d'avoir réclamé un "deuxième temps du quinquennat" n'est pas "une pique" mais "une évidence". "D'ailleurs même François Hollande commence à l'évoquer lui-même", affirme-t-il.

PRÉPARER LA FRANCE DE DEMAIN

Pour l'ancien ministre de la Ville de 1998 à 2002, qui présida le conseil général de la Seine-Saint-Denis de 2008 à 2012, la première année du mandat présidentiel de François Hollande a permis "d'installer les fonds d'action du quinquennat" sur des sujets comme l'école, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et la démocratie sociale avec l'accord sur la réforme du marché du travail.

"Il nous fallait entamer les réformes de structures et après il est évident que nous allons entrer dans ce deuxième temps du quinquennat", explique-t-il.

"Il faut que ces réformes deviennent des réalités", ajoute-t-il en citant par exemple le CICE qui, affirme-t-il, "n'est encore qu'un slogan plutôt qu'une réalité" avec des entreprises qui ignorent encore comment utiliser cet outil.

Le "deuxième temps du quinquennat" est "un discours indispensable pour que les Français sachent qu'après leur avoir demandé des efforts la première année nous allons maintenant commencer a utiliser les efforts qu'ils ont acceptés pour commencer à préparer cette France de demain".

Edité par Yves Clarisse

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