Claire Chaves d'Oliveira (Groupama AM) : « L'avalanche d'avertissements sur résultat témoigne du choc de confiance sur l'économie mondiale »

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La crise européenne menace la stabilité de l'économie mondiale. L'été sera mouvementé sur les marchés actions qui devraient néanmoins progresser d'ici un an selon Claire Chaves d'Oliveira, responsable de la gestion Actions chez Groupama AM.

La saison des résultats trimestriels s'ouvre dans un climat conjoncturel déprimé. Qu'en attendez-vous ?

Claire Chaves d'Oliveira : Le ralentissement de la croissance mondiale se fait sentir dans des secteurs très différents. Nous avons enregistré de nombreux profit warning, aussi bien sur des valeurs de consommation (Danone, Nokia, Procter & Gamble etc.) que sur des valeurs industrielles (SKF, Saint Gobain, Vallourec, Arcelor etc.). Ces différents avertissements sur résultats mettent en lumière le choc de confiance à l'oeuvre en Europe. Nous attendons une baisse de 1% des bénéfices 2012 du MSCI Europe. En même temps, les déceptions sont déjà annoncées et nous ne sommes pas à l'abri de bonnes surprises.

Quel scénario principal retenez-vous ?

C.C.O : Nous privilégions un scénario central aboutissant à un règlement de la crise européenne dans la durée. Il faut simplement donner du temps à l'ajustement budgétaire pour ne pas étouffer complètement la conjoncture. Les investisseurs sont en attente de mesures fortes. Pour les dirigeants européens, il est cependant difficile de prendre des décisions qui ne produiront pas leurs effets dans l'immédiat et qui vont compromettre leur réélection. En exigeant plus d'intégration budgétaire, les marchés leur demandent aussi de renoncer à une partie de leurs prérogatives. Mais la gravité de la crise européenne menace l'économie mondiale, trop peu solide pour encaisser le choc. Car de leur côté, les économies américaine et chinoise s'essoufflent. Au final, personne n'a intérêt à voir la zone euro se disloquer mais cela implique des décisions difficiles à prendre, surtout pour l'Allemagne, qui passent notamment par une politique monétaire beaucoup plus agressive (monétisation de la dette des Etats etc.) et des ajustements budgétaires repoussés dans le temps.

En supposant que ce scénario plutôt optimiste se réalise, comment voyez-vous évoluer les indices boursiers dans les prochains mois ?

C.C.O : A court terme, il faut rester prudent. L'été sera mouvementé sur les marchés. A plus long terme, les valorisations historiquement basses plaident en faveur des marchés actions. Une baisse des matières premières (conséquence du contexte récessif) et l'assouplissement du calendrier d'austérité constituent des éléments favorables qui pourraient soutenir les indices boursiers. Groupama AM table sur un Cac 40 à 3.100 points dans les trois mois et à 3.500 points à l'horizon d'un an

Dans ce contexte, comment investir sur les marchés actions ?

C.C.O : Nous sommes au milieu du gué. Les cycliques font peur mais il faut se méfier des valeurs défensives trop chères ! Prenons l'exemple d'Essilor. C'est une très belle valeur mais qui se paie 26 fois ses bénéfices 2013. Les investisseurs se ruent sur les sociétés les plus attractives. Ceux qui restent sur les marchés actions veulent des titres se comportant comme des obligations !

Quels secteurs faut-il privilégier ?

C.C.O : Nous investissons de préférence dans les services aux entreprises, les services informatiques ou les semi-conducteurs. Nous revenons aussi sur les télécoms, valeurs défensives mais très décotées, et les pharmas. Ce secteur s'est profondément restructuré pour faire face au « mur » de 2012 marqué par la tombée dans le domaine public de nombreux « blockbusters ». Leur profil de croissance est désormais moins risqué. Enfin, nous n'excluons pas le secteur financier de nos portefeuilles avec une prédilection pour les valeurs du nord de l'Europe.

Propos recueillis par Julien Gautier

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