Circulation, feux, vignes, football: des drones à tout faire

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par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Pour remporter la prochaine Coupe du monde de football, les Bleus auront certes besoin d'un bon entraîneur - mais peut-être aussi d'un drone.

Une start-up grenobloise, Delta Drone, propose aux clubs de football et de rugby un drone qui survole le terrain pendant l'entraînement afin de mesurer l'état de fatigue des joueurs et d'aider l'entraîneur à préparer sa feuille de match.

"L'entraîneur peut ainsi se dire : celui-là est fatigué, je le mets de côté, celui-ci est en forme, je le prends. Le drone a un rôle dans l'aide à la décision et le diagnostic des joueurs", explique Frédéric Serre, co-fondateur et président du directoire de Delta Drone, introduite en Bourse sur Alternext le 28 juin.

Au cours des entraînements, ce petit aéronef piloté à distance pourrait également mesurer l'écart entre les joueurs lors des mêlées au rugby afin de vérifier leur positionnement. Delta Drone a déjà signé un partenariat avec le club de rugby grenoblois FCG pour la saison prochaine.

Petits frères des drones militaires, comme l'américain Predator ou l'européen Harfang, permettant de surveiller des zones de conflits sans risquer la vie d'un pilote, les drones européens peuvent présenter les mêmes avantages lors d'une éruption volcanique ou d'un accident nucléaire.

Le drone permet en outre de faire des économies: un quart du coût d'exploitation des avions militaires et civils est dû à la présence d'un pilote à bord, qui nécessite des systèmes de communication et de navigation et des écrans de contrôle, observe Tom Captain, responsable mondial de l'aérospatiale et de la défense au sein du cabinet Deloitte.

"Si vous sortez le pilote du cockpit, vous pouvez réduire nettement le coût d'un vol", souligne-t-il. "Pourquoi faudrait-il avoir quelqu'un dans un hélicoptère qui sillonne l'autoroute pour repérer les bouchons alors qu'un drone peut faire exactement la même chose à distance pour un coût moindre ?"

SURVEILLANCE DE VOIES FERRÉES

Le budget mondial consacré aux drones devrait quasiment doubler d'ici 2022 pour atteindre environ 11,4 milliards de dollars, selon le cabinet spécialisé dans l'aérospatiale Teal Group.

Les drones sont testés pour toutes sortes de tâches : en Afrique du Sud pour lutter contre le braconnage de rhinocéros, au Royaume-Uni pour livrer des pizzas et des hamburgers.

La Commission européenne a recensé plus de 400 projets de drones civils dans 20 pays européens - d'appareils pesant quelques grammes à des aéronefs de la taille d'un Airbus A320.

Plus de 80% des entreprises travaillant sur ces projets sont des PME ou des start-ups, comme Infotron, installée en région parisienne, qui a vendu une trentaine de drones pour des applications militaires et civils en France et dans des pays comme le Panama, la Finlande, la Russie et la Thaïlande.

La France autorise le vol de drones civils légers depuis avril 2012, mais pour l'essentiel en dehors des zones peuplées, ce qui limite leur potentiel commercial, déjà entravé par l'absence de réglementation commune en Europe.

"C'est une barrière importante car nous avons besoin du marché européen et non pas uniquement français pour atteindre une taille critique qui nous permette d'agir en tant qu'acteur incontournable", regrette Francis Duruflé, responsable commercial d'Infotron.

Si les Etats-Unis espèrent ouvrir leur ciel aux drones civils en 2015, une réglementation commune en Europe, englobant également le survol de drones lourds au-dessus des zones peuplées, n'est pas attendue avant le début de la prochaine décennie.

Sagem en a fait l'amère expérience : la division de Safran a testé à l'été 2010 son drone Patroller, pour la détection des feux de forêt et discute avec la SNCF en vue de son éventuelle utilisation dans la surveillance des voies ferrées, pour prévenir les vols de caténaires.

Mais le Patroller, qui peut voler 30 heures et pèse une tonne, ne peut pour l'instant pas voler sans une autorisation spéciale de vol dans un couloir aérien.

AU-DESSUS DES VIGNES

Ce n'est donc pas un hasard si les perspectives commerciales des drones restent pour l'instant éloignées des zones urbaines, au-dessus des exploitations agricoles, sous la forme de forfaits comprenant la location d'un aéronef et des assurances.

La combinaison d'un drone avion - qui donne une vue d'ensemble - et d'un drone hélicoptère, volant à quelques centimètres des végétaux, peut apporter une aide précieuse à l'agriculteur pour comprendre pourquoi une parcelle se développe moins que les autres : insectes, problèmes d'irrigation etc.

Dans le Sud-Ouest, c'est au-dessus des vignes qu'un drone a effectué au printemps ses premiers vols. La coopérative des vignerons de Buzet, à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse, teste l'utilisation un drone dans le cadre du projet Earth Lab piloté par Telespazio (Finmeccanica-Thales).

Armé d'un ordinateur portable au milieu des vignes, l'opérateur du fabricant toulousain de drones Delair-Tech supervise le vol du drone, qui dure 35 minutes pendant lesquelles il prend 4.500 photos du vignoble de Buzet.

La coopérative espère ainsi mieux choisir les zones à fertiliser et les pieds de vigne à vendanger.

"Notre objectif premier est de pouvoir mieux sélectionner nos parcelles de façon à mettre les meilleurs raisins dans les bonnes cuves", explique Sébastien Labails, responsable de l'innovation au vignoble de la cave de Buzet.

Entre les pieds de vignes, un robot guidé par GPS créé par la start-up Wall-Ye se propose d'effectuer certaines tâches répétitives, tout en récoltant des informations à l'aide de capteur.

A l'ère de l'agriculture numérique, l'image champêtre des exploitations agricoles à l'ancienne risque ainsi de rejoindre définitivement les livres d'histoire.

Avec Maria Sheahan, édité par Jean-Michel Bélot

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