Cinq policiers tués à Dallas, le tireur aurait agi seul

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LE TIREUR DE DALLAS AURAIT AGI SEUL
LE TIREUR DE DALLAS AURAIT AGI SEUL

par Lisa Maria Garza, Marice Richter et Ernest Scheyder

DALLAS, Texas (Reuters) - Le réserviste noir de l'armée américaine qui voulait "tuer des Blancs" a apparemment agi seul quand il a ouvert le feu jeudi et tué cinq policiers de Dallas à la fin d'une manifestation contre les meurtres de Noirs par la police, ont annoncé les autorités vendredi.

Sept policiers et deux civils ont été blessés. Le suspect a quant à lui été tué par un robot télécommandé porteur d'une bombe après avoir été encerclé par les forces de l'ordre.

Lors des longues négociations qui ont précédé, il a déclaré avoir agi seul et ne faire partie d'aucune organisation.

Selon l'armée américaine, Micah Xavier Johnson, 25 ans, était réserviste et avait servi en Afghanistan de novembre 2013 à juillet 2014.

Du matériel servant à fabriquer des bombes, des gilets pare-balles, des fusils, des munitions ainsi qu'un journal détaillant ses tactiques de combat ont été retrouvés par la police à son domicile de Mesquite, dans la banlieue de Dallas. Micah Xavier Johnson n'avait pas d'antécédents judiciaires, a précisé la police.

Jeudi soir, alors que les manifestants s'apprêtaient à se disperser, des coups de feu ont semé la panique dans leurs rangs puis dans ceux des forces de l'ordre qui ont cru être les cibles de plusieurs tireurs embusqués sur des toits ou au niveau du sol. Vendredi après-midi, les enquêteurs concluaient cependant que Johnson était l'unique tireur.

"Pour le moment, il semble qu'il y ait eu un seul tireur, sans liens connus avec une organisation terroriste internationale ni inspiré par elle", a déclaré à la presse à New York le secrétaire à la Sécurité intérieure Jeh Johnson.

Le maire de Dallas, Michael Rawlings a précisé que les coups de feu "provenaient d'un bâtiment, à différents niveaux, en provenance de ce suspect".

Trois autres suspects ont été arrêtés mais ils n'ont pas formellement été liés à la fusillade par les autorités. Ces dernières ont précisé qu'elles recherchaient d'éventuels complices.

TUER DES BLANCS

L'attentat va rendre encore davantage complexe les relations entre les minorités ethniques et les forces de l'ordre, ponctuées depuis deux ans par les décès réguliers d'hommes noirs non armés se retrouvant entre les mains de la police.

A Dallas, ville marquée par l'assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy en 1963, le défilé pacifique pour protester contre la mort de deux Noirs, abattus par des policiers blancs à Baton Rouge, en Louisiane, et Falcon Heights, dans le Minnesota, était sur le point de s'achever quand les tirs ont commencé à retentir, peu avant 21h00 (01h00 GMT).

Le chef de la police de Dallas, David Brown a qualifié l'attaque de "tragédie diabolique bien planifiée, bien pensée".

Lors de longues négociations avec la police, Johnson a dit qu'il était en colère après la mort des deux hommes noirs dans le Minnesota et en Louisiane.

"Nous avons eu un échange de tirs avec le suspect. Nous n'avons pas eu d'autre choix que d'utiliser notre robot piégé", a dit le chef de la police de Dallas, David Brown, à la presse.

"Le suspect a dit qu'il était très affecté par les récentes fusillades policières (...) et qu'il en voulait aux Blancs. Il a affirmé qu'il voulait tuer des Blancs, en particulier des policiers blancs", a ajouté David Brown.

"BLACK LIVES MATTER" CONDAMNE LA FUSILLADE

Il y a deux ans, la mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans, à Ferguson, dans la banlieue de St Louis, avait déclenché des émeutes et marqué le début d'un vif débat aux Etats-Unis sur les violences policières à l'encontre des minorités et, au-delà, relancé la question raciale.

D'autres bavures policières, notamment à New York et Baltimore, avaient produit les mêmes scènes de colère et de protestation, conduit des organisations à dénoncer un "racisme institutionnalisé", et donné naissance à un nouveau mouvement de défense des droits civiques baptisé "Black Lives Matter" (La vie des Noirs compte).

Selon la police, le tireur présumé de Dallas était "bouleversé par Black Lives Matter". Sur son compte Twitter, le mouvement a condamné la fusillade, déclarant "défendre la dignité, la justice et la liberté. Pas le meurtre".

Johnson, qui habitait Mesquite, dans la banlieue de Dallas, a laissé un message samedi sur la page Facebook d'une organisation communautaire baptisée Black Panther Party Mississippi. "Pourquoi tant de Blancs (pas tous) prennent du plaisir à tuer des êtres innocents", a-t-il écrit. Sur sa propre page Facebook, on peut le voir le poing levé à la manière des Black Panthers.

TRUMP ET CLINTON ANNULENT LEURS MEETINGS

Barack Obama, en visite à Varsovie pour le sommet annuel de l'Otan, a condamné "un acte odieux, calculé et abject contre les forces de l'ordre." Le président américain a fait savoir qu'il écourtait son séjour en Europe pour pouvoir se rendre à Dallas en début de semaine prochaine.

Donald Trump et Hillary Clinton, candidats à l'élection présidentielle du 8 novembre, ont annulé des meetings de campagne.

"Notre pays est devenu trop divisé. Trop d'Américains ont le sentiment d'avoir perdu espoir", a déclaré Donald Trump, qui briguera la présidence au nom du Parti républicain, dans un tweet, plaidant pour "un leadership fort, pour l'amour et la compassion."

Hillary Clinton a dit "porter le deuil des policiers abattus alors qu'ils effectuaient leur devoir". "Nous devons faire plus face aux préjugés et pour respecter et protéger notre police", a ajouté la démocrate dans un entretien accordé à CNN.

La police de Cleveland a pris des mesures de sécurité supplémentaires pour la convention républicaine qui aura lieu du 18 au 21 juillet.

La fusillade de jeudi, dont le bilan est sans précédent pour les forces de l'ordre depuis les attentats du 11 septembre 2001, porte à 26 le nombre de policiers tués aux Etats-Unis depuis le début de l'année, soit une hausse de 44% par rapport aux 18 policiers tués pendant la même période en 2015, selon le National Law Enforcement Officers Memorial Fund.

D'après un décompte du Washington Post, Philando Castile, mortellement blessé de quatre balles lors d'un banal contrôle routier mercredi soir dans le Minnesota, est le 123e Noir américain abattu par la police en 2016.

(Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Julie Cariat pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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