Cinq mois après, le public n'a rien oublié, mais veut avancer

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Cinq mois après, le public n'a rien oublié, mais veut avancer
Cinq mois après, le public n'a rien oublié, mais veut avancer

65 000 personnes étaient présentes mardi pour le retour de l'équipe de France de football dans sa maison, cinq mois après la soirée du 13 novembre. Un moment forcément particulier pour les spectateurs, entre sécurité renforcée et détermination face à la menace.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL AU STADE DE FRANCE

Pour eux aussi, ça ne pouvait pas être un match comme un autre. Comme tout le groupe France, du staff aux joueurs, le public du Stade de France a vécu un moment particulier mardi pour la réception de la Russie. Les 65 000 spectateurs attendus à Saint-Denis ne pouvaient être insensibles à la symbolique de cette rencontre et de leur présence, cinq mois à peine après le 13 novembre. Certains étaient là quand un simple match amical contre l’Allemagne a basculé dans une dimension où le sport n’avait plus sa place et avaient envie d’exorciser le souvenir au plus vite. Grimé aux couleurs du drapeau et habillé du maillot extérieur de l’équipe de France de rugby, proche de celui des footeux dans le design bleu-blanc-rouge, Yoann fait partie de ceux-là. « J’ai acheté ma place il y a une heure, confie-t-il dans une file d’attente déjà bien remplie à plus de 2h30 du coup d’envoi, respectant ainsi les consignes données par la Fédération française de football d’arriver au plus tôt. On est là pour le foot et pour le sport, parce que je suis passionné, mais aussi pour rendre hommage aux familles. C’est surtout pour ça, même s’il n’y a eu qu’un mort directement au Stade de France. On n’oublie pas. »

« Je n’ai jamais vu autant de policiers au Stade de France »

Eric et Catherine étaient eux aussi dans le stade pendant les événements du 13 novembre. Ils l’avouent, ils n’ont pas été impressionnés par le dispositif de sécurité mis en place pour ce retour à Saint-Denis. « Il y a un peu plus de sécurité, mais à mon avis guère plus, estime Eric. Je m’attendais à beaucoup plus. Les fouilles ont été normales, ils nous fouillent à l’entrée, au parking un peu plus que d’habitude, mais franchement, si j’avais voulu transporter quelque chose dans ma voiture je serais passé. » « La sécurité c’est bien, il y a quelqu’un tous les dix mètres, tempère Brice. C’est la quatrième fois que je viens au Stade de France, les gens sont venus plus tôt que d’habitude. C’est bien, c’est bon enfant. » Pour éviter de créer un sentiment de panique chez les visiteurs, les organisateurs ont fait en sorte de mettre en place un dispositif loin d’être tape à l’oeil. Les stewards et CRS sont omniprésents, sans être oppressants pour autant. « Je n’ai jamais vu autant de policiers au Stade de France, mais on ne s’en rend pas compte plus que cela car le filtrage commence assez loin », remarque Johan. « Je trouve que c’est relativement discret, explique Philippe. On a une voiture au parking, ils l’ont fouillé, mais pas plus que ça finalement. »

« Il faut reconnaître qu’on y pense »

Malgré le ciel gris et la pluie par intermittence, les sourires sont au rendez-vous. Les enfants sont maquillés, l’ambiance est festive et la musique sort à fond de chez les revendeurs aux abords du stade. « On ne se connait pas, on discute, c’est ça le foot, apprécie Yoann. On a de l’angoisse quand on va stade, mais on s’amuse. On ne peut pas vivre sans angoisse et, en même temps, on est fier d’être là. » Tout le monde n’a pas réussi à surmonter cette crainte. « Ma femme n’a pas souhaité m’accompagner, souffle Johan. Elle dit qu’elle n’a pas peur, mais il faut reconnaître qu’on y pense. Moi aussi. » « Je suis un peu inquiet quand même, reconnait Geoffrey. Je n’ai pas hésité à venir, mais on reste quand même inquiet, on « psychote » un peu trop. » Il est forcément difficile d’oublier. La cicatrice reste ouverte, la mémoire encore vive et l’esprit toujours en alerte. Philippe se veut néanmoins résolument positif. « Je suis serein malgré tout. Après ce tragique événement, on a confiance en notre police quand même et je crois qu’il ne faut pas baisser les bras. »

« Il faut se rappeler que le foot est une fête »

Le message est quasi unanime parmi les personnes interrogées aux abords du stade : pas question pour eux que l’Euro soit annulé ou organisé ailleurs qu’en France. « Si l’Euro est annulé, ou même seulement les fans-zones, c’est qu’ils auront gagné, lance Thierry. Il faut montrer que le peuple est plus fort que tout ça. » Certains ont d’ailleurs déjà leurs places, à l’image de Yoann, qui les a prises « juste après le 13 novembre. Favorables au maintien de la compétition, les spectateurs affichent la même détermination en ce qui concerne les fans-zones, autre point de crispation qui divise à l’approche de la compétition. Leur maintien est pour eux une des clés de la réussite de l’événement. « Il faut se rappeler que le foot est une fête. Il faut que les fans-zones restent, rien que pour les gens qui n’ont pas les moyens d’aller au stade. Je vis dans le 19eme, des familles n’ont pas les moyens de venir au stade. Il faut que l’élan populaire se fasse. On accueille l’Euro tous les 20 ans (sic), pourquoi on annulerait ça ? »

(Avec Rémi FARGE)

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